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22/01/2017

Paris et Rome, prochaines victimes de la troïka, selon Tsipras

Europe sociale & Emploi

Paris et Rome, prochaines victimes de la troïka, selon Tsipras

La crise des négociations entre la Grèce et ses créanciers internationaux met le Premier ministre, Alexis Tsipras, sous haute pression. Athènes prévient que si la Grèce est « punie », ce sera bientôt le tour de Rome et de Paris. Un article d’EurActiv Grèce.

Le 5 juin, Athènes a décidé de ne pas verser les 300 millions d’euros dus au FMI et de regrouper quatre prêts qu’elle paiera à la fin du mois.

>> Lire : La Grèce repousse ses paiements au FMI à la fin du mois

Dans une tentative pour débloquer la dernière tranche du plan de sauvetage grec de 7,2 milliards d’euros, Alexis Tsipras a rencontré le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, à Bruxelles le 4 juin, mais n’est pas parvenu à un accord. Selon Athènes, la proposition des créanciers du pays devrait être rejetée, car elle ne reflète pas les progrès réalisés durant les négociations précédentes.

Discours contradictoire

Dans un discours devant le parlement grec le 5 juin, Alexis Tsipras a dépeint un tableau noir des négociations entre Athènes et ses créanciers. Il a tout de même déclaré que la Grèce « n’avait jamais été aussi proche d’un accord », déclenchant ainsi de vives réactions de la part des partis d’opposition et des autorités de l’UE.

Alexis Tsipras cherche à acculer les partis d’opposition et en obtenant leur soutien pour rejeter la dernière proposition des créanciers internationaux. Parallèlement, il essaye d’apaiser la ligne dure de l’extrême gauche au sein de son propre parti.

« Le gouvernement grec ne va pas plier devant des propositions absurdes », a déclaré Alexis Tsipras aux députés. « Je veux croire que cette proposition était un mauvais moment pour l’Europe, ou du moins, une très mauvaise blague, qui sera rapidement retirée par ses instigateurs », a-t-il déclaré.

Rome et Paris, prochaines victimes de la Troïka

Alexis Tsipras a prévenu qu’une punition pour la Grèce aurait des conséquences sur le reste de l’Europe. « Ceux qui croient que les sanctions contre la Grèce n’affecteront que la Grèce, et que la vie suivra son cours, se mettent le doigt dans l’œil », a mis en garde le Premier ministre, ajoutant que Rome et Paris seraient les prochaines victimes de la Troïka.

Difficile de dire quelles seraient les sanctions appliquées à d’autres pays que la Grèce. Privatisation forcée d’actifs de l’État, compression des dépenses dans les infrastructures, les salaires des fonctionnaires et la santé, sont probablement le type de mesures auxquelles Alexis Tsipras fait référence.

>> Lire : L’unité de Syriza mise à rude épreuve par la perspective d’un accord

Faisant écho au Premier ministre, le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis a souligné le fait qu’Athènes avait déjà fait d’énormes concessions envers ses créanciers.

« Dans la proposition soumise aux Institutions [le nouveau nom donné à la Troïka], le gouvernement grec a dépassé de nombreuses lignes rouges et compromis ses promesses de campagne », a déclaré Yanis Varoufakis, ajoutant qu’Athènes « désirait fortement parvenir à un accord ».

Tsipras sous pression

Les partis d’opposition reprochent ce blocage à Alexis Tsipras. Selon eux, les mesures soumises en janvier, juste avant les élections, par le gouvernement de coalition précédent étaient « moins dures ».

« Le gouvernement cherche des complices à son échec…Nous ne négocions pas ensemble pour l’avenir. Le gouvernement et M. Tsipras sont donc les seuls responsables de cet échec », a insisté le leader de Nouvelle démocratie (centre-droit) et ancien Premier ministre, Antonis Samaras. Selon lui, son parti attend d’abord de voir l’accord final avant de décider s’il l’approuve ou non.

Le parti de gauche Potami [affilié au S&D] a tenu des propos plus modérés mais a demandé à Alexis Tsipras de ne pas être le Premier ministre qui dit « malheureusement, nous avons fait faillite ».

Le chef du parti, Stavros Theodorakis, s’est dit prêt à soutenir une proposition finale du gouvernement grec qui ferait l’objet d’un vote au parlement mais a déclaré que son parti n’accepterait pas un chèque en blanc.

Il a également appelé à la création d’un « comité national pour les négociations », pour que la Grèce adopte une ligne nationale. « Tsipras a dit qu’il changerait l’Europe… Il n’y est pas parvenu », a conclu Stavros Theodorakis.

Déception de Jean-Claude Juncker

Lors du sommet du G7 en Bavière, Jean-Claude Juncker a vivement réagi au discours d’Alexis Tsipras devant le parlement grec, exhortant Athènes à envoyer immédiatement une « proposition alternative » pour que les négociations se poursuivent.

Jean-Claude Juncker s’est dit déçu par le discours d’Alexis Tsipras. « Il a présenté l’offre des trois institutions comme une offre à prendre ou à laisser. Ce n’est pas le cas… et il le sait parfaitement ».

Le président de la Commission a également révélé qu’il n’avait pas décroché lorsque le Premier ministre grec l’a appelé samedi, car il n’avait toujours pas reçu les propositions alternatives qu’il était censé recevoir jeudi.

« Alexis Tsipras avait pourtant promis qu’il présenterait une seconde proposition avant jeudi soir. Puis, il a promis de me la présenter vendredi. Samedi, il voulait me téléphoner, mais je n’avais toujours pas sa proposition, donc j’espère que je vais vite la recevoir », a-t-il expliqué.

>> Lire : L’UE et Athènes se murent dans des reproches mutuels

De son côté, Athènes affirme qu’aucune date n’avait été fixée pour la remise d’une proposition. Le 7 juin, les autorités grecques ont annoncé que les nouvelles propositions de compromis seraient envoyées mercredi.

Le président du Parlement européen, Martin Schulz, a également réagi en exhortant la Grèce à trouver un accord avec ses créanciers internationaux.

Selon le porte-parole de la maison blanche, Josh Earnest, Barack Obama et Angela Merkel ont également discuté du cas grec lors de leur rencontre bilatérale avant le sommet du G7.

Les deux dirigeants auraient convenu que la Grèce devait se réformer et revenir à une croissance durable. Obama aurait déclaré qu’Athènes et ses créanciers pouvaient continuer les négociations sans déstabiliser les marchés financiers.

Les Grecs veulent rester dans la zone euro

Parallèlement, un nouveau sondage a été publié la semaine dernière révélant que la vaste majorité des Grecs (75 %) voulaient rester dans la zone euro. Un signal fort envoyé à leur gouvernement de coalition.

Par ailleurs, Syriza est toujours en tête des sondages à Athènes, même si de plus en plus de Grecs (50 %) ressentent que le parti est sous la pression internationale pour dire « oui » à un accord qui est contraire à ses promesses de campagne contre l’austérité.