La commission à l’emploi du Parlement appelle à voter contre le CETA

Le CETA aurait un impact négatif sur l’emploi en Europe, a estimé la commission de l’emploi et des affaires sociales du Parlement européen, qui recommande aux eurodéputés de rejeter l’accord lors du vote en plénière.

Les accords de libre-échange, comme l’accord économique et commercial global (CETA) entre l’UE et le Canada, sont censés créer des emplois décents et une augmentation des salaires, estiment les eurodéputés de la commission de l’emploi et des affaires sociales.

Mais à ce jour, il semblerait que dans le meilleur des cas, le CETA n’entraîne qu’une augmentation de 0,018 % des emplois sur une période de 6 à 10 ans, ont-ils indiqué.

« Les arguments présentés en faveur du CETA ne tiennent tout simplement pas debout », estime l’eurodéputé Vert Jean Lambert. « Il existe un risque sérieux que l’accord contribue aux inégalités de revenus, qui est déjà un grand problème dans l’UE. Nous sommes tous pour la création d’emplois de qualité, mais les preuves qui montrent que c’est ce que l’accord nous apporterait sont pour le moins légères. »

L’UE et le Canada ont signé l’accord au mois d’octobre, après de sérieuses hésitations de l’Autriche et une féroce opposition de dernière minute de la Wallonie. Selon certaines études, le CETA pourrait mener à la disparition de 204 000 emplois en Europe.

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Sur les 55 membres de la commission, 27 ont voté pour une motion encourageant le Parlement à rejeter l’accord, et 24 ont voté pour. Seuls 19 membres à part entière de la commission à l’emploi appartiennent aux deux partis les plus favorables au commerce, le PPE et l’ALDE. Cet avis défavorable n’augure donc pas nécessairement un vote final négatif.

D’autres commissions parlementaires devront donner leur avis sur l’accord à la commission dédiée au commerce international, qui donnera le dernier feu vert avant le vote sur l’accord lors d’une séance plénière début février. Les partis traditionnels du Parlement ont déjà rejeté largement une motion proposant de soumettre le texte de l’accord à une vérification de la Cour de justice, afin de confirmer sa compatibilité avec le droit européen.

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« La décision de la commission souligne à nouveau les nombreuses raisons pour lesquelles nous rejoignons les ONG et la société civile dans le rejet du CETA, mais elle met également en lumière les problèmes dans la prise de décision. Pourquoi une opinion aussi importante n’est-elle entendue qu’à ce stade avancé du processus ? », a fait remarquer Yannick Jadot, eurodéputé Vert et candidat à l’élection présidentielle française.

L’opposition au CETA fait partie d’une réaction négative à la mondialisation en Occident, également illustrée par des manifestations virulentes contre le TTIP, l’accord de libre-échange avec les États-Unis.

Après avoir bloqué la signature du CETA pendant plusieurs semaines, la Wallonie a publié la déclaration de Namur, qui propose de nouvelles procédures de négociation des traités internationaux. Cette déclaration a notamment été signée par des dizaines de professeurs universitaires de plusieurs pays, dont les États-Unis et le Canada. Paul Magnette, ministre-président de la Région wallonne, a également signé en tant que professeur de sciences politiques à l’université libre de Bruxelles.

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