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25/02/2017

Thyssen s’oppose à Schäuble sur les «enfants de deuxième classe»

Europe sociale & Emploi

Thyssen s’oppose à Schäuble sur les «enfants de deuxième classe»

Marianne Thyssen

[European Commission]

« Je ne crois pas aux enfants de deuxième classe » Marianne Thyssen, commissaire aux affaires sociales, condamne une proposition allemande visant à réduire de moitié les allocations familiales pour les européens étrangers.

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, prépare un projet de loi prévoyant de diviser par deux les allocations familiales mensuelles, fixée à 192 euros minimum, perçues par les citoyens européens travaillant en Allemagne et ayant des enfants à l’étranger.

Plus de 184 000 enfants vivant dans d’autres pays de l’UE bénéficient d’allocations familiales allemandes, selon les données du ministère des finances allemand.

Marianne Thyssen, la commissaire aux affaires sociales, n’a pas tardé à réagir au projet de loi de Wolfgang Schäuble, prenant la défense des travailleurs. « Il n’est que justice que les travailleurs reçoivent les mêmes aides sociales quand ils contribuent aux impôts et au système social tout autant que les Allemands », a-t-elle jugé.

Le droit européen garantit à tout citoyen européen travaillant dans un autre État membre les mêmes droits et aides sociales que les citoyens de leur pays d’adoption.

En décembre, la commissaire belge a indiqué avoir rejeté les appels de certains pays de rédiger une proposition législative européenne autorisant les gouvernements riches à réduire les allocations familiales des travailleurs dont les enfants vivent dans un pays moins riche, où ces allocations sont donc moindres.

« N’oublions pas que cela s’appliquerait également aux citoyens allemands dont les enfants vivent à l’étranger. Je ne crois pas aux citoyens de deuxième classe, et je ne crois donc pas non plus aux enfants de deuxième classe », a martelé la commissaire.

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En outre, dresser une liste des résidents dans un pays européen qui ont des enfants dans un autre relèverait d’un « exercice bureaucratique de haut vol », a-t-elle ajouté. Les dirigeants européens avaient toutefois promis de laisser le Royaume-Uni mettre en place un registre de ce type, au grand dam des pays plus pauvres de l’UE, dans le cadre d’un compromis offert au Premier ministre David Cameron avant le référendum sur le Brexit. L’accord a été mis de côté après la décision des Britanniques de quitter l’UE en juin 2016.

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En décembre, Marianne Thyssen n’a pas voulu révéler si la Commission envisageait de poursuivre en justice les États membres qui souhaitent réduire les allocations destinées aux enfants vivant à l’étranger.

Selon la Commission, la mise en place d’un registre listant les travailleurs dont les enfants résident à l’étranger ne vaut pas la peine, puisque de toute façon moins d’1 % des allocations versées dans l’UE sont transférées vers d’autres pays.

Des plus de 184 000 enfants vivant dans un autre pays membre qui reçoivent des allocations allemandes, environ 86 000 ont des parents polonais travaillant en Allemagne. Les Roumains, les Croates et les Bulgares constituent la majorité des autres nationalités représentées.

Les allocations familiales mensuelles allemandes oscillent entre 192 euros et 223 euros par enfant pour les familles nombreuses. La proposition de Wolfgang Schäuble ferait chuter à 96 euros les allocations pour les enfants vivants à l’étranger.

En décembre, Marianne Thyssen a refusé d’inclure des mesures autorisant ce type de réduction des allocations dans la nouvelle proposition législative sur les aides sociales, au mécontentement de certains États membres. Le ministre autrichien à la Famille a par exemple déclaré qu’elle ne « permettrait pas » que la proposition de la commissaire ne modifie les allocations de chômage pour les citoyens européens vivant dans d’autres États membres sans obtenir une garantie quant à la possibilité de baisser les allocations familiales pour les enfants vivant à l’étranger.

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