Versailles, un sommet pour redorer l’image de l’Europe

Versailles

Les chefs d’Etat de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Espagne et de la France se retrouvent lundi 6 mars dans le chateau du Roi-Soleil pour redonner foi en l’Europe.

Symbole de la puissance passée de la France, mais aussi lieu solennel où se retrouve le Congrès, c’est au château de Versailles que le président de la République a choisi de convier les trois chefs d’Etat des autres pays les plus peuplés de la zone euro, le 6 mars. Pour un sommet rapide, mais ambitieux.

Lundi, Angela Merkel, Mariano Rajoy, le président du conseil des ministres italien, Paolo Gentiloni et François Hollande souhaitent rien moins que « lancer une dynamique politique pour rendre foi en l’Europe » selon une source élyséenne.

Avant les sommets européens des 9 et 10 mars, puis 25 mars en Italie, l’enjeu est en effet de taille. Comment arriver à transmettre un message positif aux citoyens, alors que les agissements de l’UE suscitent avant tout la défiance au regard de performances économiques décevantes et disparates, voire la zizanie quand il s’agit de gérer le dossier des réfugiés ?

Pour cela, la France a une idée.« Il faut exploiter la dynamique suscitée par l’absence de frein avec la sortie du Royaume-Uni » assure un conseiller.

Les Britanniques ont tant bloqué de dossiers cruciaux comme l’Europe de la défense que l’idée du moment est de ressusciter le besoin d’Europe. A commencer par une force armée commune, idée qui a fait du chemin depuis 8 mois. Et les hésitations de l’Amérique de Donald Trump sur l’OTAN semblent confirmer la pertinence de ce choix.

Mais pas seulement. Selon l’agenda prévu, ils doivent évoquer le contenu de la déclaration de Rome qui sera faite fin mars, à 27; mais aussi les relations entre l’UE et Trump, ainsi que les incontournables questions migratoires.

Défense, commerce et frontières : l'exécutif européen suggère ses nouvelles priorités

La Commission européenne se dit prête à perdre de son influence dans certains secteurs politiques en échange d’un renforcement de ses pouvoirs dans les domaines de la défense, de la protection de frontières, de l’immigration, de l’anti-terrorisme et du commerce.

 

Le principal sujet sera néanmoins le futur de l’Europe après le Brexit, et comment le gérer. Parmi les 5 scénarios proposés par la Commission européenne dans son Livre blanc pour le futur de l’UE, présenté la semaine dernière, le bloc des 4 pays a déjà choisi son camp : il s’agit a priori du scénario numéro trois, qui propose d’avancer en cercles distincts. La France et l’Allemagne se sont déjà prononcées en ce sens, l’Italie et l’Espagne devraient suivre.

Ce projet favorise une adaptation du projet européen, qui passerait d’une « intégration toujours plus étroite pour tous » à des modes d’ « intégration différenciée ». Ou une Europe à plusieurs vitesses. Des expressions plus ou moins heureuses, qui ne passaient pas au Royaume-Uni, et qui irritent aussi chez les 23 autres pays-membres –ceux qui ne seront pas à Versailles. Ce scénario a néanmoins l’avantage de ne pas nécessiter de changement de traité, contrairement au scénario numéro quatre. C’est donc un projet pragmatique d’ambition toute relative.

Or le message d’unité que les quatre grands pays européens souhaitent faire parvenir en soutenant cette idée est d’ores et déjà contesté.

Les pays du groupe de Visegrad ont déjà fait savoir leur réticence à se retrouver dans un bloc à la traîne, même s’ils rechignent à participer à de nombreux dossiers.

 

Le groupe de Visegrád craint d'être déclassé dans une Europe à plusieurs vitesses

Les dirigeants du groupe de Visegrád ont présenté le 2 mars un programme commun sur leur contribution à la déclaration de Rome. Ils réaffirment leur idéal européen et rejettent l’idée d’une Europe à plusieurs cercles.

 

Et de nombreux pays doivent gérer une opinion publique réticente, ou avance cet argument pour éviter de bouger.

Les chefs d’Etat doivent donc marcher sur un fil, pour tenter de rendre un nouveau projet politique séduisant, sans être trop concret pour ne pas être prescriptif et imposer leurs vues aux autres pays.

La proclamation de foi en l’UE qui sera prononcée lundi à Versailles en quatre langues différentes, entre les murs du Roi-Soleil qui disait être le représentant de Dieu sur terre, revêt une valeur symbolique forte pour l’Europe. En forme de tacle symbolique face à la vulgarité et aux tweets du président américain.

 

Les dirigeants européens recherchent l'inspiration auprès du pape

Les chefs d’État européens rencontreront le Pape François le 24 mars à Rome, avant le sommet qui devrait donner à l’UE une nouvelle direction à l’UE post- Brexit.