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02/12/2016

Andrus Ansip refuse de compromettre les systèmes de cryptage

Innovation & Entreprises

Andrus Ansip refuse de compromettre les systèmes de cryptage

Le vice-président de la Commission européenne, Andrus Ansip, soutient la décision d’Apple, qui refuse de débloquer l’iPhone d’un terroriste, comme le lui demandent les autorités américaines.

Andrus Ansip est le vice-président en charge du marché unique numérique et fut Premier ministre d’Estonie de 2005 à 2014.

Que pensez-vous du refus d’Apple de débloquer l’iPhone d’un des terroristes responsables des attaques de San Bernardino ?

Je ne souhaite pas parler d’affaires judiciaires précises. C’est aux autorités américaines de gérer cette question, mais ma position est bien connue sur le sujet. Les systèmes d’identification sont basés sur le cryptage. Je suis fermement opposé à la mise en place d’accès spécifiques à ces systèmes.

En Estonie par exemple, nous avons un système d’e-vote. Si les gens font confiance à un système de banque électronique, alors ils peuvent aussi faire confiance à un vote électronique. Cette confiance s’appuie sur une identité numérique unique et forte, garantie par le gouvernement, et basée sur le cryptage. La question que l’on peut se poser est si la population continuerait d’avoir confiance en un système de vote électronique s’il existait des portes dérobées vers ces systèmes et que quelqu’un disposait des clés pour manipuler les résultats. C’est la même chose pour la banque électronique.

En d’autres termes, quelles que soient les circonstances, vous n’obligerez pas Apple ou toute autre compagnie à compromettre les systèmes de cryptage.

Je ne veux pas parler d’Apple. Quelqu’un a dit que les terroristes des attentats de Paris en novembre dernier avaient utilisé des systèmes de cryptage de haut niveau pour communiquer. Or, nous n’en avons pas la preuve. Grâce au portable retrouvé sur l’un des terroristes, nous savons qu’ils ont utilisé un système de messagerie.

Je ne veux pas blâmer Internet pour toutes les mauvaises choses du monde. Nous devons protéger la vie privée de chacun, assurer la sécurité de nos populations, et permettre la libre circulation des données. Je ne vois aucune contradiction dans ces objectifs.

>> Lire : Andrus Ansip jure que l’UE n’espionne pas les citoyens sur Internet

Comme ce sera le cas avec les voitures connectées, les systèmes doivent s’appuyer sur des cryptages solides et ne pas comporter de portes d’entrée dérobées. C’est mon opinion, mais je ne veux pas entrer en conflit avec le gouvernement américain.

Le développement de la prochaine génération de réseaux mobile est l’un des sujets clés du Congrès mondial sur la téléphonie mobile 2016. L’UE est-elle en bonne position pour gagner la course du développement de la 5G ?

Nous ne sommes pas seuls dans ce domaine. Nous travaillons avec la Chine, avec des entreprises japonaises, et nous signerons un accord le 23 février avec le Brésil. Nous travaillons aussi sur un accord avec les États-Unis. C’est une coopération approfondie avec de nombreuses parties prenantes, et nous avons déjà fait des progrès remarquables dans ce domaine.

La Corée du Sud montrera les progrès réalisés dans la 5G lors des Jeux olympiques d’hiver en 2018. Juste avant l’interview, le commissaire Günther Oettinger a déclaré que 2020 pourrait être l’année où l’Europe allait faire les premiers essais, durant le Coupe de l’UEFA. Est-ce plus tard que prévu ?

Ce sera beaucoup plus tôt. Ericsson a déjà annoncé qu’elle allait tester la 5G dans deux villes en 2018. Bien sûr, nous n’avons pas encore de modèles de 5G, ce qui veut dire que plusieurs seront testés.

Le marché unique numérique sera le fondement de ce développement. Êtes vous satisfait des progrès réalisés jusqu’à présent ?

Je le suis presque, car en mai dernier, nous avons lancé la stratégie du marché unique numérique. C’est un véritable défi pour l’UE. Notre économie et notre vie sont chaque jour de plus en plus numériques. Dans le même temps, les barrières divisant les États membres sont de plus en plus hautes. Nous devons donc créer un marché unique numérique dont tout le monde bénéficiera.

En décembre dernier, nous avons annoncé nos deux premières propositions sur les règles contractuelles et le contenu numérique pour les ventes en ligne. L’autre proposition concernait la portabilité du contenu. À partir de juin 2017, les frais d’itinérances seront supprimés dans l’UE. Si les gens n’ont plus à payer ces frais élevés, ils utiliseront davantage leurs appareils mobiles.

Par contre, si nous ne parvenons pas à fournir un accès légal au contenu, nous ne pourrons pas assurer sa portabilité.

Les eurodéputés et les parties prenantes se sont plaints du retard de certaines propositions. Qu’aimeriez-vous leur répondre ?

La démocratie prend du temps dans l’UE. Ce serait vraiment bien d’avoir toutes ces règles dès maintenant, ou même depuis hier, mais ça prend du temps. Nous avons lancé énormément de consultations et d’études d’impact.

>> Lire : Kaja Kallas : Le marché unique numérique n’est qu’une question de temps

En plus des deux propositions que j’ai déjà mentionnées, nous avons aussi présenté notre plan pour la bande des fréquences de 700 MHz. Dans ce cas, il est très important de prévoir les choses, car si vous ne savez pas quand vous pourrez l’utiliser, il est très difficile d’investir dans les fréquences.

La Commission européenne a aussi l’intention de présenter de nouvelles idées pour changer la gestion du spectre dans l’UE. C’est un sujet très sensible puisque les États membres ne veulent pas partager leurs compétences dans le domaine. Que cherchez-vous à faire exactement ?

Une plus grande coopération est nécessaire dans ce domaine. Aujourd’hui, nous parlons de la 5G, des objets connectés, des voitures connectées et bien d’autres choses. Nous devons coopérer davantage sur la durée des droits de licence du spectre et la couverture. Sinon, que se passera-t-il quand les voitures connectées traverseront la frontière d’un autre pays ? C’est un véritable défi pour nos constructeurs automobiles, puisqu’ils doivent faire face à 28 règlementations différentes.

>> Lire : La Commission tente une nouvelle harmonisation des fréquences en UE