EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

04/12/2016

Le Brexit négligé par les pays asiatiques

Innovation & Entreprises

Le Brexit négligé par les pays asiatiques

Photo de famille du sommet de Bangkok.

Exclusif. Le gouvernement britannique semble penser que les économies en plein développement des pays de l’ASEAN vont se battre pour conclure des accords avec un Royaume-Uni post-Brexit. Il n’en est rien.

Liam Fox et David Davis, les ministres britanniques qui négocient les accords commerciaux et la sortie de l’UE, auront tous deux un rôle important à jouer pour établir des relations commerciales entre les pays asiatiques et le leur, une fois qu’il sera libéré de l’UE.

Pourtant, les diplomates qui ont participé à la réunion des ministres ASEAN-UE, à Bangkok, la première depuis le référendum britannique, assurent que le sujet n’a pratiquement pas été mentionné. Dans la « Déclaration de Bangkok », en 19 points, qui a conclu la réunion des dix membres de l’ASEAN et des 28 États de l’UE, le mot « Brexit » n’apparait même pas.

« La priorité [de l’ASEAN] est de conclure un accord avec l’UE, de manière bilatérale, puis région par région. Ensuite, quand on en saura davantage sur la future relation UE-Royaume-Uni, ils se pencheront sur ça », a déclaré un diplomate européen.

Les relations entre l’UE et l’ASEAN sont cordiales, mais n’ont à ce jour pas abouti à un accord de libre-échange UE-ASEAN dit « région par région », malgré neuf ans de négociations, un précédent de mauvais augure pour les accords commerciaux futurs du Royaume-Uni.

Les dix pays de l’ASEAN (Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Birmanie, Philippines, Singapour, Thaïlande et Viêtnam) représentent un marché de 625 millions de personnes, soit l’équivalent de la sixième économie du monde. En marge des négociations avec le bloc, Bruxelles a cependant conclu des accords bilatéraux avec Singapour et le Viêtnam. L’accord prévu avec la Thaïlande a pour sa part été écarté après le coup d’État militaire de mai 2014.

>> Lire : Londres devrait préférer la Chine et les États-Unis au Commonwealth

Dans un article important paru juste après le résultat surprenant du référendum sur le Brexit, David Davis, qui n’était pas encore ministre, avait vanté les occasions qu’offraient à présent les États asiatiques.

« Chez nous, il y a beaucoup de choses que nous pourrions faire pour que le Royaume-Uni soit un meilleur endroit pour les affaires », a-t-il écrit. « Nous devrions étendre les dispositifs de soutien à l’exportation pour les entreprises trop petites pour avoir un département spécialisé là-dedans, mais qui voudraient se lancer sur de nouveaux marchés. Un [numéro gratuit] que pourrait appeler, par exemple, un petit fabricant du nord de l’Angleterre qui aurait besoin d’une assistance pratique à Shanghai, à Sao Paulo, à Cape Town ou à Calcutta. »

Lors d’un discours le mois dernier, Liam Fox, nouveau ministre chargé du commerce international, a qualifié le Brexit d’« occasion en or pour le Royaume-Uni de commercer avec le reste du monde, et particulièrement les marchés en développement ».

Cet intérêt ne semble malheureusement pas être réciproque. Les ministres de l’UE et de l’ASEAN « avaient beaucoup à faire [lors du sommet de Bangkok », a indiqué Jaya Ratnam, ambassadeur de Singapour auprès de l’UE. « En ce qui concerne les accords de libre-échange, pour l’instant nous pensons à l’UE et aux États individuels. Nous pourrons penser à un accord séparé quand le Royaume-Uni ne sera plus dans l’UE ». Le Brexit a-t-il été évoqué ? « En réalité, non », a-t-il répondu. « Principalement parce que ce n’était pas le lieu adéquat pour cette discussion. »

>> Lire : Accord de libre-échange en vue avec le Vietnam

« Pour ce qui est du Royaume-Uni, je pense que les pays de l’ASEAN se disent qu’il faut avant tout comprendre quelle sera la relation entre Londres et les 27 États membres avant de pouvoir évaluer intelligemment quels seront leurs intérêts dans l’éventualité d’un accord Royaume-Uni-ASEAN ou, par exemple, Royaume-Uni-Philippines », indique pour sa part Steven Everts, diplomate du Service européen pour l’action extérieure spécialisé dans l’ASEAN. « Et je pense d’ailleurs que cela n’est pas propre aux pays de l’ASEAN, c’est probablement aussi le cas pour d’autres États asiatiques. »

Selon la nouvelle stratégie commerciale de la commissaire Cecilia Malmström, tous les accords commerciaux doivent reconnaitre les droits de l’Homme et les normes démocratiques.

À l’avenir, sous la pression économique, le gouvernement conservateur de Londres pourrait se montrer moins strict vis-à-vis de pays comme la Thaïlande, dirigé par une junte militaire, la Birmanie, qui sort d’un régime militaire, et les Philippines, dirigées par un homme fort démocratiquement élu qui se vante des assassinats de milliers de trafiquants de drogue présumés.

>> Lire aussi : La Malaisie, un challenge pour la commissaire Cecilia Malmström