La Wallonie, seule contre le CETA

Paul Magnette, ministre-président de Wallonie, tient tête à Bruxelles et Ottawa.

Malgré les pressions internationales, la région francophone de Wallonie a mis son veto à la signature par la Belgique du controversé CETA, réclamant des garanties supplémentaires avant la mise en œuvre de l’accord.

Le parlement wallon, l’une des sept assemblées législatives de Belgique dont l’aval est indispensable à la ratification du traité négocié pendant sept ans par l’UE, a adopté à une large majorité une résolution demandant à son ministre-président, le socialiste Paul Magnette, de ne pas autoriser la Belgique à signer le traité de libre-échange entre l’UE et le Canada (CETA) le 14 octobre.

« Je ne donnerai pas les pleins pouvoirs au gouvernement fédéral et la Belgique ne signera pas le CETA le 18 octobre », date d’une réunion des ministres de l’UE à Luxembourg où le traité devait en principe être adopté par les 28 États membres, a martelé Paul Magnette.

« Je ne prends pas ceci comme un enterrement, mais comme une demande de rouvrir des négociations, en souhaitant qu’elle puisse être entendue par les dirigeants européens », a toutefois nuancé l’élu socialiste, qui a multiplié les contacts ces derniers jours, notamment avec le président français, François Hollande, et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

« Oui à l’approfondissement des échanges commerciaux avec le Canada […], mais non au texte qu’on nous propose sous cette forme », a pour sa part lancé la députée socialiste Olga Zrihen lors du débat, par moments houleux, devant le parlement régional, à Namur.

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Le « Cuba de l’Europe »

« Nous sommes une part du pouvoir européen », a souligné Olga Zrihen au nom de la majorité de centre-gauche qui dirige la Wallonie, une région de quelque quatre millions d’habitants, dont l’industrie souffre depuis des années des effets de la mondialisation, comme l’a encore prouvé l’annonce récente de la fermeture de la grande usine de Charleroi du fabricant américain d’engins de chantier Caterpillar.

« Vous n’avez pas le sens de l’État, vous prenez en otage la Belgique et l’Europe », l’a tancée sa collègue libérale Virginie Defrang-Firket, estimant que la région, après ce vote, allait devenir le « Cuba de l’Europe ».

Le 14 octobre, la Nouvelle alliance flamande (N-VA, nationaliste), plus grand parti de Flandre, a accusé la « République soviétique de Wallonie » de mettre en péril les intérêts commerciaux de la Flandre.

Et le chef de la diplomatie belge, Didier Reynders, a pointé le risque d’isolement de la Belgique. « Cela m’embête pour l’avenir de l’Europe, pourquoi ajouter une crise en plus? », s’est-il interrogé.

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Rendez-vous à l’Elysée

Paul Magnette a répliqué en disant préférer un « isolement diplomatique » à une coupure avec la société civile wallonne, dont des pans entier (syndicats, ONG, agriculteurs…) s’opposent au traité négocié par la Commission au nom des 500 millions d’Européens et par Ottawa pour les 35 millions de Canadiens, de crainte qu’il affaiblisse les services publics ou sonne l’arrêt de mort de l’agriculture wallonne déjà en crise.

Laissant toutefois la porte entrouverte à un accord de dernière minute, le socialiste n’a pas réclamé une réouverture des négociations sur l’ensemble du traité. Il a toutefois insisté pour que la récente « déclaration interprétative » qui l’accompagne, destinée à rassurer les sceptiques, soit dotée du « même poids juridique » que le CETA lui-même.

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« Mardi, on aura un conseil [des ministres de l’UE] et d’ici là, il y a un processus qui est en cours », a prudemment affirmé après le vote un porte-parole de la Commission européenne, preuve que les lignes pourraient encore bouger.

Mais la patience du Canada a ses limites. « Si dans une semaine ou deux, l’Europe est incapable de signer une entente commerciale progressiste avec un pays comme le Canada, avec qui l’Europe pense-t-elle faire affaire dans les années à venir? », a prévenu jeudi son Premier ministre, Justin Trudeau.

Le moment est venu « pour l’Europe de décider à quoi sert l’Union européenne », a estimé le responsable canadien, attendu à Bruxelles le 27 octobre pour la signature finale du CETA.

Paul Magnette pourra à nouveau en discuter avec François Hollande, qui l’attend à l’Elysée vendredi en fin d’après-midi.