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02/12/2016

Le Brexit pourrait coûter très cher aux pays en développement

Innovation & Entreprises

Le Brexit pourrait coûter très cher aux pays en développement

L'Éthiopie est déjà aux prises avec une crise alimentaire gravissime.

[DFID/Flickr]

Les pays les plus pauvres pourraient perdre 378 millions d’euros par an si les accords de libre-échange avec le Royaume-Uni ne sont pas maintenus après le Brexit, selon l’institut de développement étranger et l’observatoire britannique de politique commerciale.

Les auteurs d’une série d’essais pour l’institut du développement étranger (ODI) et de l’observatoire britannique de politique commerciale estiment qu’un Brexit pourrait coûter très cher aux marchés émergents des pays africains, caraïbes et pacifiques (ACP), ainsi qu’aux pays les plus pauvres. Les pays APC pourraient ainsi perdre jusqu’à 203 millions par an, étant donné qu’ils bénéficient, comme les autres pays en développement, d’un accès préférentiel au marché britannique, grâce à la politique commerciale européenne.

>> Lire : L’aide internationale trop timide face à l’insécurité au Sahel

Selon le Système de préférences généralisées (SPG) de l’UE, les pays en développement payent en effet des droits nuls ou très restreints sur leurs exportations vers l’Europe. En outre, le traité Tous sauf les armes offre aux pays les moins avancés un accès gratuit illimité à tous les produits, excepté les armes et munitions.

Le directeur de l’observatoire britannique de politique commerciale, le professeur Leonard Alan Winters, qui a écrit un des essais en question, assure que si le Royaume-Uni ne parvient pas à maintenir des accords commerciaux avantageux, cela aurait des répercussions négatives, à la fois en termes de commerce et de politique étrangère.

« Un certain nombre de pays en développement, comme le Kenya, ont des industries exportatrices importantes, qui font du commerce avec le Royaume-Uni », indique-t-il. « Si ces industries sont tout à coup confrontées à des droits de douane de 2,4 millions d’euros pour vendre les mêmes quantités en Grande-Bretagne, ils se tourneront vers d’autres marchés. »

La dévaluation de la livre sterling a déjà un impact sur les pays en développement, étant donné que les envois de fonds, estimés à 8,3 millions d’euros pour 2015 par la Banque mondiale, ont à présent beaucoup moins de valeur qu’avant le référendum. Cette dévaluation, associée à un PIB moins élevé au Royaume-Uni a déjà coûté aux pays les moins développés 446 millions d’euros d’échanges commerciaux, selon les estimations de l’ODI.

D’autres économistes, comme Homi Kharas, de la Brookings Institution, s’inquiète des résultats de la dévaluation de la livre et du ralentissement de l’économie britannique. Les pays en développement pourraient en effet avoir des difficultés à résister à ce changement de circonstances, étant donné qu’« ils disposent de moins d’instruments de modération de ce type de chocs ».

Ces 40 dernières années, la Grande-Bretagne a adopté une approche de puissance douce, utilisant des politiques commerciales avantageuses pour avancer ses politiques plus largement, notamment l’utilisation de l’aide pour permettre aux pays pauvres à diversifier leurs échanges commerciaux. L’ajustement à un monde post-Brexit pourrait cependant s’avérer difficile pour la Grande-Bretagne. Malgré sa position actuelle de cinquième économie de la planète, le pays n’est rien de plus qu’une « petite économie ouverte », rappelle Leonard Alan Winters, ce qui signifie que « la politique deviendra une politique commerciale, et non de la politique étrangère ».

En négociant des accords de libre-échange avec des marchés émergents importants, comme l’Azerbaïdjan, le Brésil et la Chine, que l’UE n’a pas encore, le pays pourrait booster son économie de plus de 6 milliards d’euros, estime quant à lui Dirk Willem te Velde, qui dirige le groupe de développement économique international à l’ODI.

« Les pays en développement bénéficieraient aussi des importations peu chères, s’il n’y a pas de diversion du commerce », écrit-il dans son rapport.

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Dans les années à venir, Londres devra réinventer une toute nouvelle politique commerciale. Il serait donc dans son intérêt de ne pas négliger les pays en développement et leur rôle dans le marché national, rétorque Leonard Alan Winters. Le spécialiste préconise une période de transition de quatre ans après le Brexit, durant laquelle les pays les plus pauvres auront un accès inchangé (ou meilleur) au Royaume-Uni.

Le Brexit ferme certaines portes – des centaines de milliers de travailleurs européens qui récoltent les fruits et travaillent dans les fermes pourraient devoir partir -, mais pourrait en ouvrir d’autres, pour les pays en développement, continue-t-il.

« Nous aurons besoin de main-d’œuvre pour l’horticulture et l’agriculture, et nous pourrions considérer cela comme un outil de développement », conclut-il. « Le Royaume-Uni pourrait sélectionner quelques pays en développement, juste quelques-uns [à des fins de main d’œuvres] et cela pourrait apporter bien des bénéfices à ces pays. »

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