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26/09/2016

Bruxelles veut mobiliser 50 milliards pour numériser l’industrie

Innovation & Entreprises

Bruxelles veut mobiliser 50 milliards pour numériser l’industrie

The Commission

[Wikimedia]

La Commission a dévoilé sa stratégie de soutien à la numérisation de l’industrie qui doit mobiliser 50 milliards d’euros d’ici 2021 pour aider les fabricants à regagner du terrain dans la course à la quatrième révolution industrielle.

Des technologies de pointe, comme l’intelligence artificielle, à la généralisation de capteurs bon marché et les progrès de la robotique, tout indique l’arrivée prochaine d’une nouvelle ère industrielle. Comparé aux États-Unis ou au Japon, la base industrielle européenne peine cependant à adopter ces technologies et donc à récolter les bénéfices de la numérisation.

« Ce sera compliqué, cela prendra du temps, mais c’est indispensable », estime Andrus Ansip, vice-président de la Commission et commissaire au marché unique numérique. « L’industrie nous a demandé de construire les fondations de notre avenir industriel et il n’y a pas de temps à perdre », a-t-il assuré aux journalistes à Bruxelles lors de la présentation de la nouvelle stratégie. « Nous devons nous dépêcher. »

Une numérisation couteuse

Une étude du Parlement européen estime qu’en Allemagne seulement il faudra investir 40 milliards d’euros chaque année pour numériser l’industrie. Pour toute l’Europe, ce chiffre pourrait atteindre jusqu’à 140 milliards d’euros.

Si le montant paraît élevé, les gains le seraient tout autant. Selon PwC et Boston Consulting Group, la numérisation de l’industrie en Europe pourrait générer 110 milliards de revenus de plus par an ces cinq prochaines années.

Pour tirer parti de la transition vers l’« industrie 4.0 », comme les Allemands appellent ce nouveau paradigme de production, il faudra mettre en place une approche plus cohérente et une coopération approfondie dans l’UE, avec une application plus granulaire des stratégies à l’échelle régionale et des normes communes aux producteurs, d’Helsinki à Lisbonne.

>> Lire : Carlos Moedas :«l’industrie européenne doit s’engager vers le numérique»

Une approche cohérente

Pour ce faire, l’exécutif propose de relier les initiatives existantes au niveau national dans les différents États et de soutenir l’investissement dans les technologies clés qui devraient alimenter la prochaine révolution industrielle.

Selon la Commission, il existe actuellement plus de 30 initiatives nationales et régionales liées à la numérisation des industries.

En plus de cela, les autorités européennes investiront 500 millions d’euros dans le lancement de centres d’innovation numérique dans des universités et organismes de recherche au sein de l’UE. Ces centres contribueront à une transformation numérique ascendante en soutenant les PME et des initiatives au niveau régional.

Ce soutien à la numérisation sera principalement financé grâce à des partenariats public-privé générant un investissement d’environ 22 milliards d’euros.

Les principaux secteurs bénéficiaires de cette transformation seront ceux dans lesquels l’UE est déjà en bonne position, comme l’industrie automobile, la santé ou l’énergie. Le secteur privé fournira 17 milliards d’euros. Les fonds européens et les gouvernements nationaux contribueront respectivement à hauteur de 4 et 1 milliards d’euros.

>> Lire : Le financement au cœur des préoccupations franco-allemandes sur le numérique

La Commission appelle également les États membres à ajouter 15 milliards d’euros supplémentaires à leur contribution aux partenariats privé-public. Ils pourront trouver des financements via le Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) issu du plan Juncker.

S’ajoutent à cela 5,5 milliards d’euros d’investissement régional et national aux centres d’innovation numérique, et 6,3 milliards d’euros pour la production de la prochaine génération de composants électroniques. Bruxelles s’attend donc à un investissement total de 50 milliards d’euros dans la numérisation de l’industrie ces cinq prochaines années.

L’UE a déjà lancé un partenariat privé-public centré sur le prochain niveau de connexion sans fils, la 5G, et l’industrie manufacturière. Les Européens souhaitent en effet donner la priorité à la dimension industrielle de la nouvelle génération d’Internet mobile.

La standardisation et une réglementation claire des flux de données, véritable carburant de cette quatrième révolution industrielle, sont considérées comme essentielles pour faciliter l’implication des industries high-tech.

Günter Oettinger, commissaire européen au numérique, souligne que l’Europe a besoin de « normes communes, mais moins nombreuses pour l’industrie, et nous devons les établir rapidement ».

En ce qui concerne la gestion des données, l’exécutif présentera une initiative pour un flux libre des données plus tard dans l’année, afin d’examiner plus en profondeur la question de la propriété des données et des règles de réutilisation des données dans un contexte industriel.

Carlos Moedas, commissaire à l’innovation estime que « les données devraient être libres par défaut », mais prévient que l’Europe ne doit pas oublier de protéger les idées des entreprises. Il cite l’exemple du projet Human Genome, dont les données libres ont permis à plusieurs firmes de développer leurs projets commerciaux.

L’exécutif se penchera également sur les règles régissant les systèmes autonomes, de nouvelles règles de sécurité et des principes de responsabilité plus clairs.

La Commission entent aussi mobiliser jusqu’à 6,7 milliards d’euros pour créer un super-ordinateur qui soutiendra le « nuage européen de science libre ». Ce nuage deviendra un environnement ouvert à 1,7 million de chercheurs et 70 millions de professionnels, qui pourront stocker, partager et réutiliser des données et des résultats scientifiques.

>> Lire aussi : Le numérique à la rescousse du dialogue social

 

Prochaines étapes

  • 25-29 avril : Présentation de la stratégie européenne à la foire d’Hanovre.

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