L’industrie automobile craint les possibles restrictions de Bruxelles

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L’industrie automobile veut garder le contrôle total sur les données récoltées via les futures voitures connectées, et craint que Bruxelles ne leur mette des bâtons dans les roues.

Pour le moment, les voitures connectées ne sont qu’un rêve: les producteurs commencent à peine à doter les voitures de fonctionnalités liées à Internet.

Cependant, ils craignent d’ores et déjà que les projets de l’exécutif européen de limiter l’utilisation de données à partir de véhicules connectés ne tempèrerent les bénéfices obtenus grâce à cette nouvelle technologie.

Günther Oettinger, responsable de la politique numérique européenne, se prépare en effet à annoncer de nouvelles mesures pour contrôler l’utilisation de big data dans les entreprises, dès cet automne. Plusieurs sources ayant pris connaissance du dossier ont annoncé qu’il était fixé au 30 novembre, mais les représentants de l’UE débattent encore sur le type de loi qu’ils veulent mettre en place.

Car les producteurs de voitures espèrent pouvoir exploiter les données envoyées depuis les véhicules et appréhendent une initiative qui leur imposerait des gardes-fous quant à l’utilisation et la vente de ces données à des entreprises partenaires.

La commissaire à la concurrence, Margrethe Vestager, garde déjà un oeil sur les mesures de partage des données.

« Les entreprises automobiles pourraient décider de ne pas partager les informations avec leurs rivaux qui en révèleraient trop au sujet de leurs technologies », a-t-elle supposé le 29 septembre, lors d’une conférence sur le big data et la confidentialité à Bruxelles. « C’est une chose de décider avec qui vous voulez coopérer. Cette décision ne devrait cependant pas refuser aux autres le droit à une compétition juste. ».

La Commission européenne encourage les producteurs à développer les véhicules connectés et sans conducteur. Néanmoins l’industrie automobile a prédit que ces véhicules ne pourront pas circuler en se passant complètement de l’aide du conducteur pendant encore quelques années.

La commissaire à la concurrence a même reconnu que, malgré la basse consommation d’énergie et la diminution des accidents de la route grâce à ces voitures, elles apparaissent encore « presque comme de la science-fiction » pour les consommateurs.

Big data et concurrence

« Les producteurs automobiles ne sont pas contre le partage des données », a pourtant affirmé un porte-parole de l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA), suite au discours de Margrethe Vestager. « Ils veulent simplement s’assurer que la sécurité, les assurances et les responsabilités seront garanties quand elles seront partagées. »

Les producteurs sont déjà sur la défensive avant même l’annonce officielle du commissaire à la société numérique, qui pourrait être à l’origine des toutes premières régulations sur l’accès des entreprises aux données personnelles, récoltées par les machines ou les outils connectés à Internet.

>> Lire : Günther Oettinger, le commissaire 4.0

Opposition l’initiative de la « libre circulation des données

L’ACEA exige que les producteurs soient en mesure d’utiliser les serveurs enregistrant les données des véhicules. Les entreprises qui s’allient à eux pour leur fournir Internet ou d’autres services pourraient payer pour y accéder

Dans un document de prise de position, publiée en avril, l’industrie automobile s’insurge contre la « libre circulation des données », l’initiative de Günther Oettinger, et avertit qu’un certain nombre d’entreprises techs moins importantes  hors-UE pourrait s’emparer de l’industrie, si la Commission introduit des régulations sur l’accès et le partage de données.

Parmi les entreprises les plus en avances, Google est déjà en train de tester ses propres voitures aux États-Unis.

« Le facteur clé du succès pour ce modèle d’affaires n’est pas la technologie ou l’aspect esthétique, mais bien les données », détaille le mail.

L’an dernier, les producteurs allemands Audi, BMW et Daimler se sont associés pour racheter le système GPS de Nokia, d’une valeur de 2,8  milliards d’euros, marquant la valeur de l’auto-industrie et l’indépendance de sa capacité à dessiner.

Plus de contrôle aux utilisateurs

Les associations de consommateurs pressent cependant la Commission d’aller dans une autre direction. Ils font en effet pression pour des règles qui permettraient au conducteur de choisir le fournisseur Internet et de divertissement de leur voiture. Un système contraire aux souhaits des constructeurs, qui veulent instaurer des contrats exclusifs.

Jacob Bangsgaard, secrétaire général de l’association de consommateurs Fédération internationale de l’automobile pour l’Europe, a indiqué à EURACTIV que les utilisateurs devraient avoir le contrôle en ce qui concerne le choix « de partager les données générées, et avec qui ».

« Nous sommes tout à fait de l’avis de la Commissaire Vestager, qui estime que pour assurer un déploiement réussi de cette technologie, il faut absolument mettre en place une concurrence et une protection des données impeccables », assure-t-il.

>> Lire : Les constructeurs font main basse sur les données personnelles des automobilistes

 

Contexte

Les voitures connectées possèdent une connexion Internet pour la bonne marche de diverses fonctionnalités, dont le GPS, les conditions de la route ou l’efficacité de la voiture.

Les voitures autonomes, ou sans conducteur, n’ont pas besoin de l’intervention d’un conducteur pour fonctionner. Les sociétés automobiles demandent la mise en place de lois pour permettre aux voitures autonomes de circuler plus librement en Europe.

L’UE a pris la tête d’initiatives pour promouvoir la sécurité routière et la gestion du trafic en récupérant des informations fournies par des voitures connectées au réseau d’infrastructure numérique, depuis 2010. L’exécutif européen veut notamment que l’industrie transforme ses efforts en une « réussite sur le marché mondial », grâce à plus de coopération et standardisation des voitures assistées par TIC (technologies d’information et de communication). Les constructeurs automobiles ont également énormément investi dans cette idée.

« Nous avons besoin, pour les voitures connectées, de coopérer sur la recherche afin de développer des normes mondiales », a déclaré Neelie Kroes, l’ancienne commissaire européenne au numérique.