En Allemagne, l’agriculture traditionnelle se sent menacée par le CETA

Les petites exploitants pourraient ne pas survivre à la pression des grandes firmes après la signature du CETA.

Cet article fait partie de l'édition spéciale Les défis de l’agriculture allemande.

L’UE prévoit de finaliser l’accord de libre-échange avec le Canada d’ici fin octobre. En Allemagne, le secteur agricole est divisé : les grands agriculteurs se réjouissent, tandis que les petites exploitations craignent une compétition féroce.

Le 17 octobre, l’UE et le Canada devraient voter l’adoption du CETA. À l’exception de quelques demandes d’amendement et des réticences de certains États membres, la conclusion de cet accord semble en bonne voie. Mais une part de la société civile et des partis d’opposition s’insurgent contre l’accord, qu’ils pensent voué à l’échec.

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Bien que les agriculteurs allemands se soient impliqués dans les manifestations anti-CETA, le secteur affiche des opinions divergentes. L’association des agriculteurs allemands (DBV), représentant 90 % des agriculteurs allemands, a ainsi mis en évidence l’importance du marché canadien pour les exportations allemandes. L’association a bien admis qu’il y aurait des défis à relever avec l’intensification de la concurrence due au CETA, mais a maintenu qu’il y aura davantage de possibilités grâce à l’ouverture des marchés.

Le marché du lait et de la viande représentent les enjeux les plus polémiques. Contrairement à de nombreuses autres denrées souvent vendues sans charges, l’UE et le Canada ont tous deux imposé des taxes plus élevées que la moyenne sur les produits laitiers et la viande. Le fromage européen, par exemple, est actuellement taxé à 245 %. L’UE, de son côté, doit payer des frais de douane de 37 % pour le porc canadien et jusqu’à 407 % pour le bœuf. Les autres denrées sont en moyenne soumises à des taxes de 2 ou 3 %.

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Les méthodes protectionnistes utilisées pour protéger les « secteurs sensibles » ne sont pas complètement supprimées dans le CETA, mais sont significativement moins importantes. notamment pour protéger le secteur laitier européen et la viande canadienne.

Nombre d’agriculteurs craignent que l’absence de barrières tarifaires profite avant tout aux grandes entreprises, qui sont mieux placées pour résister dans un marché libéralisé. Le consortium des agriculteurs-éleveurs traditionnels (AbL) estime ainsi que le secteur de la viande sera confronté à une « pression tarifaire considérable » face aux importations canadiennes. Si les grands producteurs de viande devraient voir leurs profits s’envoler, les petits fermiers, eux, subiraient un sort inverse.

Si la DBV est favorable au CETA en principe, elle admet que l’accord bouleversera le secteur de la viande. Les producteurs nationaux se retrouveront confrontés à une pression concurrentielle accrue, devront mettre en place des « ajustements structuraux » et tout cela pourrait mener à une baisse de la production. Nombre d’exploitants craignent également que le CETA ne permette un retour en douce de l’ingénierie génétique sur le marché européen.

Les deux parties ont des positions inconciliables sur le sujet. Au Canada, ces techniques sont approuvées quand la recherche montre qu’elles ne causent aucun dommages. L’UE applique quant à elle le principe de précaution, selon lequel les cultures génétiquement modifiées peuvent être interdites s’il existe le moindre doute quant à leur sûreté.

Les détracteurs du CETA, comme l’AbL, s’inquiètent aujourd’hui d’un retour des cultures génétiquement modifiées sur la base de l’article 25 de l’accord, dédié à la coopération sur les sujets de biotechnologie. Les critiques ont également peur que les institutions européennes finissent par céder et à ouvrir les marchés européens aux aliments OGM.

L’association canadienne du soja a par exemple récemment écrit à Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, lui intimant de respecter ses « engagements dans le cadre de l’accord de CETA ». L’exécutif a promis de s’y mettre « dès que possible dans le cadre des procédures d’approbation européennes ».

Reste à savoir si l’UE saura défendre ses procédures de protection ou si elle succombera à la pression exercée par le CETA. Il est cependant évident que l’introduction des OGM en Europe ne se fera pas sans polémique.

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