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25/09/2016

La Commission veut exporter le plan Juncker

Innovation & Entreprises

La Commission veut exporter le plan Juncker

Jyrki Katainen

La Commission européenne a annoncé son intention de prolonger le plan Juncker au-delà de 2018 et d’exporter ce modèle vers les pays en voie de développement.

À l’occasion du premier anniversaire de l’initiative, Jyrki Katainen, vice-président de la Commission, a souligné le succès du plan Juncker, largement dû à sa capacité de financer les PME.

Le Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) a distribué 3,5 milliards d’euros de soutien à 141 800 startups et petites entreprises ces 12 derniers mois. Le FEIS a également financé en partie 64 grands projets d’infrastructure, pour un total de 9,3 milliards d’euros.

>> Lire : Le plan Juncker risque de laisser de côté les plus petits projets

Jyrki Katainen a expliqué aux journalistes que les fonds privés investis, attirés par les garanties fournies par l’UE, avaient dépassés les attentes, notamment grâce au succès du plan d’investissement auprès des PME. Le ratio de financement par rapport aux investissements publics (16 milliards d’euros de garanties provenant de fonds européens) est donc de 23, et non de 15, comme prévu.

Au vu de ce succès, l’exécutif proposera une extension du plan Juncker, qui devait se terminer en 2018.

Le commissaire finlandais a précisé que la Commission n’avait pas encore décidé si des modifications seraient apportées au plan d’investissement, mais assuré que le principe resterait le même : soutenir des projets à risques. Il a néanmoins dévoilé une nouveauté : « nous ne demanderons pas plus d’argent aux États membres ».

À ce jour, seuls neuf pays européens ont contribué au FEIS, mis en place pour relancer l’investissement dans l’UE.

Ingénierie financière pour le développement

La Commission envisage également de se servir du plan Juncker pour maximiser l’impact de l’argent public alloué à l’aide au développement. L’exécutif estime en effet que ce modèle pourrait encourager certaines institutions financières internationales à élargir leurs opérations en changeant l’équation de l’investissement dans ces pays. L’initiative pourrait également permettre d’octroyer des microcrédits à certains groupes vulnérables, comme les femmes.

Selon Jyrki katainene, les pays en développement sont eux-mêmes demandeurs de ce type d’approche plus « proactive ».

Lors d’une conversation avec EurActiv au Forum économique mondial en janvier, le premier vice-président de la Commission, Franc Timmermans, avait déjà évoqué l’idée d’utiliser un outil semblable au plan Juncker pour soutenir les pays au Sud de l’Europe, notamment pour réduire le flux de réfugiés.

>> Lire : La Commission envisage un plan Juncker pour ses voisins méridionaux

Cette proposition n’a cependant pas été immédiatement soutenue par le collège des commissaires. Jyrki Katainen a en effet admis que l’idée avait été formulée, mais n’avait été réellement discutée que récemment. Une proposition officielle de réplication de ce modèle d’investissement dans les pays en développement devrait voir le jour assez rapidement.

Contrairement à ce qu’avaient prévu certains analystes, le plan Juncker n’a cependant pas permis de renforcer la production et l’investissement privé. Certains analystes et acteurs du secteur privé estiment que certains défauts de l’initiative devraient donc être corrigés.

Le groupe de réflexion Bruegel s’est récemment demandé si le plan Juncker permettait réellement de récolter davantage de fonds privés pour les projets à risque. Dans un article publié le 17 mai, Grégory Claes et Alvaro Leandro ont trouvé des projets similaires financés par la Banque européenne d’investissement pour 54 des 55 projets approuvés à ce jour. Le seul projet original est une centrale de recyclage du titanium.

Pour générer un investissement privé important, les auteurs de l’article conseillent d’appliquer la logique du plan Juncker à la Banque européenne d’investissement toute entière. L’institution verserait donc moins d’argent aux projets (environ un cinquième de la somme totale), mais aurait plutôt un rôle de coordination et de communication entre institutions européennes, États membres et investisseurs privés.

De son côté, General Electric a souligné que le plan d’investissement devrait éviter de diffuser trop largement ses fonds, comme elle le fait avec son instrument dirigé aux PME, parce que cela dilue son impact. L’entreprise appelle pourtant aussi à plus de coordination et de communication entre institutions, États et secteur privé.

Contexte

Le 25 novembre 2014, la Commission a dévoilé les détails d'un plan d'investissement censé générer 315 milliards d'euros dans l'UE, qui a été lancé en juin de l’année suivante.

L'idée sur laquelle a travaillé l'équipe du vice-président de la Commission, Jyrki Katainen, est celle de créer un nouveau Fonds européen pour les investissements stratégiques à partir de 5 milliards d'euros de la Banque européenne d'investissement (BEI) et la garantie d'une contribution 8 milliards d'euros de fonds européens existants, contribution susceptible d'être élargie jusqu'à 16 milliards.

La garantie de 8 milliards d'euros sera injectée sur trois ans et provient du mécanisme pour l'interconnexion en Europe (3,3 milliards), du programme de recherche Horizon 2020 (2,7 milliards) et d'une « marge budgétaire », c'est-à-dire des fonds non utilisés (2 milliards).

Le Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS), de 21 milliards d'euros au départ, devrait générer quelque 240 milliards en investissements à long terme et 75 milliards pour les PME et les sociétés de moyenne capitalisation sur deux ans, entre 2015 et 2017.