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06/12/2016

Davos voit dans l’instabilité la nouvelle norme mondiale

Innovation & Entreprises

Davos voit dans l’instabilité la nouvelle norme mondiale

Le Forum économique mondial a mis l'accent sur les nouvelles technologies et le quatrième révolution industrielle.

[World Economic Forum/swiss-image.ch]

Le Forum économique mondial de 2016, qui s’est clôt le 23 janvier, examinait les prévisions économiques pour le 21e siècle : économie robotisée et intelligence artificielle dans un monde plus instable et inégal.

Les éditions récentes du Forum économique mondial de Davos ont vu des hommes politiques, chefs d’entreprises et banquiers tenter de faire amende honorable après la débâcle financière de 2008, qui a plongé le monde dans une série de crises graves.

Les risques qui menacent l’économie mondiale restent extrêmes. Si les personnalités politiques appellent l’UE à la prudence, les hommes d’affaires sont toujours optimistes quant à un « atterrissage en douceur » de l’économie chinoise, en récession après trois décennies de croissance effrénée.

De leur côté, les pessimistes estiment que la chute des prix du pétrole pourrait annoncer un ralentissement de la production mondiale qui frapperait brutalement la seule économie florissante de l’Europe : l’Allemagne.

Face aux risques croissants, les techno-optimistes ont tenté de convaincre l’élite internationale des bienfaits de la révolution numérique. Pour eux, une nouvelle génération de robots et de systèmes d’intelligence artificielle constitue la promesse d’une quatrième révolution industrielle et d’une prospérité retrouvée.

Incertitude et inégalités

La révolution numérique s’accompagne pourtant elle aussi de nouveaux défis, et même les techno-optimistes en sont conscients. Les professeurs Erik Brynjolfsson et Andrew McAffee avertissent ainsi que la numérisation pourrait mener à « une plus grande concentration des richesses et du pouvoir », et donc à une économie encore plus instable.

À long terme, il faudra s’habituer à une « incertitude et une volatilité à la fois dans l’économie et dans la politique, et cela ne changera pas », confirme Jim Moffat, directeur général de Deloitte. « Les organisations commencent à s’adapter. »

Les dirigeants politiques, hommes d’affaires et autres personnalités interrogés par EurActiv lors du Forum de Davos peignent tous le même tableau : le monde ne peut plus être divisé entre les optimistes et les pessimistes. La « nouvelle norme » de l’instabilité pourrait apporter un avenir radieux à certaines, mais elle laissera également plus de citoyens sur le carreau.

>> Lire : Le Forum de Davos s’ouvre sur fond de pessimisme

La perte de contrôle sur le commerce mondial est notamment alimentée par l’érosion des structures de base du pouvoir.  La crise des réfugiés, les turbulences du secteur de l’énergie et même le système politique instable en Espagne sont autant de symptômes de cette tendance, assure Moises, Naim, ancien directeur de la Banque mondiale et membre actuel du Carnegie Endowment for International Peace. « Davos est une manifestation de cette tendance. »

Il explique que le vide de pouvoir a été le principal sujet de conversation d’un dîner auquel il a assisté en compagnie des principaux PDG participants au forum. « Il s’inquiètent beaucoup des menaces potentielles provenant de sources inattendues », selon lui.

Au début de l’année 2016, la Chine est la principale source d’inquiétude. En pleine transition entre une économie basée sur l’exportation et un marché principalement domestique, le principal moteur de croissance mondial est grippé et le monde doute des chiffres de croissance annoncés par Pékin.

Nouriel Roubini, professeur d’économie de l’université de New York, pessimiste notoire, fait pourtant partie de ceux qui estiment que l’économie chinoise va connaitre un « atterrissage en douceur » et se stabiliser.

Pessimisme pour l’Europe

Plusieurs participants s’accordent cependant à dire que la Chine n’a pas été le principal sujet des conversations, contrairement aux attentes.

>> Lire : À Davos, la crainte d’une désintégration de l’UE

Le prix Nobel Joseph Stiglitz est d’avis que l’élite mondiale « devrait être plus pessimiste vis-à-vis de l’Europe et moins vis-à-vis de la Chine ». L’économiste appelle notamment à une modification du cadre de gouvernance de la zone euro et à la fin de l’austérité. Il s’inquiète également de l’absence de réaction pertinente à la crise des réfugiés.

Carl Bildt, ancien premier ministre suédois, a cité certains des nuages à l’horizon européen : le référendum britannique sur l’Europe (dont le résultat sera « 50-50 », selon lui), la crise des réfugiés (qui pourrait mener à la désintégration de Schengen, une catastrophe économique pour l’Europe) et la transition numérique, que les dirigeants européens sous-estiment, selon lui, au vu de la fragmentation législative en matière d’économie.

Pour Christopher Pissarides, prix Nobel d’économie en 2014, c’est la fragmentation politique est la principale menace qui pèse sur l’Europe. « Les institutions européennes ne font pas leur travail d’agrégateurs des intérêts nationaux », regrette-t-il. « Ce n’est pas l’UE et le projet commun auquel nous nous attendions dans les années 1990, quand le processus s’est accéléré. »

Le marché numérique fragmenté est également perçu comme un frein empêchant le Vieux Continent de faire partie de l’avant-garde de la quatrième révolution économique, indique Carlos Moedas, commissaire européen à la recherche, à la science et à l’innovation.

« L’Europe est un centre de connaissance, nous avons tous ce qu’il faut pour réussir, mais les divisions nationales nous en empêchent », assure-t-il.

« Chômage intermittent »

Étant donné sa population vieillissante et sa dépendance énergétique, l’Europe ne peut pas se permettre de passer à côté du changement du paradigme technologique, avertissent spécialistes et entrepreneurs. À l’ère où le marché du travail sera dominé par un chômage intermittent, les seuls gouvernements qui assureront une économie florissante à leur pays sont ceux qui mettront en place des politiques de stimulation de l’entrepreneuriat et équipent leurs citoyens de compétences adéquates.

 « Le plus grand défi sera de gérer le chômage intermittent de masse » et un système social en déclin, préviennent Nicolas Colin, investisseur français, et Bruno Palier, chercheur à Science Po.

Après près de dix ans à essayer de panser les plaies de la grande récession, le forum de Davos a tenté cette année de considérer l’avenir avec optimisme, mais l’espoir ne suffira pas à l’époque de l’instabilité.

Contexte

La numérisation de l’industrie, ou « industrie 4.0 », comme l’appelle le gouvernement allemand, est présenté comme une révolution qui modifiera fondamentalement la manière dont les entreprises produisent et consomment. Les personnalités politiques européennes estiment que cette révolution pourrait permettre de réindustrialiser le continent et récupérer les processus de production et de fabrication qui se sont déplacés vers l’Asie.

La moitié des États membres environ ont mis en place des initiatives liées à la numérisation de l’industrie. En avril 2015, le commissaire Günther Oettinger a en outre défendu une stratégie européenne sur la question. Celle-ci pourrait assurer l’ampleur du mouvement, mobiliser les acteurs de la numérisation dont les chaînes d’approvisionnement s’étalent partout en Europe et soutenir l’interopérationnalité et la normalisation.

Outre l’automatisation, la Commission européenne se penche sur l’accès des PME et industries non numériques aux technologies, la propriété des données, la sécurité, les normes et mes compétences.

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