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30/09/2016

Le bras de fer UE / Chine continue sur l’acier

Innovation & Entreprises

Le bras de fer UE / Chine continue sur l’acier

Manifestation antidumping à Bruxelles.

La Commission européenne s’apprete à relever ses barrières douanières dans le secteur de l’acier. En gage de bonne volonté, Pékin annonce un plan de lutte contre les surcapacités.

Alors que les relations commerciales entre l’Ue et la Chine restent tendues, l’empire du Milieu a annoncé, le 12 aout, un vaste plan destiné à lutter contre les surcapacités tout en protégeant l’environnement.
La Chine a ainsi promis des fermetures massives de sites industriels dans les secteurs en surcapacité comme la sidérurgie et le pétrolier, mais la deuxième économie mondiale reste en deçà de ses objectifs. La Chine, qui produit la moitié de la production mondiale d’acier, 1,6 milliard de tonnes par an, n’est pas parvenue à réduire sa surcapacité, estimée à 300 millions de tonnes. De plus, l’augmentation des prix a encouragé les sociétés à continuer à produire pour l’exportation.

>> Lire : Le dumping chinois menace la sidérurgie européenne

Le ministère de l’Industrie et de l’Information avait publié la semaine dernière sur son site internet un projet de réglementation plus stricte et de mise en œuvre des normes pour résoudre le problème des surcapacités dans l’acier, le charbon, le ciment, le verre et l’aluminium.

Le gouvernement entend notamment utiliser l’arme financière. Une politique « différentielle de crédit » sera appliquée : les sociétés pouvant se restructurer se verront accorder de nouveaux crédits tandis que les entreprises aux performances médiocres appelées à fermer se verront privées de financements. Les sociétés auront six mois pour se mettre en conformité avec les nouvelles normes d’efficacité énergétique. Elles seront fermées si elles ne progressent pas en ce sens.

Et celles qui continueront à dépasser des normes en matière de pollution de l’air et de l’eau se verront imposer des amendes quotidiennes, voire la fermeture dans les cas les plus graves. L’eau et l’électricité seront coupées pour les sociétés qui ne répondront pas aux normes environnementales et de sécurité, précise le ministère. La sanction pourra même aller jusqu’à la démolition.

L’agence de planification publique a récemment épinglé un certain nombre de régions comme la Mongolie-Intérieure, le Fujian et le Guangxi pour leur absence de progrès dans la gestion des surcapacités.

La Chine prévoit de supprimer cette année 45 millions de tonnes de capacité de production dans la sidérurgie et 250 millions de tonnes dans le charbon, mais simplement un tiers des fermetures prévues avaient été réalisées à la fin juillet, a annoncé la Commission nationale du développement et de la réforme.

L’UE fourbit ses armes

Des annonces qui ne devraient pas empecher l’UE d’avancer dans la protection de son industrie. Depuis un an, la Commission renforce ses défenses commerciales, notamment en imposant des droits antidumping sur des produits tels que les barres d’acier, l’acier au carbone et l’acier plat laminé à froid, qui représentent entre 18,4 et 25,3 % des importations chinoises.

Malgré ces mesures, les importations d’acier au carbone ont augmenté de 21 % entre janvier et mai 2016, et représentent à présent 27 % de l’ensemble des importations, alors que les importations d’acier inoxydable ont augmenté de 17 % dans la même période. « La Commission européenne sait qu’elle doit agir, parce que trop d’autres agents de cette planète repoussent les frontières », explique Wolfgang Eder, directeur général de Voestalpine.

>> Lire : L’acier européen redoute la réforme du marché des quotas

Wolfgang Eder, qui est également président de l’association mondiale de sidérurgie, attend davantage de mesures « efficaces » pour cet automne, et indique que des taxes gravitant entre 20 et 30 % pourraient contribuer au soutien de l’industrie. Un porte-parole de la Commission a refusé de faire un commentaire sur les mesures à venir.

Pourtant, Pékin nie fermement que ses entreprises pratiquent le dumping ou bradent leur acier à des prix inférieurs à ceux du marché. Selon la Chine, la surcapacité sidérurgique mondiale est uniquement due à l’effondrement de la demande après la crise financière de 2008.

Une opinion qui est loin d’être partagée ailleurs dans le monde. Aux États-Unis, encouragés par la campagne électorale qui bat son plein, les législateurs ont décidé d’augmenter les taxes sur certains produits chinois de jusqu’à 450 %.

Les représentants de l’industrie européenne assurent ne pas défendre ce type de protectionnisme, mais trouvent encourageante la nouvelle détermination de l’UE de protéger sa production. « C’est une véritable guerre de l’acier qui a débuté avec la Chine », a déclaré un fonctionnaire européen proche du dossier.

>> Lire : Le soldat Macron tente de sauver l’acier européen

La tension devrait atteindre son apogée en octobre, quand l’UE pourrait décider d’un calendrier pour la mise en place des droits supplémentaires, et d’alléger ou d’annuler la règle du droit moindre, qui limite drastiquement les niveaux de taxes. L’UE devrait prendre une décision sur les premières taxes antidumping applicables aux plaques d’acier et aux rouleaux laminés à chaud chinois en novembre.

« Il y a une meilleure compréhension parmi les États membres, et nous nous en félicitons, mais nous aimerions leur demander d’en faire plus pour défendre l’industrie efficacement », a déclaré un porte-parole de l’Association européenne de la sidérurgie, Eurofer.

Les représentants de l’industrie attendent une issue positive. Outre la volonté renouvelée de protéger le secteur, les industriels estiment en effet que le Brexit offre une meilleure marge de manœuvre à l’UE. Le Royaume-Uni faisait en effet partie du petit groupe de pays opposés à ces mesures, par crainte de la réponse de Pékin. « Après le référendum, l’UE a un grand potentiel en ce qui concerne la protection de l’industrie sidérurgique européenne », assure Alessandro Abate, analyste chez Berenberg.

La Commission a à ce jour mis en place 37 mesures antidumping et anti-aides d’État pour les produits sidérurgiques, donc 15 concernent la Chine.

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