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30/09/2016

L’Europe appelle le G20 à l’aide sur la question des réfugiés

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L’Europe appelle le G20 à l’aide sur la question des réfugiés

Jean-Claude Juncker et Xi Jinping

Les représentants européens ont appelé leurs homologues du G20 à augmenter les fonds alloués à la gestion des 65 millions de réfugiés dans le monde. Les capacités de l’UE ont « presque atteint leurs limites », a prévenu Donald Tusk.

« Seule une aide mondiale aux réfugiés et aux communautés qui les accueillent portera ses fruits », a expliqué le président du Conseil européen, Donald Tusk, aux journalistes, juste avant le début de la réunion du G20 à Hangzhou, en Chine.

Les Européens espèrent que la communauté internationale offre des ressources financières et des places d’accueil supplémentaires lors d’un sommet sur le sujet qui se déroulera aux États-Unis dans le courant du mois de septembre. Il n’est toutefois pas sûr que l’appel européen soit bien accueilli, étant donné que certains de ses partenaires estiment qu’ils n’ont pas respecté leur promesse de gérer le large flux de migrants fuyant les pays plus au sud.

Des représentants européens ont en effet admis faire face à de plus en plus de récriminations sur la manière dont l’Union a géré la crise des réfugiés. Ils ont cependant souligné les améliorations de la réponse européenne dans l’année écoulée, et notamment l’accord avec la Turquie et l’ouverture de dix hotspots gérant les demandes d’asile aux frontières externes de l’UE.

L’appel européen aux pays du G20 intervient justement alors que l’accord UE-Turquie rencontre des difficultés, à la fois en Europe et en Turquie. Ankara avait accepté de réintégrer les réfugiés interceptés en Grèce, en échange d’une aide financière, mais le gouvernement est vexé par la réaction des États membres à la tentative de coup d’État du 15 juillet et à ses conséquences. Les Européens ont en effet vivement critiqué les purges spectaculaires orchestrées par Ankara depuis le putsch raté.

Donald Tusk, le président du Conseil européen, et Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, devraient rencontrer le représentant turc en coulisse du sommet ce lundi 5 septembre.

>> Lire : Les purges s’étendent à 50 000 personnes après le putsch avorté en Turquie

Plein feu sur la Chine

Les pays européens sont déjà en froid avec la Chine, tenue pour responsable de la fermeture des usines d’acier en Europe.

« Tout comme le Président Tusk, je suis bien décidé à défendre les intérêts de l’industrie sidérurgique européenne et de ses travailleurs », a indiqué Jean-Claude Juncker, qui rappelle qu’en Europe, 10 000 emplois du secteur ont été supprimés ces dernières années.

« Nous ne pouvons pas accepter cela », a assuré ce fils d’un ouvrier sidérurgique, qui estime « crucial » que la Chine accepte de mettre en place un mécanisme de surveillance de sa surcapacité et d’en déterminer les causes.

>> Lire : Le bras de fer UE / Chine continue sur l’acier

Bruxelles et Pékin ont déjà abordé le sujet lors d’une rencontre au mois de juillet, et décidé de mettre en place un groupe de travail bilatéral. Le président de la Commission européenne a averti que la recherche d’une solution « crédible » à la surcapacité chinoise sera un test, avant l’évaluation des enquêtes sur le dumping et les aides d’États en Chine.

Pas de guerre contre Washington

Ces derniers jours, un désaccord s’est également profilé entre Bruxelles et l’un de ses plus proches alliés, les États-Unis.

La décision de la Commission européenne d’obliger Apple à rembourser 13 milliards d’euros à l’Irlande pour équilibrer des avantages fiscaux jugés inéquitables a entrainé une vive réaction outre-Atlantique, où l’UE est accusée de cibler les entreprises américaines.

>> Lire : L’Irlande refuse de réclamer 13 milliards d’euros à Apple

« Il ne s’agit pas d’une décision contre les États-Unis », a assuré Jean-Claude Juncker, qui rappelle que les premières sanctions fiscales prises en réaction à des décisions anticipées étaient justement dirigées contre des entreprises européennes. « Nous appliquons les règles », conclut-il.

Les accords commerciaux de Theresa May

La rencontre de Hangzhou est le premier sommet du G20 depuis le référendum sur le Brexit. Il s’agit donc du premier test international d’ampleur pour la nouvelle Première ministre britannique, Theresa May, qui a beaucoup de choses à discuter avec ses homologues du monde entier, et particulièrement les pays hors UE avec lesquels elle tentera de mettre en place des accords commerciaux.

Elle a ainsi rencontré Barack Obama et Vladimir Poutine le 4 septembre, et doit encore s’entretenir avec Narendra Modin le Premier ministre indien, et Xi Jinping, le président chinois.

« Je n’aime pas l’idée que des États membres de l’UE, y compris ceux qui sont encore membres, négocient des accords de libre-échange », a pour sa part déclaré Jean-Claude Juncker. Le président de la Commission a souligné que, selon les traités, les négociations de ces accords font partie des compétences des institutions européennes.

Les diplomates britanniques ont cependant précisé que Theresa May ne ferait qu’« entamer une conversation » avec les dirigeants étrangers. Certains représentants européens sont du même avis : « il serait particulièrement étrange qu’elle ne rencontre pas toutes ces personnes pour se présenter », a déclaré un diplomate. Selon un autre représentant officiel, ces discussions ne poseront aucun problème tant qu’il ne s’agit pas de discussions préliminaires à des accords commerciaux.

Une discussion épineuse attend également Theresa May à Hangzhou. Elle va en effet devoir expliquer au président chinois sa décision de stopper la construction de la centrale nucléaire d’Hinkley Point, un projet au financement franco-chinois. Pékin comptait investir 24 milliards de dollars dans ce projet, qui lui aurait ouvert la porte de l’Europe et symboliserait l’amélioration des relations entre les deux pays. Theresa May et Xi Jinping ont rendez-vous après les deux jours de sommet.

Tournant critique

Pendant la première session de celui-ci, les dirigeants du G20 ont discuté des moyens de dynamiser l’économie dans un contexte de production à la baisse, d’une productivité stagnante et du déclin des échanges internationaux.

« L’économie mondiale est à un tournant critique », a fait remarquer Xi Jinping lors de l’ouverture du sommet.

Le dirigeant chinois a donc appelé ses homologues à « créer un nouvel élan » économique, non seulement grâce à des mesures à court terme, comme des stimuli monétaires et fiscaux, mais également avec des mesures à long terme, le soutien de l’innovation et la transformation numérique de l’industrie, par exemple.

Le président chinois a encouragé son public à être à la hauteur de leur temps et de transformer les actions de réaction à la crise du G20 en système de gouvernance à long terme.

Contexte

Les présidents de la Commission et du Conseil européens, Jean-Claude Juncker et Donald Tusk, ont représenté l'UE au sommet du G20. Les dirigeants du Royaume-Uni, de l'Allemagne, de la France, de l'Italie et de l'Espagne étaient également présents.

Les membres du G20 sont l'Argentine, l'Australie, le Brésil, le Canada, la Chine, la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Inde, l'Indonésie, le Japon, le Mexique, la République de Corée, la Russie, l’Arabie saoudite, l’Afrique du Sud, la Turquie, le Royaume-Uni, les États-Unis et l’UE. L’Espagne est devenue un invité permanent du forum. Ensemble, ces pays représentent 90 % du PIB mondial, 80 % du commerce et les deux tiers de la population de la planète.

Le sommet s’est penché que la crise des réfugiés, la lutte contre de financement du terrorisme, la réforme de la réglementation fiscale et le développement durable.

Prochaines étapes

  • 4-5 septembre : Sommet du G20 à Hangzhou, en Chine.