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11/12/2016

Le programme européen de visas peine à concurrencer la « green card »

Innovation & Entreprises

Le programme européen de visas peine à concurrencer la « green card »

Dimitris Avramopoulos

La modification des règles sur les visas aiderait les travailleurs ayant reçu une offre d’emploi à s’installer en Europe, pour travailler notamment dans les domaines des technologies et les soins de santé où la main d’oeuvre manque.

La Commission européenne a proposé de modifier le programme de visas des « cartes bleues » pour les travailleurs qualifiés. Le programme est en effet alourdi par des règles complexes et a peu de succès.

Entre les premiers permis de travail délivrés, en 2012, et 2014, seules 30 480 cartes bleues ont été approuvées. Près de 90 % de celles-ci ont été délivrées par l’Allemagne.

Le 7 juin, lors d’une conférence de presse, Dimitris Avramopoulos, le commissaire à la migration, a qualifié le programme de « peu attirant, inconnu du public et fragmenté ».

Les réfugiés vivant dans un État membre peuvent également faire une demande de carte bleue, mais l’exécutif insiste sur le fait que le programme ciblera les compétences nécessaires, sans remplacer les programmes dédiés aux demandeurs d’asile. « Il ne s’agit pas ici de soutenir les personnes vulnérables », souligne Dimitris Avramopoulos.

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Selon la Commission, les entreprises des secteurs des technologies et des soins de santé ont des difficultés à trouver des employés. Les pays européens décideront eux-mêmes s’ils approuvent ou non chaque visa et pourront donner la priorité aux profils dont ils ont besoin. « Le but est de donner des moyens à la fois aux arrivants et à l’UE », souligne le commissaire.

Le Royaume-Uni, l’Irlande et le Danemark ne doivent pas souscrire à ces règles, à cause de leurs clauses d’exemption.

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Les travailleurs qualifiés étrangers choisissent toujours les États-Unis, le Canada et l’Australie avant l’UE. Or, la population active européenne devrait diminuer de plus de 20 millions de personnes d’ici 2036. La carte bleue doit donc absolument commencer à rivaliser avec la « green card » américaine, avertit Dimitris Avramopoulos.

« Green card » plus attrayante

Il a également estimé que le nouveau système de visas pourrait permettre à l’économie européenne de gonfler d’entre 1,4 et 6,2 milliards d’euros par an.

De nombreuses sociétés de technologies se plaignent de ne pas trouver d’employés qualifiés. Les associations de startup du secteur demandent donc à l’exécutif de modifier les règles sur les visas afin d’attirer davantage d’entrepreneurs en Europe.

Lenard Koschwitz, directeur aux affaires européennes au groupe de pression Alliance for Startups, parle d’une « hémorragie de talents » dans une opinion publiée sur EurActiv.com.

Certains États membres ont déjà des programmes nationaux pour les jeunes entreprises, qui seront remplacés par le système de carte bleue une fois les modifications en vigueur. S’il suit l’exemple des programmes nationaux, le programme européen pourrait notamment attirer un grand nombre de citoyens américain.

Les Pays-Bas ont ainsi introduit un nouveau système en janvier 2015, qui leur a permis d’accorder 21 visas à des employés de start-ups. Parmi les bénéficiaires de ces cartes bleues, on compte six citoyens américains, quatre Russes, trois Canadiens, ainsi que des Indiens, Macédoniens, Indonésiens, Ukrainiens, Mexicains et Néo-Zélandais.

Les règles plus souples du nouveau système permettront donc à l’industrie technologique européenne de concurrencer d’autres régions du monde, souligne Catriona Meehan, directrice des politiques européennes à l’alliance des développer d’applications. Selon les estimations de l’association, le marché des applications est en pleine croissance dans l’UE et pèsera 63 milliards d’euros d’ici 2018.

Emplois vacants

L’exécutif européen estime de son côté que les secteurs technologique et des soins de santé compteront respectivement 800 000 et 1 millions d’emplois vacants d’ici 2020.

La réduction du temps d’attente des candidats est un des chevaux de bataille de la Commission, qui entend obliger les États à répondre aux demandes dans les 60 jours. Les candidats à la carte bleue devront également avoir reçu une offre d’emploi pour un minimum de six mois, soit la moitié du minimum actuel.

Les salaires minimum des travailleurs qualifiés concernés par le programme ont par ailleurs été légèrement abaissés, tout en restant plus élevés que le salaire moyen du pays en question. L’emploi en question devra offrir un salaire au moins 40 % plus élevé que la moyenne nationale, contre 50 % dans l’ancien système.

Ce seuil salarial permet d’éviter le dumping social et empêche les étrangers de venir en Europe pour des emplois peu rémunérés, explique la Commission.

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Contexte

L'UE a approuvé le programme de visa des cartes bleues en 2009. Pourtant, cinq ans plus tard, seuls 30 480 visas avaient été alloués. En juin 2016, Dimitris Avramopoulos, le commissaire à la migration, a qualifiée la carte bleue de « peu attirante, inconnue du public et fragmentée ». Le commissaire a donc proposé des modifications du système, notamment un abaissement du seuil salarial, la possibilité de recevoir un visa pour un emploi limité à six mois et une période d'attende réduite. La Commission européenne estime que c'est dans les secteurs des technologies et des soins de santé que le nombre d'emplois vacants est le plus élevé. Les pays européens peuvent approuver les visas en fonction de leurs besoins.