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27/09/2016

L’accession de la Chine au statut d’économie de marché serait «catastrophique» pour l’aluminium européen

Innovation & Entreprises

L’accession de la Chine au statut d’économie de marché serait «catastrophique» pour l’aluminium européen

Le commissaire Jyrki Katainen en visite en Chine.

L’octroi du statut d’économie de marché à la Chine aurait des conséquences catastrophiques pour le secteur européen de l’aluminium.

Le mois dernier, la Commission a annoncé vouloir se concentrer sur de nouvelles mesures pour contrer les aides illégales et le dumping de la Chine, sans pour autant prendre de décision sur son statut d’économie de marché.

Si les membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) décident d’accorder ce statut à la Chine, ses partenaires commerciaux devront traiter le pays, toujours dirigé par le parti communiste, comme un égal lors du règlement des différends.

>> Lire : La reconnaissance de la Chine comme économie de marché divise l’UE

Gerd Götz, directeur général de l’association European Aluminium, a estimé que la crise de l’acier en Europe avait faussé le débat sur le statut d’économie de marché de la Chine et distrait Bruxelles, qui ne s’est pas beaucoup penché sur d’autres secteurs, comme l’aluminium, alors qu’il pourrait bien connaître le même sort.

« Si l’UE accorde le statut d’économie de marché à la Chine, 80 000 travailleurs du secteur de l’acier risqueraient de perdre leur emploi », a-t-il prévenu, ajoutant qu’ouvrir cette porte à la Chine « compromettrait l’avenir industriel à long terme de l’Europe ».

La Chine est entrée à l’OMC en 2001. Selon Pékin, on lui a alors promis que son statut serait modifié d’ici fin 2016. Une vision non partagée par l’UE, qui assure qu’il n’était question que d’une réévaluation du statut. Le bloc rechigne en effet à lâcher la bride à la Chine, à cause d’une longue série de différends sur les aides d’État allant de l’acier aux panneaux solaires.

Le 4 août, la Commission européenne a annoncé l’introduction de droits rétroactifs sur les importations d’acier laminé à froid en provenance de la Russie et de la Chine.

>> Lire : Le Parlement se dresse contre le statut d’économie de marché de la Chine

« Dans le contexte de la crise de surcapacité qui touche le secteur de l’acier partout dans le monde, la Commission utilise ses instruments de défense commerciale pour rééquilibrer la concurrence entre producteurs européens et étrangers », a expliqué l’exécutif européen dans un communiqué.

>> Lire : «La Chine a déjà une économie de marché »

Le cas de l’aluminium

L’industrie européenne de l’aluminium assure que la surcapacité chinoise en aluminium primaire s’élève à pas moins de cinq fois le volume de la production européenne dans sa totalité. La Chine augmente en effet sa production dans toute la chaine de valeur, et notamment pour les produits semi-ouvrés, dont les exportations vers l’Europe ont augmenté de 17 % en 2014, puis encore de 21 % en 2015. En un peu plus de dix ans, la part de l’aluminium primaire chinois dans le monde est passée d’environ 10 % à plus de 50 %.

Pékin subventionne systématiquement les secteurs stratégiques, comme l’acier, mais aussi l’aluminium, les panneaux solaires et les vélos, fait remarquer Gerd Götz.

« Les fonderies d’aluminium soutenues par l’État permettent aux producteurs chinois de vendre à un prix artificiellement bas, au détriment des entreprises européennes qui respectent les règles de concurrence. L’UE n’a donc aucune raison de changer le statut de la Chine, pas tant qu’elle ne sera pas réellement une économie de marché », souligne le directeur général.

Un marché « détraqué »

Evangelos Mytilineos, président et directeur général de Mytilineos Holdings S.A, partage cette opinion. L’homme d’affaires a déclaré que, tout comme celui de  l’acier, le secteur de l’aluminium est frappé de plein fouet par les pratiques chinoises.

« Il n’y a absolument aucun doute sur le fait que le marché de l’aluminium chinois est détraqué […] il n’a aucune connexion avec le monde réel, les coûts réels de production des matériaux, les prix de vente et les marchés », estime-t-il.

Pour Evangelos Mytilineos, la croissance du secteur de ces dernières années n’a aucune raison de s’essouffler et la demande en aluminium devrait rester importante dans les dix années à venir.

>> Lire aussi : L’UE revoit son plan acier sous la pression chinoise

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