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25/07/2016

L’agriculture bio menacée par la future législation européenne

Innovation & Entreprises

L’agriculture bio menacée par la future législation européenne

Victimes de l'agriculture conventionnelle, les poulets destinés à la production de viande sont souvent gavés jusqu'à atteindre le poids idéal de 1,6 à 2 kg. Beaucoup d'animaux ne survivent même pas au système de gavage.

[Stefan Bröckling/Flickr]

La filière de l’agriculture biologique peine à répondre à la demande grandissante des Européens. Des difficultés qui pourraient être accentuées par une nouvelle législation européenne. Un article d’EurActiv Allemagne.  

Ces10 dernières années, le marché des produits biologiques a quadruplé en Europe, et pas seulement en Allemagne, pionnière de l’agriculture biologique. 

Selon les chiffres de l’Union européenne, environ 5,5 % du total des terres agricoles de l’UE sont destinés à la culture biologique. Pourtant, ces dernières années, l’offre de produits biologiques n’a pas pu faire face à la demande grandissante.

L’agriculture biologique engendre des coûts plus élevés que les techniques de l’agriculture conventionnelle alors que les productions sont plus faibles et sujettes à davantage de fluctuations.

Selon ses détracteurs, ce paradoxe pourrait encore s’aggraver. Certains prédisent même une tendance à la baisse de l’agriculture biologique à cause des réglementations de l’UE plus strictes. Peu après l’entrée en fonction de la nouvelle Commission européenne, Phil Hogan, commissaire à l’agriculture et au développement rural, a annoncé son intention de réviser le règlement du Conseil de l’UE en matière d’agriculture biologique.

>> Lire : La réforme du label bio européen fait débat

En mars 2014, la Commission européenne a adopté des projets de loi  pour un nouveau règlement. Cette mesure, qui devrait entrer en vigueur en 2017, intègre des règles plus rigides en matière de production et d’importation de produits bio. Il sera donc plus difficile pour des agriculteurs conventionnels de se tourner vers l’agriculture biologique. À l’inverse, de nombreux producteurs biologiques risquent de revenir à l’agriculture classique.

Plus de recherche, moins de réglementations

L’Allemagne est en désaccord total avec le nouveau règlement. Déjà en octobre dernier, tous les partis politiques de la commission du Bundestag sur l’alimentation et l’agriculture s’étaient clairement opposés à une révision complète du règlement de l’UE.

Les opposants au nouveau règlement ont rappelé que l’agriculture biologique en Europe se développait déjà bien trop lentement et que ses chances de développement ne devaient pas être entravées par des obstacles juridiques excessifs.

Toutefois, les dés ne sont pas encore jetés, puisque les ministres du Conseil de l’UE et le Parlement européen doivent encore délibérer sur la nouvelle législation.

« Le Conseil de l’UE a déjà déposé des propositions d’amendements », a affirmé Felix Bloch, de la Direction Générale de l’agriculture à la Commission européenne, confiant au passage que Phil Hogan s’était rendu compte que les exigences de la Commission étaient trop élevées.

Selon la nouvelle proposition de la Commission, les produits bio devront répondre à des exigences plus claires. Elle propose par exemple de lever certaines règlementations particulières et exceptions, d’interdire du cultiver simultanément des produits bio et conventionnels et de contrôler plus rigoureusement les produits biologiques importés.

Ces mesures visent à restaurer la confiance des consommateurs, déçus par les scandales de fraude et les myriades de marques biologiques.

« Il existe un véritable fossé entre les nouvelles marques bio et les recommandations en matière d’environnement » a déclaré Urs Niggli, de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FIBL), craignant une phase de stagnation imminente de l’agriculture biologique.

Selon lui, pour augmenter la production, qui est actuellement entre 50 et 90 % issue de l’agriculture classique, il est nécessaire d’innover pour développer de meilleures techniques de fertilisation et d’élevage d’espèces plus robustes.

>> Lire : Agriculture biologique : la Commission exhortée à soutenir la recherche

Aucun investissement dans un projet pourtant ambitieux

Selon le ministère fédéral allemand de l’Alimentation et de l’Agriculture, en 2013, 6,4 % des terres agricoles en Allemagne étaient cultivées selon les principes de l’agriculture biologique.

Le gouvernement fédéral espère atteindre les 20 % afin de remplir l’objectif fixé par Renate Künast, l’ancienne ministre de l’agriculture.

Cet objectif n’est pas du tout la priorité du gouvernement. L’Allemagne investit moins de 1 % dans la recherche de solutions pour l’agriculture biologique, a commenté Urs Niggli. Le Bundestag, la chambre basse du parlement, a récemment critiqué le gouvernement allemand d’avoir publiquement annoncé sa volonté d’appuyer l’agriculture biologique mais de n’avoir instauré aucune mesure supplémentaire dans le budget 2015.

Selon Clemens Neumann, du ministère de l’Agriculture, « l’objectif des 20 % ne pourra en aucun cas être atteint d’ici la fin de l’année si l’amendement de l’UE reste si flou ». Pour se tourner vers le bio, les agriculteurs ont besoin d’une certaine sécurité financière et de plus de mesures incitatives, a-t-il ajouté.

Les produits organiques ne devraient pas être des produits de luxe

D’après Martin Häusling, spécialiste de l’agriculture des Verts au Parlement européen et responsable de la révision du nouveau règlement sur l’agriculture biologique au Parlement, « la proposition de la Commission fera de l’agriculture biologique un projet élitiste. La question est de savoir si le secteur biologique peut sortir de cette niche ». Pour l’instant, les produits biologiques sont importés de loin, ce qui rend la vérification de leur appellation « biologique » difficile, a-t-il rappelé. Dans tous les cas, que l’on parle de produits allemands ou de produits importés, tous doivent recevoir un contrôle précis.

Martin Häusling a fait part de son doute face aux demandes répétées d’une agence basée à Bruxelles qui examinerait les cas de fraudes. « Pour ce faire, Bruxelles devrait réunir sa propre équipe d’experts afin d’examiner les produits biologiques », a affirmé Häusling, « sans véritables experts, cette agence ne ferait qu’inspecter l’inspection. »

Contexte

L'agriculture biologique est une forme d'agriculture particulièrement tournée vers l'économie des ressources et le respect de l'environnement et de la faune. Cette pratique bannit l'utilisation d'engrais minéraux et de pesticides et limite l'élevage d'animaux.

Le marché biologique de l'UE a quadruplé lors des 10 dernières années. C'est pour cela que la Commission européenne veut mettre à jour les règlementations de ce secteur. En 2013, la Commission a organisé un débat public sur l'agriculture biologique et a observé une forte demande de produits bio.

Le 24 mars 2014, la Commission a proposé un nouveau règlement sur l'agriculture biologique, l'étiquetage des produits bio et la mise en place d'un plan d'action pour l'avenir de ce secteur. L'objectif est de renforcer les règles concernant les essais et la production d’aliments biologiques dans l'UE.