Le futur des médias en Europe préoccupe les institutions

EURACTIV et le Mouvement Européen ont invité les acteurs du secteur des médias à se réunir au siège de la représentation du Parlement Européen en France pour évoquer le futur des médias en Europe, le 25 juin.

Les intervenants ont abordé les thèmes de la concurrence, du rôle des acteurs économiques et du besoin d’une politique industrielle européenne du secteur des médias, pour soutenir les nouveaux modèles économiques et le développement et assurer indépendance et pluralité, piliers de la démocratie, la question des GAFAT étant au centre des débats.

Philippe Hardouin, économiste, a dressé un tableau en demi-teinte d’un secteur des médias, qui a souffert depuis 2008 et dont le modèle économique a été attaqué par la gratuité imposée par les acteurs du net. Lorena Boix Alonso, responsable de l’unité Convergence des médias à la Commission européenne, a souligné que l’Europe bénéficiait de solides marques internationales de médias, malgré un déficit d’investissement : le rôle des institutions devant être de favoriser l’accès à l’innovation des acteurs, de réglementer et d’assurer la pluralité des médias.

Une UE trop frileuse ?

Le député européen, Jean-Marie Cavada, regrettait lui aussi le manque d’investissements européens dans l’audiovisuel public, citant en exemple le cas d’EuroNews et de la RAI, qui n’ont reçu que peu de soutien de la part des organismes publics. L’Union Européenne a aussi été trop frileuse pour avoir recours à l’article 7 face à la censure des médias mise en place en Hongrie par le régime de V. Orban.

Louis Dreyfus, président du directoire du journal Le Monde, a avancé une règle de trois pour la presse : « indépendance, identité et investissement », se demandant quels étaient aujourd’hui les investisseurs européens prêts à répondre à une consolidation accélérée et au besoin de capitalisation des médias. Il souligne le besoin de créer des plateformes entre les médias européens pour faire face aux enjeux posés par Google et la nécessité pour les grandes marques médias de développer leurs audiences hors de leurs frontières historiques (El Pais en Amérique du Sud, The Guardian aux États-Unis et Le Monde en Afrique).

Christophe Leclercq, fondateur d’EURACTIV, s’est inquiété de la structure suivante, à long terme, du journalisme politique: des médias anglo-saxons transnationaux, les géants GAFA, des médias en ligne alimentés par les précédents, et seulement quelques titres de presse dans chaque pays. Pour préserver le pluralisme, il suggère que des médias continentaux se rapprochent pour innover, par exemple sur des plateformes de traduction et localisation. En complément du Marché Unique Numérique, ceci serait accompagné par une politique industrielle, soutenue par les institutions.

Hervé Brusini, directeur de l’information de France Télévision et Philippe Cayla (Euronews) ont constaté que l’Europe n’avait pas pris en compte ce que l’évolution numérique et la montée en puissance des acteurs internationaux signifiaient pour les médias européens. Pour la députée européenne Virginie Rozière, le manque de politique concertée a amené à des situations difficiles, où les acteurs économiques étrangers, dépendants des contenus locaux, imposent leurs modèles et extraient la valeur des médias européens.