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30/09/2016

Le nouveau plan pour l’emploi peine à convaincre

Innovation & Entreprises

Le nouveau plan pour l’emploi peine à convaincre

Youth unemployment

Former 500.000 chômeurs, inciter les PME à embaucher via une prime, assouplir l’organisation du travail et les heures supplémentaires: François Hollande compte sur son plan présenté lundi pour faire baisser le chômage, mais des syndicats et l’aile gauche du PS s’inquiètent d’une remise en cause déguisée des 35 heures.

L’emploi est «la seule question qui vaille au-delà de la sécurité des Français», a déclaré le chef de l’État lors de ses voeux aux acteurs de l’entreprise et de l’emploi.

Pour François Hollande, qui a fait à plusieurs reprises de la baisse du chômage la condition d’une nouvelle candidature, le temps est compté, avec 650.000 chômeurs supplémentaires inscrits à Pôle emploi depuis son élection et le chiffre record de 3,57 millions de personnes sans aucun travail.

Lundi, il a détaillé ce qu’il avait esquissé le 31 décembre lors de ses voeux et précisé que l’Etat allait dépenser «plus de deux milliards d’euros» pour l’emploi, sans nouvel impôt.

Première mesure: une prime immédiate de 2.000 euros par an pour les entreprises de moins de 250 salariés pour toute embauche en CDI ou en CDD de plus de 6 mois de salariés rémunérés jusqu’à 1,3 Smic.

Cette somme «représente le reliquat des cotisations patronales une fois pris en compte l’ensemble des allègements de charges» dont elles bénéficient, notamment du Pacte de responsabilité.

Le dispositif est établi pour 2 ans, «le temps du basculement du Cice (crédit d’impôt compétitivité emploi) en baisse définitive de charges», a expliqué le chef de l’Etat.

Toujours en faveur des entreprises, il a confirmé le plafonnement des indemnités prud’homales de licenciement en fonction de l’ancienneté.

Ces annonces ont été saluées par le patronat: elles «vont dans le bon sens», a réagi Pierre Gattaz, président du Medef, qui attend néanmoins «des mesures concrètes».

François Asselin, pour la CGPME, a souligné que le basculement du Cice en baisse directe de charges était ce qu’elle réclamait et que la prime de 2.000 euros, c’était «mieux que rien».

«Ça fait beaucoup d’aides aux entreprises», a dénoncé le numéro un de la CGT, Philippe Martinez, qui reproche à M. Hollande de «continuer ce qui ne marche pas». »

Jean-Claude Mailly (FO) a fustigé un «PLA, programme libéral accentué», comme la transformation du Cice en baisse des cotisations, «sans un mot» pour «garantir le financement de la protection sociale».

Laurent Berger, de la CFDT, voit dans la prime pour les PME des «effets d’aubaine» qui seront «inefficaces».

Assouplissement des 35 heures

En outre, comme l’avait annoncé le Premier ministre, Manuel Valls, en novembre, la future réforme du Code du travail accordera aux entreprises de nouveaux assouplissements sur le temps de travail, notamment sur la majoration des heures supplémentaires, sans toucher à la durée légale de 35 heures, a assuré le chef de l’État.

L’entreprise «pourra fixer le taux de majoration et le nombre des heures supplémentaires ou moduler le temps de travail au-delà même de l’année», a-t-il dit. Actuellement, les heures supplémentaires sont majorées à 25%, sauf dérogation. La ministre du Travail, Myriam El Khomri, s’est dit favorable au maintien du plancher de majoration, fixé à 10%.

Mais pour l’Union syndicale Solidaires, «ce sont de nouvelles attaques contre la réduction du temps de travail qui se préparent», tandis que l’aile gauche du PS, Benoît Hamon en tête, redoute la «fin des 35 heures».

Deuxième axe du plan d’urgence, la formation de 500.000 chômeurs, avec un engagement de l’Etat d’un milliard d’euros.

M. Hollande a demandé que soient définis les besoins de formation «branche par branche, région par région» avec la mobilisation notamment de Pôle emploi et de l’Afpa.

«C’est une bonne nouvelle pour les demandeurs d’emploi. Plus de 500.000 attendent des formations», a réagi Yves Barou, président de l’Afpa (Association pour la formation professionnelle des adultes), qui forme 80.000 chômeurs par an et serait en mesure de doubler ce nombre.

Le coût total de la formation professionnelle est de 32 milliards par an, dont 4 milliards pour les chômeurs. Elle ne bénéficie qu’à un chômeur sur dix, contre deux sur dix en Allemagne par exemple.

Le chef de l’État a également annoncé un développement de l’apprentissage et des contrats de formation en alternance.

«On reste très dubitatifs», a réagi la CGPME, tandis que la CFDT insiste sur «l’opérationnalité de ces formations» pour «arriver à un retour à l’emploi».

«Ça n’est pas la formation qui va créer de l’emploi», souligne de son côté Carole Couvert (CFE-CGC).

>>Lire : Le nouveau paquet économie circulaire faiblard sur l’emploi