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26/09/2016

Le soldat Macron tente de sauver l’acier européen

Innovation & Entreprises

Le soldat Macron tente de sauver l’acier européen

Le ministre de l'Economie Emmanuel Macron et la commissaire européenne chargée de l’industrie, Elzbieta Bienkowska

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Le ministre de l’Économie a tenté de mobiliser, à Strasbourg, pour une opération de sauvetage de l’acier européen.

La nouvelle tentative de sauvetage de l’acier européen du  ministre français de l’Économie Emmanuel  Macron a trouvé peu d’écho à Strasbourg.

Lors d’une visite au Parlement européen, le ministre de l’Économie s’est entretenu avec des parlementaires, en présence de la commissaire européenne chargée du marché intérieur et de l’industrie, Elzbieta Bienkowska, Macron a une nouvelle fois réclamée une réaction européenne face au dumping chinois qui menace la survie du secteur.

>>Lire :  l’UE revoit son plan acier sous la pression chinoise

« L’Europe s’est construite sur l’acier » a-t-il rappelé lors d’un point presse à l’issue de la rencontre, le 11 avril. « Aujourd’hui, certains ne respectent pas les règles de la mondialisation » a-t-il poursuivi, pointant du doigt la Chine dont les surcapacités de production et la stratégie de dumping déstabilisent le marché européen

En Chine, l’acier contre la paix sociale ?

« L’industrie chinoise vend à perte ! Il s’agit clairement d’une situation de dumping » souligne Charles de Lusignan, chez Eurofer, le lobby européen de l’acier, Eurofer. Ce dernier appelle depuis plusieurs semaines à une réponse plus sérieuse de l’Europe face à une déferlante de produits chinois peu chers.

>>Lire : La France peine à faire renforcer les barrières douanières face à la Chine

De fait, les haut-fourneaux chinois parfois éloignés de la mer ont un coût de production déjà supérieur aux prix de vente en Europe si l’on inclut le coût, élevé, du transport terrestre en Chine.

Selon l’industrie européenne, la Chine soutient au renfort de subventions la production chinoise pour un motif social plus qu’économique : les hauts-fourneaux emploient une main-d’œuvre peu qualifiée qui aurait du mal à s’intégrer dans les grandes villes.

L’effondrement des prix de l’acier pénalise sérieusement les derniers aciéristes européens, et en particulier les Français. Même si la tendance est repartie à la hausse après un plus-bas en janvier, les chances des haut-fourneaux d’arriver à une production rentable cette année semble faible.

À près de 300 euros par tonne, la bobine de laminé à chaud, qui est la principale référence de l’acier, est encore loin de son prix de rentabilité, qui serait plus proche de 400 euros par tonne, selon l’industrie.

Le regain du prix du minerai de fer, principal ingrédient de l’acier avec le charbon à coke, semble indiquer une direction haussière, mais pour l’heure les aciéristes peinent à répercuter cette hausse sur les prix en raison d’une offre surabondante par rapport à la demande.

Réponse poussive de l’UE

Les demandent relayées par le ministre français portent sur deux axes. La réactivité de la Commission face à ce dumping, jugée trop lente. « Face à une situation de dumping avérée, la commission européenne mettait 9 mois à réagir. Elle a réussi à réduire ces délais d’un mois, mais ce n’est pas suffisant » a martelé le ministre.

En comparaison, les États-Unis ont réagi beaucoup plus vite face au dumping chinois et ont instauré en 5 mois, parfois deux sur certaines enquêtes, des droits anti-dumping pouvant aller jusqu’à 300%.

« Nous devons continuer à mettre la pression sur la Commission pour qu’elle aille plus vite. 8 mois ce n’est pas suffisant. J’ai besoin que des décisions soient prises d’ici l’été» a poursuivi le ministre.

Double jeu britannique

Autre angle d’attaque,  l’évolution des  méthodes de calculs des droits imposés aux pratiques commerciales déloyales, à laquelle s’oppose une majorité d’États membres.

« Sur cette question des tarifs, c’est la responsabilité des États membres », a rappelé Emmanuel Macron.

La France reproche en coulisse au Royaume-Uni de ne pas jouer franc-jeu sur ce dossier.  Ainsi, le Royaume-Uni a bien cosigné une lettre alertant la Commission européenne sur les prix de l’acier cet hiver.

>>Lire : Le dumping chinois menace la sidérurgie européenne 

En revanche, au sein du Conseil des ministres européens, le Royaume-Uni ne s’est pas joint aux autres pays qui réclamaient une intervention urgente visant à installer les barrières douanières face à l’acier chinois.

La vente par Tata Steel de ses actifs britanniques et européens au fonds d’investissement Greybull Capital n’a pas non plus fait bouger les lignes de positions britanniques « qu’il va falloir convaincre » reconnait le ministre. « Nous devons nous protéger face aux attaques de notre économie, et nous devons le faire à 28 » a-t-il poursuivi.

Pas d’unité européenne

L’unité européenne sur le sujet est pourtant loin d’être acquise, puisque seule une poignée de pays soutiennent les mesures de lutte contre le dumping, dont la France et l’Italie.

«  Nous avons besoin d’une majorité des 3/5 au Conseil pour revoir les règles » rappelle l’eurodéputé socialiste Édouard Martin, auteur d’un rapport sur la sidérurgie. « Emmanuel Macron dit qu’il va continuer à mettre la pression sur les autres États membres, mais pour l’instant il manque toujours une bonne dizaine de voix au compteur, regrette-il.

Contexte

Conformément à la règle du droit moindre, énoncée dans la législation antidumping européenne, l’UE impose des mesures de défense commerciale inférieures aux marges de dumping si le principe du droit moindre suffit à compenser le préjudice à l'industrie européenne (au niveau de la marge de préjudice).

Eurofer, l'association européenne de représentation de l'industrie sidérurgique, estime que la Chine a actuellement une surcapacité nationale d'environ 400 millions de tonnes, soit près de trois fois l'ensemble de la demande européenne (155 millions de tonnes). Cette surcapacité est due à une intervention continue de l'État chinois dans son économie.

L'organisation souligne aussi que les produits faisant l'objet d'un dumping chinois ont une empreinte écologique bien plus élevée (50 % de plus) que leurs équivalents européens. Elle souhaite donc que le système européen d’échange de quotas d’émissions après 2020 ne pénalise pas l'industrie européenne face à ses concurrents mondiaux.

 

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