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29/09/2016

Les agriculteurs européens craignent un accord avec le Mercosur

Innovation & Entreprises

Les agriculteurs européens craignent un accord avec le Mercosur

Une ferme au Brésil.

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Les agriculteurs européens s’inquiètent de la relance des négociations commerciales avec le MERCOSUR.

Dans un effort pour débloquer l’impasse des négociations commerciales ayant débuté en 2004, l’UE et le MERCOSUR ont échangé des offres d’accès à leur marché respectif de biens et services et à leurs marchés publics.

Le MERCOSUR est une union régionale constituée de l’Argentine, du Brésil, de l’Uruguay, du Paraguay ainsi que du Venezuela, qui ne participe pas aux négociations actuellement. C’est l’Uruguay qui mène actuellement les négociations avec l’UE.

Après 12 ans de blocage des négociations, l’état des lieux du marché agricole mondial a considérablement changé, et des pays comme le Brésil dominent le marché des exportations nettes. Tout comme l’UE, le géant latino-américain a massivement investi dans l’augmentation de sa production.

Par ailleurs, le ralentissement de la demande en Chine, et l’embargo russe sur les produits alimentaires ont mis une pression extrême sur les exportations agricoles.

Produits sensibles

Copa-Cogeca, l’association des agriculteurs européens et des coopératives agricoles pense que l’offre de l’exécutif sur l’agriculture est problématique puisqu’elle ouvre les marchés européens aux importations sans rien obtenir en contrepartie ». Les agriculteurs européens sont particulièrement inquiets pour les produits « sensibles », comme le bœuf et la volaille.

>> Lire : Des eurodéputés veulent resserrer les liens avec l’Argentine

En avril, vingt ministres européens ont demandé à la Commission de ne pas faire d’offre liée à l’agriculture. « Malgré les avertissements […] la Commission est allée au bout de son idée », a souligné Copa-Cogeca dans un communiqué.

Les agriculteurs européens veulent tous que les produits sensibles soient exclus de l’offre de l’exécutif. EurActiv a appris que le bœuf et l’éthanol avaient été exclus de l’offre, mais d’autres secteurs spécifiques comme la volaille et les céréales restaient concernés.

Les agriculteurs craignent que l’inclusion de produits sensibles dans l’accord ne détruise le secteur agricole avant que les « lourdeurs administratives et autres barrières non tarifaires inutiles ne soient supprimées ». En effet, ces dernières empêchent l’entrée des exportations européennes dans ces pays.

Les exportations européennes menacées

Le MERCOSUR est déjà le principal exportateur de produits de base agricoles vers l’UE. De fait, 86 % des importations de bœuf et 70 % des importations de volaille proviennent de ces pays.

Le secrétaire général de Copa-Cogeca, Pekka Pesonen, a déclaré à EurActiv que le Mercosur n’était pas un marché unique accompli, ce qui « limiterait terriblement le potentiel d’exportations agricoles de l’UE ».

Selon lui, le secteur est déjà en grande difficulté dans l’UE. Faisant référence à une étude du Centre commun de recherche, Pekka Pesonen a souligné que le secteur risquait de perdre 7 milliards d’euros avec un tel accord.

Normes environnementales

Pekka Pesonen s’inquiète notamment des normes environnementales. « Nous devrions exporter vers chaque pays et faire face à différentes règles commerciales, différentes normes marketing et environnementales. »

Copa-Cogeca estime en outre que certaines inquiétudes concernant les aspects sécuritaires de la production de viande – notamment la traçabilité et l’utilisation d’antibiotiques – perdurent.

Les médicaments comme les hormones ou les accélérateurs de croissance sont illégaux dans l’UE, mais sont utilisés dans certains pays du Mercosur et l’association des agriculteurs européens considère qu’il n’y a pas de système de contrôle de l’utilisation de ces produits.

La Commission a besoin de temps

L’exécutif européen considère que la reprise des négociations est une étape nécessaire pour faire avancer le processus et parvenir à un accord ambitieux, complet et équilibré. Un porte-parole de la Commission a déclaré à EurActiv que les deux parties examinaient actuellement l’offre afin de poursuivre les discussions cette année.

>> Lire : Le Mercosur propose à l’UE un accord commercial ambitieux

« Nous n’allons pas commenter les offres avant d’avoir pu consulter les détails. Notre dernier échange date d’il y a 12 ans, nous devons donc analyser les chiffres avec prudence », a observé un responsable.

Une réunion des négociateurs en chef sera organisée avant les vacances d’été afin de dresser un bilan des négociations et de préparer un calendrier pour le second semestre de l’année.

« L’UE s’engage pleinement dans cette négociation. Avec l’échange d’offres d’accès au marché, l’UE et le MERCOSUR réaffirment leur engagement à un accord ambitieux et équilibré », a affirmé le porte-parole, ajoutant que l’offre de l’UE reflétait ce que la Commission considérait adéquat à cette étape des négociations « après avoir consulté les États membres ».

Contexte

L’UE négocie actuellement un accord commercial avec le MERCOSUR dans le cadre de ses négociations pour un accord d’association birégional qui couvre aussi les piliers politiques et de coopération.

Le MERCOSUR est composé de l’Argentine, du Brésil, du Paraguay, de l’Uruguay, du Vénézuéla et de la Bolivie, en cours d’adhésion.

L’objectif est de négocier un accord commercial complet, qui couvre non seulement les biens industriels et agricoles, mais aussi les services et les marchés publics et l’amélioration des règles de la propriété intellectuelle, des douanes, et des entraves techniques.

L’UE est le premier partenaire commercial du Mercosur, puisqu’elle représentait 20 % du commerce du bloc latino-américain en 2013. Le commerce entre les deux partenaires s’élève à 110 milliards d’euros.

Le Mercosur est pour sa part le sixième plus important marché d’exportation pour l’UE (toujours selon les données de 2013).

Les exportations du Mercosur vers l’UE sont des produits agricoles (43 % des exportations totales) et des matières premières (28 %), alors que l’UE exporte principalement des produits manufacturés, notamment des machines et des équipements de transport (46 % des exportations totales) et des produits chimiques (22 %).