Oettinger multiplie les contacts avec des lobbyistes des télécoms

Günther Oettinger [European Parliament/Flickr]

Le Commissaire européen au numérique, Günther Oettinger est une cible de choix pour les lobbyistes. Sa porte serait surtout ouverte à ceux des télécoms, selon Transparency International.  Un article d’EURACTIV Allemagne

Günther Oettinger dévoue une grande partie de son temps aux lobbyistes. Ces derniers mois, le responsable politique de l’Union chrétienne-démocrate allemande (CDU) et six de ses employés ont rencontré des lobbyistes à 398 reprises. Seuls le commissaire au climat, Miguel Arias Cañete, et le commissaire à l’emploi et la croissance, Jyrki Katainen, ont eu plus de contacts officiels, avec respectivement 487 et 398 rencontres.

EU Integrity Watch, la dernière base de données de l’organisation anti-corruption Transparency International, montre que les lobbyistes viennent presque exclusivement du secteur industriel. Seuls 11 % des réunions ont eu lieu avec des ONG, des groupes de réflexion ou des autorités municipales.

Joe McNamee, directeur de l’association de défense des droits numériques des Européens (EDRi) est un lobbyiste très actif qui représente la société civile. Depuis que Günther Oettinger a pris ses fonctions à Bruxelles en décembre, Joe McNamee ne l’a pas rencontré une seule fois.

« Günther Oettinger écoute surtout les conseils des opérateurs de réseau », a déclaré l’activiste au journal Spiegel Online. « Il les rencontre lors de dîners. »

L’eurodéputé autrichien des Verts, Michel Reimon a également critiqué le commissaire allemand. Quand Günther Oettinger prend position, a-t-il affirmé, c’est toujours en faveur des entreprises.

Günter Oettinger : « Je parle avec tout le monde »

En réponse à une question du Spiegel, Günther Oettinger a rejeté la critique et assuré qu’il parlait avec tout le monde.

La base de données de Transparency International ne reflète pas cette réalité tout simplement parce que toutes les rencontres ne sont pas comptabilisées, a expliqué le commissaire. « Si, par exemple, j’interagis avec des citoyens lors d’un événement public, je parle lors d’une conférence ou je rencontre des députés qui défendent les droits des usagers Internet, ces rencontres ne sont pas nécessairement prises en compte », a poursuivi Günther Oettinger.

Les sociétés qu’il rencontre le plus fréquemment sont Euronews, Deutsche Telekom, Orange, Vodafone Belgique, Microsoft et Telefonica.

Le fait que Günther Oettinger n’écoute presque que les arguments des opérateurs de réseau a un effet considérable sur les initiatives de loi relatives aux questions numériques, affirment les détracteurs de ce comportement.

Transparency International : conflit d’intérêts

Le commissaire au numérique travaille actuellement en trilogue avec le Parlement européen et le Conseil des ministres sur l’intégration de la neutralité du Net dans le paquet législatif pour le marché unique numérique. Pour lui, ceux qui veulent un Internet égal pour tous sont « dignes de Talibans ».

Comme il l’a expliqué lors d’un événement en mars, des connexions de données plus rapides devraient être offertes avant tout à des applications particulières, telles que celles du secteur médical, plutôt qu’à des vidéos YouTube en streaming.

Le principe de base d’un Internet ouvert n’est d’ailleurs plus défini dans la dernière proposition de compromis du Parlement européen, alors que ce dernier avait encouragé la neutralité du Net en première lecture.

La raison de ce revirement de situation, serait un marchandage avec le secteur télécom. Lequel aurait capitulé sur les frais d’itinérance en UE, qui seront abolis début 2017, en échange d’absence de règles dures sur la neutralité du Net.

Le secteur des médias ainsi que les fournisseurs d’accès à Internet militent pour la neutralité du Net, qui permette à tous les services de disposer de la même capacité de bande passante. Mais les opérateurs télécoms craignent que cette disposition ne nécessite des investissements supplémentaires, et préfèreraient au contraire segmenter leur offre, quitte à proposer des offres premium à débit ultra-rapide.

Initiative de transparence de la part de la Commission européenne

La richesse d’informations de la base de données de Transparency International a été rendue possible grâce à la nouvelle initiative pour la transparence de la Commission Juncker.

En vertu des méthodes de travail de la Commission européenne, « les membres de la Commission devraient essayer d’équilibrer leurs rencontres avec des lobbying ».

Tous les commissaires possédant un portefeuille à orientations économiques ne rencontrent pas de lobbyistes économiques aussi souvent que Günther Oettinger. Par exemple, Transparency International n’a comptabilisé que huit réunions entre la commissaire à la concurrence, Margrethe Vestager et des lobbyistes d’entreprise, mais une seule seulement avec une ONG.

>> Lire : La Commission veut un registre des lobbys unique pour les institutions européennes

Contexte

Le registre de transparence européen est entré en vigueur en juin 2011 et s'inscrit dans une démarche visant à renforcer l'intégrité des institutions dans le cadre de l'Initiative européenne en matière de transparence.

Il s'agit d'une base de données des lobbys, individus, ONG et d'autres organisations qui cherchent à influencer la législation européenne. Près de 6 000 organisations y sont inscrites.

En juin 2013, la Commission européenne et le Parlement ont mis sur pied un groupe de travail conjoint afin de réviser le registre de transparence.