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03/12/2016

La Slovaquie lorgne l’industrie automobile britannique post-Brexit

Innovation & Entreprises

La Slovaquie lorgne l’industrie automobile britannique post-Brexit

Prototype slovaque d’une voiture volante. La Slovaquie est désormais un centre majeur de l’industrie automobile [Aeromobil]

Géant de l’automobile, la Slovaquie profite de sa présidence de l’UE pour mettre en avant son industrie. Le pays convoite notamment les constructeurs actuellement installés au Royaume-Uni.

La Slovaquie est un centre mondial de l’assemblage automobile. Ancien foyer de la construction de tanks du temps de la Guerre froide, le pays abrite désormais les grandes usines du sud-coréen Kia, de l’allemand Volkswagen et du français PSA.

La semaine dernière, le PDG de Nissan, Carlos Ghosn, s’est entretenu avec la Première ministre britannique, Theresa May, pour faire part de ses craintes quant aux barrières douanières qui pourraient être imposées aux voitures dans une UE post-Brexit. Nissan emploie environ 8 000 travailleurs dans son usine de Sunderland (au nord-est de l’Angleterre), et 32 000 autres emplois dépendent de sa chaine de production.

>> Lire : Theresa May jette les bases de sa politique industrielle post-Brexit

Lors d’une conférence économique à Bratislava la semaine dernière, organisée par les ministres de l’Économie et des Affaires étrangères, et par le groupe de réflexion belge CIDIC, la Slovaquie s’est présentée comme un centre attractif pour les investissements étrangers dans le domaine de l’assemblage de véhicules.

« En Slovaquie, 25 % du PIB est directement généré par l’industrie automobile », a déclaré le ministre de l’Économie, Dusan Jurik, aux investisseurs. Selon les responsables slovaques, c’est le PIB par tête le plus élevé du monde dans le secteur de l’automobile.

La Slovaquie abrite déjà KIA, Volkswagen et PSA/Citroen. Quelque 80 000 personnes sont directement employées par ces trois groupes et 200 000 autres travaillent indirectement dans la chaine logistique.

En décembre, avant le référendum sur le Brexit, le fabricant britannique Jaguar Land Rover avait annoncé un plan d’investissement de 1,5 milliard d’euros pour construire une nouvelle usine à Nitra, à l’ouest de la Slovaquie, d’où sortiront 150 000 voitures par an et qui emploiera 2 800 travailleurs de manière direct et cinq fois ce chiffre de manière indirecte.

Les compétences de la Slovaquie dans le secteur viennent directement de son histoire durant la Guerre froide. L’ancienne Tchécoslovaquie était à l’époque un centre majeur pour les tanks et les véhicules blindés lourds.

Le pays souhaite faire valoir cet avantage maintenant que Nissan, et d’autres, s’interrogent sur l’avenir de la construction automobile au Royaume-Uni à la lumière du Brexit et de sa menace sur l’accès au marché libre, sur l’union douanière et sur les possibles barrières douanières.

Centre d’innovation

La Slovaquie a présenté à ses investisseurs potentiels une nouvelle forme de mousse d’aluminium, développée par le docteur Frantisek Simancik, directeur de la recherche et de la conception à l’institut des matériaux et de mécanique des machines.

La mousse – déjà utilisée dans des prototypes Ferrari selon le Dr Simancik – est plus légère et moins couteuse que l’aluminium conventionnel, mais plus résistant aux vibrations.

Encore plus futuriste, Bratislava conçoit aussi des prototypes d’un modèle de « voiture volante », fabriqué par Aeromobil.

>> Lire : L’UE veut rattraper son retard sur les voitures connectées

Les 2 et 3 novembre, le ministre slovaque de l’Économie organise un salon de « rapprochement » des entreprises spécialement dédié à l’industrie automobile, avec un accent mis sur les bases low-cost (le salaire moyen en Slovaquie est de 883 €/mois, et le taux de chômage se situe à 11,5 %), sur la robotisation, sur les technologies numérique et l’industie 4.0.

Officiellement, les responsables slovaques reprennent la position de la Commission de l’article 50 : « pas de négociation sans notification », mais une source diplomatique a tout de même qualifié la situation de Nissan au Royaume-Uni d’ « intéressante ».

« Convictions partagées »

Contacté par EurActiv sur l’attractivité de la Slovaquie pour un futur investissement de Nissan, un porte-parole de la société n’a fait que rappeler le communiqué officiel de la semaine dernière, suivant la réunion entre le PDG Carlos Ghosn et la Première ministre britannique.

Le communiqué était pour le moins évasif. « Depuis la nomination de Theresa May, nous avons maintenu un dialogue clair avec le gouvernement britannique en cette période complexe », a déclaré Carlos Ghosn. « Suite à notre rencontre productive, je suis sûr que le gouvernement continuera à s’assurer que le Royaume-Uni reste un endroit compétitif pour les entreprises. Je suis heureux de poursuivre cette collaboration positive entre Nissan et le gouvernement britannique. »

« Ce gouvernement s’est engagé à créer et soutenir de bonnes conditions pour que l’industrie automobile reste forte au Royaume-Uni, maintenant et à l’avenir », a quant à elle assuré Theresa May.

« Voilà pourquoi je suis ravie d’avoir rencontré Mr. Ghosn aujourd’hui, pour discuter de notre conviction partagée que le Royaume-Uni continuera à être une nation ouverte et leader mondiale avec laquelle faire des affaires. Nous continuerons à travailler avec Nissan tout en développant un environnement compétitif pour l’industrie automobile au Royaume-Uni et ainsi garantir sa réussite. »