La diplomatie polonaise auprès de l’UE mise à mal

Jarosław Starzyk [Council]

La semaine dernière l’ambassadeur polonais auprès de l’UE, Jarosław Starzyk, a démissionné de son poste à Bruxelles. Notre partenaire Gazeta Wyborcza revient sur les circonstances de son départ.

Jarosław Starzyk était un diplomate nommé par le parti au pouvoir en Pologne, Droit et Justice (PiS), dont il s’est cependant distancé lorsque ce dernier a tenté d’empêcher un second mandat de Donald Tusk à la présidence du Conseil européen. Le gouvernement de droite avait d’ailleurs subi un revers puisque l’ancien Premier ministre polonais a été renommé pour 30 mois de présidence.

L’ambassadeur sortant ne pouvait apparemment pas cacher sa perplexité face à la décision du gouvernement conservateur polonais de proposer l’eurodéputé Jacek Saryusz-Wolski en tant que rival face à Donald Tusk. Ce même Jacek Saryusz-Wolski qui pourrait désormais le remplacer.

Plus proche de Konrad Szymański, l’ancien ministre polonais des Affaires européennes, que de l’actuel ministre des Affaires étrangères, Witold Waszczykowski, Jarosław Starzyk a vu sa carrière brutalement interrompue lorsqu’il a été révélé qu’il avait travaillé pour l’ancien service communiste de sureté de l’État.

Selon le portail d’informations Onet.pl, Jarosław Starzyk a été recruté par les forces armées communistes à la fin des années 1980 et aurait dévoilé cette information lors du processus de lustration [en Pologne, la loi de lustration obligeait les intellectuels polonais à se justifier sur leur passé durant la période communiste] dans le cadre duquel 53 catégories de personnes, dont des diplomates, devaient déclarer s’ils avaient travaillé pour les services secrets communistes.

Jarosław Starzyk était auparavant ambassadeur en Suisse. L’année dernière, le ministre des Affaires étrangères, Witold Waszczykowski, a décidé de le nommer représentant permanent auprès de l’UE à Bruxelles, le poste diplomatique le plus élevé en Pologne. Il remplaçait alors Marek Prawda, un diplomate expérimenté ayant une bonne réputation auprès des responsables européens.

Sa nomination a été acceptée à Bruxelles avec un grand soulagement puisqu’il était de loin le meilleur des candidats envisagés pour le poste. En réalité, son travail à Bruxelles a confirmé les attentes selon lesquels il serait un ambassadeur plutôt modéré sous le leadership du PiS. Il était réputé pour sa retenue et son professionnalisme dans la manière dont il représentait la position de Varsovie, même lorsque, dans certains cas, il s’y opposait.

Un diplomate impuissant et esseulé

Le plus grand problème est que les décisions de la Pologne étaient prises à Varsovie et – contrairement au modèle diplomatique dans de nombreux autres pays européens – il semblerait que la contribution de l’ambassadeur n’ait pas été demandée. Celui-ci avait donc les mains liées à Bruxelles, puisqu’il apprenait l’existence des décisions après qu’elles eurent été prises.

Au printemps dernier, il aurait conseillé au ministère polonais de l’Intérieur d’alléger les tensions entre Varsovie et Bruxelles en entamant un dialogue avec la Commission européenne sur le conflit lié à la Cour constitutionnelle. Une décision de sa part qui n’a fait qu’envenimer sa situation auprès des autorités polonaises.

L'UE se concerte pour sortir de l'impasse en Pologne

La Commission européenne jauge le soutien dont elle dispose au sein de l’UE dans son bras de fer avec le gouvernement polonais, qui refuse de modifier ses réformes judiciaires controversées malgré la menace de sanctions sans précédent.

La politique de la Pologne sur les questions européennes a isolé ses diplomates, et Jarosław Starzyk était la première victime de cet isolement. Des responsables à Bruxelles plaisantent sur le fait que lors des discussions diplomatiques en coulisse, il arpentait les couloirs dans l’espoir d’attraper des bribes des conversations sur la Pologne d’autres ambassadeurs. Car il n’était pas invité à y prendre part.

Apparemment, se trouvait aussi en terrain hostile à la représentation permanente de la Pologne. Lorsque la Première ministre, Beata Szydło, lui a demandé d’organiser un appel téléphonique avec le vice-président de la Commission, Frans Timmermans, en charge de la procédure de surveillance de l’État de droit contre la Pologne, il s’est retrouvé confronté à une grande difficulté : il n’avait pas son numéro de téléphone.

En réalité, certains diplomates ayant travaillé avec son prédécesseur possédaient bel et bien le contact, mais très méfiant, Jarosław Starzyk n’a même pas voulu leur demander de l’aide.