Dispute entre Tajani et Juncker, qui juge le Parlement européen «ridicule» – EURACTIV.fr

Dispute entre Tajani et Juncker, qui juge le Parlement européen «ridicule»

La présence de seulement 30 députés sur 751 au Parlement européen, a fait sortir de ses gonds le président de la Commission européenne.

« Le Parlement européen est ridicule, très ridicule. Je salue ceux qui se sont donné la peine d’être là. Mais le fait qu’une trentaine de députés seulement assiste à ce débat démontre que le Parlement n’est pas sérieux », a assuré Jean-Claude Juncker, avec un franc-parler assez rare.

« Si Monsieur Muscat, le Premier ministre de Malte, était Mme Merkel ou M. Macron, nous aurions une salle pleine. Le Parlement est totalement ridicule », a renchéri Juncker, qui, en tant que luxembourgeois, montre régulièrement son ras-le-bol du mépris montré par les grands pays envers les plus petits. Il a aussi envoyé une pique assez directe à la chancelière en soulignant que sa présence au Parlement européen était peu probable. En effet, depuis le début de la législature, en 2014, elle n’est venue qu’une fois, en présence de François Hollande.

La réaction du chef de l’exécutif a fait sortir de ses gonds le président italien du Parlement européen.

Manque de respect

« M. Le président, faites preuve d’un peu plus de respect. Ce n’est pas la Commission qui doit contrôler le Parlement, c’est le Parlement qui doit contrôler la Commission » a vertement répliqué Antonio Tajani, en mélangeant italien et français, alors que Juncker parlait en français et en anglais.

« Mais iI n’y a que quelques membres, ici, vous êtes ridicules » a répliqué le président de la Commission.

« Veuillez utiliser un langage différent. Nous ne sommes pas ridicules. Je vous en prie s’il vous plait », a rétorqué Antonio Tajani.

Ce à quoi Juncker a répondu qu’il ne participerait plus jamais à des réunions de ce type.

«  La Commission est soumise au contrôle du Parlement, mais le Parlement doit respecter la présidence, même si celle-ci vient de petits pays, ce que le Parlement ne fait pas. Je souhaitais rendre hommage pour ma part au gouvernement maltais et au Premier ministre. Notamment au travail de la présidence maltaise, par les ministres et les fonctionnaires » a-t-il assuré.

De nombreux députés reconnaissent eux-mêmes, discrètement, que le Parlement européen n’est pas un vrai parlement faute d’avoir des pouvoirs adéquats. La faible fréquentation de l’hémicycle, notamment pour les débats du lundi, du jeudi ou tôt le matin, montre aussi la faible motivation des députés, qui viennent à Strasbourg, certes, mais ne fréquentent pas assidument les débats très formels proposés par l’institution.

«Je suis en contact avec Antonio Tajani et Jean-Claude Juncker sur cette question (des critiques envers le Parlement européen). Nous allons nous voir pour en discuter et nous prendrons une position après cet entretien» a déclaré le chef du PPE, Manfred Weber, mardi matin. Les eurodéputés risquent de se faire remonter les bretelles sur le sujet incessamment.

Mais le reproche de Juncker a aussi agacé certains élus européens, pour qui la multiplication des réunions de travail pendant la session est en partie responsable de la désertification de l’hémicycle.

« J’étais en réunion avec un de ses commissaires, Günther Oettinger, pendant la séance plénière. Si Juncker veut que les eurodéputés soient présents dans l’hémicycle pendant les débats il devrait commencer par éviter d’organiser des réunions au même moment» dénonce Isabelle Thomas, eurodéputées socialiste française.