La « guerre des sièges » du Parlement européen reprend

Strasbourg accueille de siège officiel du Parlement européen (Credit: [Botond Horvath]/Shutterstock)

Une partie de l’hémicycle espère remplacer le siège de Strasbourg par l’Agence européenne du médicament, qui doit quitter Londres dans la foulée du Brexit. Les Français s’apprêtent à croiser le fer.

Troquer le Parlement européen contre l’Agence européenne du Médicament à Strasbourg : l’idée évoquée dans la foulée de l’élection d’Emmanuel Macron et du Brexit semble faire son chemin chez les eurodéputés, au grand dam des élus français.

Actuellement, les députés européens se réunissent à Strasbourg pour la session plénière mensuelle, et à Bruxelles le reste du temps. Cette transhumance a un coût important pour l’UE, de l’ordre de 114 millions d’euros par an, selon des contrôleurs de gestion de l’Union.

Siège unique

Et les opposants au dispositif sont nombreux parmi les élus européens, qui critiquent les coûts financiers et environnementaux de ces déplacements. Et rechignent à effectuer cette transhumance mensuelle. Du côté des eurodéputés français, la défense du siège de Strasbourg a toujours été une priorité, et les dernières tentatives de tractation agacent au plus haut point.

« Le choix du siège à Strasbourg ne se négocie pas  contre une agence du médicament » a affirmé l’eurodéputé français  PPE Jérôme Lavrilleux, qui a même menacé de quitter son groupe politique si ce dernier venait à prendre officiellement position contre Strasbourg. Exclu du parti LR après sa mise en examen dans le dossier de financement de la campagne de Nicolas Sarkozy, l’élu ne représente pas une tendance générale.

« La question du siège unique du Parlement européen est revenue sur la table de la conférence des Présidents, puis en réunion de groupe PPE le 28 juin.  Évidemment les Français sont montés au créneau pour défendre Strasbourg » explique l’eurodéputée française PPE Anne Sanders à EurActiv.

 

La France se tourne vers la justice pour légitimer Strasbourg

Surprise dans les institutions européennes : le gouvernement français a déposé un recours contre le vote du budget 2017 au Parlement européen. Tous les moyens sont bons pour défendre le siège strasbourgeois de la chambre.

La question du siège unique du Parlement, qui revient de manière récurrente dans les débats parlementaires, a cette fois été remise au goût du jour à la faveur de la relocalisation prévue de l’Agence européenne du médicament.

Cette agence, l’une des plus importantes  de l’UE, devra quitter Londres après le Brexit. Et les candidatures pour lui attribuer un nouveau siège dans une ville européenne vont bon train. Les États membres ont jusqu’au 31 juillet pour soumettre leur candidature, et un nombre important de pays ont déjà fait montre de leur intérêt.

Parmi les candidatures officielles figurent celles de la Suède, du Danemark, de l’Italie, de la France, de l’Irlande, de l’Allemagne, de la Grèce, de la Croatie et de l’Espagne.

Le sort du Parlement européen à Strasbourg de nouveau en suspens

L’idée de transférer à Strasbourg l’Agence européenne des médicaments (EMA) et d’affecter les députés européens uniquement à Bruxelles fait son chemin .

Pour les partisans d’un siège unique du Parlement à Bruxelles, une relocalisation de l’Agence du Médicament à Strasbourg constitue l’opportunité parfaite pour faire avaler la pilule aux Français. Problème, la France a déjà désigné une autre candidature pour accueillir l’Agence, celle de Lille.

« Ce n’est pas au Parlement européen de choisir la ville candidate de la France ! Et par ailleurs, la France a déjà désigné Lille comme ville candidate. Donc le débat est clos sur le sujet » explique Anne Sanders.

Question du coût

La question a cependant été mise à l’agenda de la session plénière qui doit se tenir la semaine prochaine … à Strasbourg. « Le débat est prévu le mercredi 5 juillet et il y aura certainement une résolution sur le sujet qui sera présentée lors de la session suivante » détaille l’eurodéputée française.

Cette fois, le débat sur le coût financier du Parlement européen devra également tenir compte d’une nouvelle variable qui pourrait changer la donne. En effet, les bâtiments du Parlement européen à Bruxelles, construits il y a 24 ans, nécessitent des rénovations de grande ampleur, voire une démolition puis une reconstruction.

Faut-il raser le Parlement européen de Bruxelles?

Fissures, problèmes de stabilité, normes de sécurité obsolètes… Bâti il y a vingt-cinq ans, le bâtiment bruxellois risque la démolition.

Si la décision n’a pas encore été prise officiellement, le coût des travaux a été évalué à 300 millions d’euros pour une réhabilitation et 500 millions en cas de démolition puis  de reconstruction.

« D’un point de vue financier (même si les symboles n’ont pas de prix) il serait plus avantageux de regrouper les activités à Strasbourg, de supprimer les mini-sessions et de ne pas reconstruire l’hémicycle à Bruxelles dont les travaux s’élèveraient à 500 millions d’euros », affirme Anne Sanders.

Selon l’eurodéputée, le coût des travaux du siège bruxellois aurait rallié d’autres élus à la cause d’un siège unique à Strasbourg, dont l’option pourrait s’avérer moins couteuse.