Macron à Athènes pour exposer sa vision de la démocratie en UE

Le président français s'exprimera symboliquement le 7 septembre de la colline de la Pnyx, proche de l'agora athénienne

À Athènes, le président français veut symboliquement dérouler sa vision de la refonte démocratique de l’UE. Au menu, zone euro, listes transnationales pour 50 eurodéputés et des conventions démocratiques dont le résultat est attendu dans un an.

C’est un voyage tout en symbole que le président français entreprend en Grèce, jeudi 7 et vendredi 8 septembre. Au-delà de la rencontre avec son 12ème chef d’État en dix jours, Emmanuel Macron a l’intention de parler à l’Europe. Et il le fera d’un lieu particulier : en plein air, sur la colline du Pnyx, qui surplombe l’agora où les citoyens de la Grèce antique se retrouvaient pour discuter de la Cité. C’est aussi là que Socrate enseignait.

12 chefs d'Etats européens en 10 jours, un challenge diplomatique pour Macron

Le président français va rencontrer 12 chefs d’États européens dans les 10 prochains jours au cours de sept rencontres distinctes. Un nouveau marathon diplomatique destiné à faire monter les priorités françaises : travailleurs détachés, défense, migrations.

Macron voit en Athènes le « symbole des dérives collectives » selon l’Élysée : la crise de la dette au départ, mais celle aussi d’une zone euro où la croissance est restée atone durant 10 ans, enfin la crise de la démocratie reflétée par les décisions prises par des instances non représentatives. L’échec de l’Europe se manifeste dans cette série de crises mal gérées, de la vente du Pirée à des investisseurs chinois à la gestion indigne des réfugiés : la Grèce cristallise la « polycrise ».

Pour y répondre, Jupiter-Socrate a plusieurs solutions.

Sur le plan économique, Macron ne sera pas le sauveur que la Grèce attend pour l’absoudre de ses péchés passés. Soucieux de la relation franco-allemande, le président français ne va pas à Athènes pour faire de cadeau à la Grèce sur ses tranches de remboursement. Il évoquera néanmoins son projet pour la zone euro : celui d’un budget européen commun, qui enthousiasme les pays du sud de l’Europe avides de recouvrer une marge de manœuvre en matière de politique budgétaire, qui leur fait cruellement défaut depuis les débuts de l’euro. Les dernières propositions allemandes en la matière, précisées par Wolfgang Schaüble cet été sous la forme d’un « Fonds monétaire européen » indépendant de toute institution, et destiné à relancer l’investissement, ne correspondent pas à l’idéal plus fédéraliste que Macron semble porter. « Relancer l’investissement, oui, mais décommunautariser les décisions avec une structure en dehors de la Commission, c’est non » prévient-on dans l’entourage du président.

Face à l’Allemagne, Macron a donc besoin d’un soutien massif. La Grèce devrait apporter son soutien au projet, comme la plupart des pays du sud de l’Europe, ainsi qu’au projet d’un ministre des finances de la zone euro ou d’un parlement propre à la zone euro.

Grèce, Italie et Belgique sont également au diapason sur la question de la refonte démocratique de l’UE, pour laquelle l’Élysée propose deux étapes.

Macron veut refonder la représentativité, y compris européenne

Introduire plus de proportionnelle, quitte à favoriser le FN, et élire des eurodéputés issus d’une liste européenne sur le contingent des élus britanniques : les premières propositions du non-candidat Macron visent à changer la classe politique.

La première porte sur l’élection de quelque 50 eurodéputés sur des listes transnationales, en 2019. Dans l’hypothèse que le Brexit ait eu lieu entre temps, le quota de députés britanniques (73) serait remplacé par une cinquantaine d’élus, choisis non pas en fonction de leur nationalité, mais de leur projet et de leur parti. Objectif : renforcer le caractère européen du scrutin, et assurer l’équité dans la représentation des citoyens des différents États membres en rétablissant le plein respect du principe de proportionnalité dégressive, inscrit à l’article 14 (2) du traité, selon cette note envoyée par le gouvernement français aux eurodéputés.

La France soutient la proposition de l’Italie en ce sens, et selon le Financial Times, a déjà obtenu l’accord de la Grèce et de la Belgique, alors que d’autres pays restent plus dubitatifs -comme l’Allemagne. Détail technique : la réforme suppose de modifier l’acte électoral des membres du Parlement européen par le conseil européen.

Des conventions démocratiques de janvier à août 2019

Enfin le troisième volet de la réponse macronienne à la crise démocratique de l’UE repose sur l’organisation de conventions démocratiques sur la refonte de l’UE, dans tous les pays européens qui le souhaitent. Selon nos informations, l’organisation de ce tour d’horizon, qui associera comme la campagne En Marche en France forums publics, porte-à-porte et sondages sur Internet devrait démarrer en janvier prochain pour « donner de la matière à tous les partis en septembre 2018, pour la campagne des européennes » prévue en 2019.

Un planning serré qui devrait avoir le soutien logistique et financier de la Commission européenne, avide de sonder les populations pour une meilleure crédibilité. Les partis traditionnels restent plus dubitatifs face à cette vague de renouveau qui risque de les remettre en question.