La concentration des aides de l’UE aux ONG inquiète le Parlement

Denis Haveaux, Sandro Gozi & Kristalina Georgieva, from left to right [European Union]

L’Europe concentre ses financements sur une poignée d’ONG, dénonce un rapport du Parlement européen, qui appelle la Commission à davantage de sélectivité dans l’attribution des subventions.

Les ONG ont reçu près de 1,2 milliard de financements européens en 2015, d’après le rapport élaboré par Markus Pieper, un eurodéputé allemand démocrate-chrétien du Parti populaire européen (PPE).

Plus de 90 % des fonds ont été alloués en vertu du programme « l’Europe dans le monde », qui comprend majoritairement l’aide européenne aux pays en développement et aux pays en crise.

Les autres projets ont reçu moins de financements : environ 4 % des fonds ont été attribués aux ONG spécialisées dans la « croissance durable dans le respect des ressources naturelles », près de 4 % aux ONG œuvrant pour la « sécurité et la citoyenneté » et moins de 0,5 % à celles qui militent pour une « croissance intelligente et inclusive ».

Concentration des fonds

Le rapport souligne une importante concentration de fonds européens dans les mains d’un petit nombre de bénéficiaires. En effet, près de 60 % des financements disponibles conformément aux programmes environnementaux, sociaux, sanitaires et humanitaires de l’UE ont été alloués à seulement 20 ONG, avertit le rapport, invitant la Commission à renforcer ses contrôles de procédure.

Le rapport encourage également la Commission à obliger les ONG à publier les détails des relations de lobbying qu’elles ont chaque année avec les responsables européens et les eurodéputés.

Plus généralement, l’eurodéputé allemand préconise la création de « règles harmonisées » s’appliquant à tous les fonds octroyés par l’UE, suggérant que les financements devront tous être contrôlés de la même manière.

La vision de Markus Pieper concernant les fonds alloués aux ONG devrait trouver un écho favorable parmi certains politiques conservateurs européens. À l’occasion du congrès du PPE à Malte la semaine dernière, le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, s’en est pris à ce qu’il a qualifié de « business des ONG » pour l’immigration.

Orbán attaque la Cour européenne des droits de l'homme

Le Premier ministre hongrois a qualifié l’immigration de « cheval de Troie du terrorisme », accusant la Cour européenne des droits de l’homme de créer un appel d’air avec des décisions favorables aux migrants.

Paragraphe controversé

La campagne pour plus de transparence et une plus grande responsabilité des ONG ne date pas d’hier. Un groupe de défense, NGO Monitor, a même été spécialement créé. Ses membres qualifient les relations entre l’Europe et les ONG de « problématiques ».

Les financements européens à la société civile font souvent partie d’une politique d’aide à l’étranger plus large, peut-on lire sur le site du groupe. « Un petit nombre d’ONG » se voit souvent attribuer la mise en œuvre des politiques gouvernementales, « sans que l’on ait pris en compte leurs programmes politique et idéologique ».

Conflit  israélo-palestinien

NGO Monitor remet surtout en question la « concentration disproportionnée » de l’aide européenne sur le conflit israélo-palestinien et le « combat politique » mené par certains contre Israël.

La critique de l’influence idéologique est soulignée dans un paragraphe controversé du rapport, qui appelle l’UE à rejeter tout financement d’organisations qui « propagent des mensonges et/ou dont les objectifs sont contraires aux valeurs fondamentales de l’Union européenne (la démocratie et les droits de l’Homme) et/ou aux objectifs des politiques commerciale et de sécurité des institutions de l’UE » ».

Cette clause a suscité de vives réactions chez Magda Stoczkiewicz, directrice des Amis de la Terre Europe, un groupe de la société civile militant contre les menaces pour l’environnement, comme les OGM et les pesticides.

Celle-ci dénonce la référence du rapport aux « objectifs stratégiques en matière de sécurité et de commerce » de l’UE. « Cette clause restreint la participation du public et le débat que les ONG cherchent à maintenir tout en agissant dans l’intérêt des citoyens ».

D’après Magda Stoczkiewicz, l’intérêt public des financements européens accordés à la société civile a été reconnu il y a longtemps dans un livre blanc de la Commission sur la gouvernance, publié en 2001. De façon plus générale, les organes gouvernementaux qui subventionnent la société civile pour que celle-ci s’implique dans leurs politiques sont « ce qui différencie les démocraties des autocraties et ce qui doit être reconnu, surtout par les temps qui courent », ajoute-t-elle.

Magda Stoczkiewicz assure que les sources de financement des Amis de la Terre sont tout à fait transparentes et que cela devrait être obligatoire pour tous les groupes de défense à Bruxelles, pas seulement aux ONG.  « Nous sommes donc en faveur d’un registre des lobbys obligatoire et plus rigoureux », indique-t-elle.

Mensonges et informations créées de toute pièce?

Euractiv a contacté des représentants du secteur en accord avec l’esprit du rapport. Ceux-ci ont souligné des cas de « fausses informations ».

D’après Beat Späth, responsable de la biotechnologie verte chez EuropaBio, « garantir la transparence lorsque l’on dépense l’argent des contribuables est la moindre des choses, et ce, même quand l’argent est destiné à des ONG, qui peuvent parfois diffuser de fausses informations ».

« Dans l’ère actuelle de post-vérité, la désinformation tend à se propager rapidement et à influencer la prise de décision, comme c’est souvent le cas avec les OGM. Accepter de financer la désinformation n’est pas une décision politique sans conséquence », a-t-il averti.

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Pour éviter l’interdiction du gyphosate en Europe, ses producteurs auraient financé la publication de fausses preuves scientifiques, dénonce un rapport.