Juncker réforme l’UE sans toucher aux traités

Jean-Claude Juncker ne touche pas aux traité, mais fait bouger l'UE. [European Parliament]

Dans son discours de l’état de l’Union, Jean-Claude Juncker propose un plan ambitieux pour réformer les institutions européennes. Reste à convaincre les Etats membres.

Le président de la Commission a présenté un plan de réforme d’ampleur, présenté de manière détaillée, pour qu’il ne paraisse jamais infaisable ou écrasant, surtout en ce qui concerne sa vision de l’union institutionnelle.

Un président unique

L’UE a « le vent en poupe », a assuré Jean-Claude Juncker, tout en dépeignant l’Europe de demain : « une union d’États et une union de citoyens ». Pour atteindre son objectif, il prévoit des réformes institutionnelles importantes, avec, notamment, la fusion des postes de président du Conseil et de la Commission.

« Cette proposition ne vise en rien mon excellent ami Donald [Tusk], avec qui j’ai collaboré harmonieusement ces trois dernières années », assure-t-il, mais « le paysage européen serait plus lisible et plus compréhensible si le navire européen était piloté par un seul capitaine. »

La proposition n’est pas nouvelle, puisqu’elle remonte à Jean-Luc Dehaene, alors vice-président de la Convention européenne sur l’avenir de l’Europe, qui s’est ensuite assuré que la formulation du traité de Lisbonne permette cette fusion.

La démocratie, ou l’art des compromis

Jean-Claude Juncker a insisté sur le fait qu’il ne s’intéressait aux réformes institutionnelles que « si elles mènent à une union plus efficace ».

« Au lieu de se lancer tête baissée dans de futurs changements de traités, qui devront venir un jour ou l’autre, nous devrions tout d’abord nous défaire de l’idée qui voudrait qu’on ne puisse gagner que si d’autres perdent », estime-t-il.

« La démocratie est une question de compromis. Et avec de bons compromis, tout le monde est gagnant », insiste le Luxembourgeois. « Dans l’Union européenne les compromis ne sont ni négatifs ni diffamants, ils permettent, au contraire, de combler et de réconcilier les différences. »

Listes transnationales

Le président unique à la barre de la Commission et du Conseil devrait également être élu lors d’une campagne paneuropéenne, fondée sur des listes transnationales.

En ce qui concerne les élections de 2019, Jean-Claude Juncker estime que les partis européens devraient commencer à faire campagne bien plus tôt que dans le passé.

« Trop souvent, les campagnes électorales européennes ont été réduites à une simple addition des propositions électorales nationales. La démocratie européenne mérite mieux », estime-t-il, soulignant que ces listes transnationales permettraient de rendre le Parlement plus européen et plus démocratique.

Ce projet est actuellement en discussion au Parlement européen. Le PPE, dont est pourtant issu Jean-Claude Juncker, s’y oppose et voudrait attendre que le Brexit ait eu lieu.

« Je tenterai de convaincre le dirigeant de mon groupe parlementaire d’adhérer à cette idée », a-t-il cependant promis.

Le Brexit ouvre la voie à une liste électorale paneuropéenne

Lors d’un débat relativement houleux, la commission des affaires constitutionnelles du Parlement européen s’est penchée sur la création de listes parlementaires transnationales, saisissant ainsi l’occasion fournie par le Brexit.

Partis politiques et élections

Dans un clin d’œil à Emmanuel Macron et à son projet de revitaliser l’Union européenne, Jean-Claude Juncker a déclaré que l’Union devait beaucoup plus impliquer les parlements nationaux et organiser des conventions démocratiques à travers l’Europe en 2018.

Rejetant les critiques faites au processus de « Spitzenkandidaten », selon lequel chaque groupe politique du Parlement européen nomme un candidat qui deviendra peut-être président de la Commission, Jean-Claude Juncker a affirmé que cette avancée démocratique de sélection d’un candidat principal ne pouvait pas faire l’objet d’une marche en arrière.

Ce processus de sélection a été utilisé pour la première fois en 2014 lorsque Jean-Claude Juncker a été élu président de la Commission européenne.

« Pour comprendre les défis de son poste et la diversité de nos États membres, un futur président doit avoir rencontré les citoyens dans les mairies d’Helsinki comme sur toutes les places d’Athènes », a-t-il ajouté.

« L’avenir de l’Europe ne peut pas être dicté par ses seuls dirigeants. Il ne peut être que l’aboutissement d’un débat démocratique débouchant sur un large consensus », a-t-il insisté.

Aujourd’hui, la Commission a aussi proposé de nouvelles règles sur le financement des partis politiques et des fondations. « Il s’agit de ne pas renflouer les caisses des extrémistes qui sont contre l’Europe. Il s’agit de permettre aux partis européens de mieux pouvoir s’articuler.»

La vision du futur de l'UE de Juncker diverge de celle de la France

Lors de son troisième discours sur l’État de l’Union, Jean-Claude Juncker a présenté son scénario d’un futur pour l’Europe. Une vision (presque) compatible avec celle d’Emmanuel Macron.

Ministre européen de l’Économie et des Finances

Jean-Claude Juncker s’est par ailleurs prononcé en faveur d’un ministre européen de l’Économie et des Finances « pour promouvoir les réformes structurelles dans nos États membres ».

« Je ne plaide pas pour la création d’une nouvelle fonction. Pour des raisons d’efficacité, je plaide pour que cette tâche soit confiée au commissaire européen en charge de l’économie et des finances – idéalement vice-président de la Commission européenne – et président de l’Eurogroupe » a-t-il expliqué, écartant toutefois l’idée de créer un parlement et un budget de la zone euro.

Emprunter la passerelle pour avancer plus vite

Cerise sur le gâteau, Jean-Claude Juncker a encouragé l’utilisation des clauses dites « passerelles » dans les traités actuels « qui nous permettent de passer au vote à la majorité qualifiée au lieu de l’unanimité dans certains domaines, à condition que le Conseil européen le décide à l’unanimité ».

Le président estime que cet outil devrait être utilisé pour les décisions concernant la taxation et la politique étrangère.

« L’Union européenne doit avoir aussi plus de poids sur la scène internationale. Et pour ce faire, elle doit être capable de prendre plus rapidement des décisions de politique étrangère », a-t-il ajouté.

C’est en citant Mark Twain que le président de la Commission a montré la direction que devait prendre l’UE à l’avenir : « quand les années auront passé, nous serons plus déçus par les choses que nous n’aurons pas faites que par celles que nous aurons faites ».

Tirant profit de la reprise économique et de l’affaiblissement des forces populistes, Jean-Claude a repris son premier crédo de « commission de la dernière chance ». Toutefois, cette dernière chance est en train de se transformer en « maintenant ou jamais ».

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