EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

24/09/2016

L’UE pourrait installer des centres d’expulsion en Grèce et en Italie

Justice & Affaires intérieures

L’UE pourrait installer des centres d’expulsion en Grèce et en Italie

Dimitris Avramopoulos

[Dimitris Avramopoulos office]

Exclusif. En plus des hotspots, il faut mettre en place des centres de détentions pour le retour des migrants n’ayant pas obtenu l’asile, surtout s’ils sont récalcitrants, assure Dimitris Avramopoulos dans une interview à EurActiv.

Dimitris Avramopoulos est commissaire européen à la migration, aux affaires intérieures et à la citoyenneté.

Les habitants des îles grecques sont candidats au prix Nobel de la paix, mais la Commission menace d’exclure temporairement la Grèce de l’espace Schengen. Qu’en pensez-vous ?

La Commission ne menace jamais. La Commission est là pour aider et soutenir les États membres. Il faut que cela soit clair : aucun pays n’est menacé d’une suspension de Schengen. De toute façon, les règles de Schengen ne prévoient pas une telle possibilité.

Ce que nous essayons de faire, c’est au contraire de protéger et de renforcer Schengen. Si nous voulons continuer à circuler librement dans cet espace, nous devons absolument mieux gérer nos frontières externes. Nous aidons la Grèce à ce niveau, et Athènes fait également des efforts, mais il ne s’agit pas seulement d’une question de frontière. C’est exactement ce que nous montrent les habitants des îles tous les jours. Ils donnent de la nourriture et des vêtements, ils aident les personnes vulnérables qui arrivent. Ils font cela depuis le début, parce que c’est la seule réaction humaine qu’on peut avoir. C’est ce principe d’humanité et de solidarité qui est également présent dans d’autres endroits en Europe, comme en Italie et en Suède, mais que nous ne voyons malheureusement pas assez partout.

Athènes remplit-elle son rôle de gardienne des frontières externes ? Pourriez-vous d’ailleurs nous expliquer ce que signifie « protéger les frontières externes de l’UE » ? L’eurodéputé grec Stelios Kouloglou s’est récemment demandé que faire « quand un canot pneumatique avec 60 personnes arrive, doit-on les éliminez ? »

J’ai toujours été très clair là-dessus : nos frontières ne doivent pas être « protégées » face à des personnes vulnérables, mais elles doivent être mieux gérées. Quiconque arrive à la frontière de l’UE et souhaite faire une demande d’asile devrait avoir la possibilité de le faire, mais nous devons également savoir exactement qui arrive. Tous les arrivants doivent être correctement enregistrés et doivent donner leurs empreintes digitales. C’est essentiel pour que nous puissions gérer les flux de réfugiés et assurer notre sécurité. C’est un aspect qui doit être amélioré. La Grèce ne déploie pas son armée pour « protéger » la frontière, mais pour mieux contrôler la situation : l’armée est placée sous contrôle civil et permet d’avoir plus de personnel et de moyens pour gérer un très grand nombre d’arrivants qui ont besoin d’aide.

>> Lire : La Grèce met en avant la défense des valeurs européennes en mer Egée

La Grèce a qualifié le rapport de la Commission de « politisé » et accusé l’exécutif de tenter de l’« isoler ». Athènes s’interroge également sur les procédures utilisées pour la rédaction du rapport sur l’évaluation du système Schengen en Grèce.

Toutes les règles doivent être suivies à la lettre. L’évaluation de Schengen et le rapport ont été réalisés suite à des visites sur le terrain des spécialistes de la Commission et des États membres. C’est la même chose partout. La différence est que les frontières grecques sont actuellement sujettes à de très grandes pressions à cause des flux de réfugiés. Après cette visite, nous avons communiqué le brouillon du rapport à la Grèce, afin qu’elle puisse faire des commentaires, dont la plupart ont été pris en compte. Je vous assure que ce rapport est factuel, les faiblesses qu’il montre sont présentes en Grèce. C’est pourquoi des recommandations pertinentes ont été livrées.

>> Lire : La Grèce accuse la Commission de vouloir l’isoler

Toutefois, depuis novembre, la situation change, grâce à l’engagement et aux efforts des autorités grecques. Les faiblesses peuvent être corrigées.

Angela Merkel a récemment estimé que les réfugiés devraient retourner dans leur pays d’origine à la fin de la guerre. Ce changement d’attitude change-t-il la donne pour les pays d’accueil ? Quelle est la position de la Commission à ce sujet ?

Mme Merkel a fait un travail extraordinaire, malgré d’énormes pressions. L’Allemagne a fait preuve d’une grande hospitalité alors que beaucoup d’autres États membres se sont renfermés sur eux-mêmes. Aucun pays ne peut faire face seul. Les États membres ont donc de grandes responsabilités et ont beaucoup de choses à faire à ce sujet. Si nous avons des normes et des règles sur les procédures d’asile, ce sont les États membres qui décident comment attribuer les statuts et si ces statuts doivent être revus après une certaine période. Dans tous les cas, on ne peut renvoyer une personne vers un pays dangereux, c’est un principe de base, le non-refoulement. Nous devons aussi continuer d’œuvrer pour une stabilisation et une solution politique en Syrie, bien sûr. Cette crise des réfugiés ne peut pas devenir un statu quo.

Êtes-vous satisfait de la contribution de la Turquie ? L’ALDE a proposé la semaine dernière de donner les 3 milliards prévus pour l’amélioration des camps de réfugiés à l’agence de l’ONU pour les réfugiés plutôt qu’au gouvernement turc.

Premièrement, laissez-moi clarifier une chose : ces 3 milliards n’iront pas au gouvernement turc, mais justement aux organisations et aux communautés qui accueillent et aident les réfugiés. De facto, cet argent va aux réfugiés. Cette question n’est pas seulement une problématique européenne, mais une problématique mondiale. C’est pourquoi nous devons coopérer et je suis sûr que nous progresserons rapidement. Les projets en Turquie, liés à l’éducation, notamment, devraient déjà être financés dans peu de temps.

Comment les hotspots pourraient-ils débloquer la situation si la relocalisation des migrants enregistrés n’est pas garantie et si le règlement de Dublin n’est pas revu ?

La crise des réfugiés est un problème complexe, qui comporte de nombres aspects. Nous ne résoudrons pas nos problèmes d’un coup de baguette magique. Cela signifie que oui, l’enregistrement systématique doit avoir lieu, oui, tous les hotspots doivent devenir opérationnels le plus vite possible, et oui, nous devons améliorer la relocalisation, mais nous prévoyons également des réformes systémiques, justement. La réforme du système de Dublin aura lieu au printemps. Dès le mois de mars, nous pourrons en dire plus sur la direction que prendra cette réforme. Il ne s’agit cependant pas seulement de Dublin. C’est toute notre politique d’asile qui doit être harmonisée. Nous devons également améliorer nos politiques sur l’intégration et l’immigration légale. Tous ces éléments sont liés.

La Commission compte-t-elle demander à la Grèce de créer des centres de détention en plus des hotspots ?

Les hotspots existent pour renforcer le processus d’enregistrement à l’arrivée, avec l’identification et le prélèvement des empreintes digitales.  Cela permet de savoir si les personnes devront être relocalisées ou si elles devraient faire leur demande d’asile en Grèce ou en Italie. Pendant cette procédure, les demandeurs doivent bien être logés quelque part. Il est donc normal que nous ayons besoin de plus d’espaces de réception. La Grèce s’est engagée à créer 50 000 places d’accueil supplémentaires après la rencontre des dirigeants des Balkans occidentaux, le 25 octobre. Il faut également des centres de détention ou d’expulsion pour les personnes dont les demandes sont rejetées, surtout s’il y a un risque de fuite ou s’ils ne veulent pas rentrer de manière volontaire.

Le 26 janvier, la grande majorité du parlement danois a voté pour une série de réformes censées dissuader les migrants de demander l’asile dans le pays, notamment en retardant le regroupement familial. À présent, les autorités peuvent également saisir les objets de valeur. Ce type de mesures permettra-t-il de stopper l’immigration vers l’Europe ?

Nous sommes tous liés par la Convention de Genève et la Charte des droits de l’Homme, ce qui signifie que nous devons traiter ces demandeurs d’asile vulnérables avec humanité et dignité. Le Danemark ne fait pas partie du système d’asile commun, mais il doit bien sûr respecter ses engagements internationaux. Les nouvelles lois danoises sont étudiées en ce moment par la Commission. D’un point de vue plus général, je m’inquiète de la recrudescence des comportements nationalistes et xénophobes qui mettent en péril le cœur même du projet européen : notre solidarité et notre union. Cela dépasse les défis posés par la crise des réfugiés et c’est sur ce sujet que les personnalités politiques doivent monter au créneau. Nous ne résoudrons pas cette crise en alimentant la peur. La seule façon d’y faire face est de coopérer.