12 États membres refusent d’augmenter leur participation à Triton

Immigrants sauvés en mer à bord d'un bateau italien. [Noborder Network/Flickr]

EURACTIV a obtenu la liste des contributions promises par les États de l’UE pour le renforcement des opérations communes en Méditerranée. 

Selon la liste des contributions élaborée lors du sommet extraordinaire du Conseil du 23 avril, douze États membres n’ont pas souhaité participer. Il s’agit de la Grèce, de la Croatie, de Chypre, de l’Espagne, de la Slovénie, de la Roumanie, de l’Autriche, de la Bulgarie, de l’Estonie, de Malte, de la Slovaquie et des Pays-Bas. 5 états sur les 12 refusant de participer sont donc directement concernés par le problème puisqu’ils ont des rives en Méditerrannée.

Il semblerait que certains pays aient renoncé à contribuer parce qu’ils jugent les efforts actuels suffisants, alors que d’autres estiment qu’ils devraient recevoir de l’aide pour faire face à l’immigration illégale, plutôt que de devoir en donner.

« Les Pays-Bas contribuent déjà beaucoup. La question est à présent de savoir ce que les autres États vont faire », a déclaré Mark Rutte, le Premier ministre néerlandais, au sujet de la disparité entre les États membres.

Selon Boyko Borissov, Premier ministre bulgare, « notre situation est plus difficile que celle de l’Italie. Si les autres se plaignent, je me plaindrai aussi. »

« Aujourd’hui, j’offre le fleuron de la Marine Royale, trois hélicoptères et deux bateaux de contrôle des frontières, mais nous devons mettre en place les conditions adéquates, ce qui implique de transporter les migrants vers le pays sûr le plus proche, probablement l’Italie », a pour sa part déclaré David Cameron, le premier ministre britannique.

>> Lire : Le Conseil européen rejette les conseils de Juncker sur l’immigration

Les contributions à la surveillance de la Méditerranée ne représentent pas forcément un coût pharamineux, puisqu’il s’agit d’allouer des ressources déjà existantes, comme affecter des policiers ou des douaniers sur place, ou prêter des navires ou des avions. La France va ainsi affecter plus de commandants de police à la surveillance maritime, et aussi prêter un avion et un navire sur des périodes plus longues que prévu, en 2015.

Contexte

Depuis 1999, l'UE œuvre à la création d'un régime d'asile européen commun et à l'amélioration de son cadre législatif actuel en matière d'immigration.

De nouvelles règles européennes ont été approuvées. Elles définissent des normes communes et des critères de coopération afin de garantir le traitement équitable des demandeurs d'asile dans le cadre d'un système ouvert et juste, et ce peu importe le pays dans lequel ils formulent leur demande.

Les États membres de l'UE ont toutefois rejeté une proposition de la Commission européenne, qui souhaitait appliquer le principe de solidarité, pour que les demandeurs d'asile des pays les plus touchés par l'arrivée de migrants soient redirigés vers d'autres États membres.

Le nombre d'immigrants clandestins entrant en Europe a presque triplé en 2014, atteignant 276 000 personnes, selon Frontex, l'agence européenne de contrôle des frontières. L'écrasante majorité d'entre eux, près de 220 000, arrivent via la Méditerranée, un passage extrêmement dangereux.

La situation chaotique en Libye a entrainé une hausse des bateaux quittant les ports libyens sans surveillance à destination de l'Europe. Ces bateaux transportent des réfugiés fuyant les conflits et la pauvreté des pays du Moyen-Orient et d'Afrique.

En 2013, après des centaines de noyés lors d'un accident au large de l'île de Lampedusa, le gouvernement italien a lancé l'opération de recherche et de sauvetage Mare Nostrum.

L'Italie n'est toutefois pas parvenue à convaincre des partenaires européens de l'aider à financer l'opération, qui coûtait jusqu'à 9 millions d'euros par mois. Certains pays estiment en effet que Mare Nostrum avait pour conséquence involontaire d'encourager les immigrants à tenter la traversée de la Méditerranée. Rome a donc été contrainte de réduire l'ampleur de l'opération.

L'Union européenne a donc mis en place la mission de contrôle des frontières Triton, aujourd'hui associée à Frontex. Jusqu'au sommet du 23 avril, Triton bénéficiait cependant d'un budget et d'un mandat réduit, et a été vivement critiqué, notamment par des groupes humanitaires et l'Italie, qui le juge inadapté à l'ampleur de la crise.

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