Amnesty dénonce la discrimination tchèque envers les élèves roms

Roma girls

Des petites filles roms à Karvina, République tchèque. [Daniela Kantorova/Flickr]

La République tchèque discrimine systématiquement les élèves d’origine rom, dénonce Amnesty International. Un article d’EURACTIV République tchèque.

La Commission européenne a reproché à maintes reprises à la République tchèque d’ignorer le problème de discrimination contre les élèves roms. S’il ne fait pas de progrès à ce sujet, le pays d’Europe centrale pourrait être traduit devant la Cour de justice de l’Union européenne.

Les autorités tchèques n’ont pas réussi à s’attaquer aux préjugés profondément ancrés au sein du système éducatif. C’est le message clé du rapport d’Amnesty International, publié la semaine dernière par Salil Shetty, le secrétaire général de l’ONG.

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« Le cœur du problème est le préjugé, qui lui-même entraîne les stéréotypes. Les Roms sont généralement perçus comme des gens qui ne valorisent pas l’éducation, des gens paresseux et qui travaillent peu », précise Salil Shetty.

Le rapport d’Amnesty survient alors que la Commission s’apprête à évaluer les efforts du gouvernement tchèque pour régler le problème. L’UE a longtemps critiqué le pays dans sa manière d’agir avec la communauté rom, mais en vain. En septembre 2014, la Commission a toutefois engagé une procédure d’infraction sans précédent, pour violation de la loi européenne anti-discrimination.

Si le gouvernement tchèque ne parvient pas à améliorer la situation, la Commission pourrait transférer l’affaire à la Cour de justice de l’Union européenne. La République tchèque ferait alors face à des sanctions pénales sévères.

Écoles spéciales

La Commission européenne et Amnesty International reprochent à la République tchèque de bloquer un accès à l’éducation équitable pour les enfants roms, souvent placés dans des écoles destinées aux élèves présentant des « handicaps mentaux légers ».

« Dans ces écoles « spéciales », près d’un tiers des élèves sont des Roms, alors que la communauté rom ne représente que 3 % de la population tchèque », indique le rapport d’Amnesty.

La République tchèque est également montrée du doigt pour son système éducatif ségrégationniste qui vise à séparer les écoles roms et non roms.

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Les conclusions du rapport d’Amnesty ont sévèrement été rejetées par le ministre tchèque de l’Éducation, Marcel Chládek. Le système éducatif n’est pas discriminatoire en soi, a-t-il rappelé, ajoutant que tous cas de violations des droits sont des cas d’échecs isolés. Il a également accusé Amnesty International de se baser sur de fausses informations.

Pour le ministre, le gouvernement tchèque a fait de progrès dans la lutte contre la discrimination des Roms. Au début de l’année, le gouvernement a adopté un amendement à sa loi sur l’éducation, pour assurer un accès à l’éducation égal pour les enfants roms. Un amendement qui comprend l’inspection régulière des écoles du pays.

Ji?í Dienstbier, le ministre tchèque des droits de l’Homme, a toutefois accepté les critiques et reconnu qu’il existait bel et bien un problème dans la manière de traiter les élèves roms dans les écoles tchèques.

« Ce rapport confirme la nécessité de trouver de nouvelles mesures appropriées pour résoudre ce problème », a-t-il admis.

Contexte

Selon des chiffres de l'UE, les Roms représentent la plus grande minorité ethnique d'Europe. La Commission européenne estime à 11 millions de personnes la population rom présente dans l'UE, et leur origine remonte à l'Inde médiévale.

Les recensements montrent que 535 000 Roms vivent en Roumanie, 370 000 en Bulgarie, 205 000 en Hongrie, 89 000 en Slovaquie et 108 000 en Serbie. Quelque 200 000 Roms vivraient en République tchèque et en Grèce et la Turquie en compterait 500 000.

Depuis 2011, l'UE a fait de l'intégration des Roms une des priorités de son programme politique partout en Europe. Les résultats ont été mitigés. La Commission soutient les États membres dans leur travail de mise en place de politique et de services pour l'intégration des Roms. Le nouveau cadre financier 2014-2020 par exemple, facilite l'accès aux fonds de l'UE pour l'intégration sociale des populations roms.