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24/01/2017

Avramopoulos appelle les États membres à mieux coopérer sur l’enjeu des réfugiés

Justice & Affaires intérieures

Avramopoulos appelle les États membres à mieux coopérer sur l’enjeu des réfugiés

Dimitris Avramopoulos, commissaire européen à la migration, aux affaires intérieures et à la citoyenneté.

[European Commission]

Si Ankara ne participe pas à l’effort européen, la crise des réfugiés continuera à s’aggraver, a averti Dimitris Avramopoulos. 

Dans un entretien avec Skai, le partenaire d’EurActiv en Grèce, le commissaire européen à la migration, aux affaires intérieures et à la citoyenneté, Dimistris Avramopoulos a reconnu que la Turquie et l’Europe n’étaient pas encore parvenues à un accord sur la gestion de l’immigration et des vagues de réfugiés.

« Les négociations avec la Turquie ont débuté récemment et sont toujours en cours […] nous aurons un résultat d’ici peu », a-t-il expliqué, soulignant qu’Ankara avait commencé à coopérer avec l’Europe.

Il a ajouté qu’il ne s’agissait pas de faire de grandes concessions, mais que la Turquie avait besoin d’argent pour arrêter la vague d’immigrés et que sa contribution était essentielle. « Si la Turquie ne participe pas aux efforts européens, la situation s’aggravera. »

Réticence des États membres

Face à la crise des réfugiés, l’UE a réagi à temps, estime Dimitris Avramopoulos, qui appelle les États membres à suivre ses propositions.

« Nous avons présenté un programme pour l’immigration, qui a été débattu et approuvé par le Parlement européen. Dans les trois mois qui ont suivi, nous avons approuvé un plan d’action pour la lutte contre les trafiquants d’êtres humains […] qui profitent de ces pauvres gens», a-t-il rappelé, ajoutant que l’UE avait aussi adopté un plan de réinstallation des réfugiés. « L’Europe va de l’avant, mais ses États membres doivent aussi y mettre du leur, et sont appelés à appliquer cette politique », insiste-t-il.

Il a également loué le rôle du Parlement européen, qui a su se montrer à la hauteur de la crise. « [Le Parlement] est notre allié le plus important, mais je voudrais également avoir l’assentiment et l’engagement des États membres », indique le commissaire.

Pas de murs

Dimitris Avramopoulos a parlé des murs et barrières érigés pour empêcher les immigrants d’entrer en Europe et a rappelé que l’UE y était opposée. « En particulier ceux qui sont au sein même de l’UE », précise-t-il, dans une remarque destinée à la Hongrie. 

Budapest a en effet construit un mur de 175 km le long de sa frontière avec la Serbie en septembre 2015, avant d’un installer un autre à la frontière croate le mois suivant.

>> Lire : Hollande tance l’attitude de l’Europe centrale vis-à-vis des migrants

Le gouvernement hongrois se prépare aussi à se joindre à la Slovaquie, pour faire appel auprès de la Cour de justice de l’UE contre la politique européenne sur l’immigration.

>> Lire : La Hongrie prête à se joindre à la Slovaquie pour poursuivre l’UE

Lors d’un vote à la majorité, les États membres ont validé la redistribution des immigrants arrivés en Grèce et en Italie vers les 26 autres pays. Tout comme la Slovaquie, la Hongrie s’était opposée à cette décision lors des négociations difficiles ayant précédé le vote.

>> Lire : L’UE adopte la répartition des réfugiés sans l’accord de l’Est

Dimistris Avramopoulos met en garde contre la recrudescence de politiques nationalistes dans la région des Balkans, toujours « sensible ». « Certains [États membres] tirent l’Europe en arrière, aussi loin qu’avant la Deuxième Guerre mondiale », dénonce-t-il.

Immigration légale

Le commissaire a indiqué que l’Europe avait besoin de ces migrants et aurait déjà dû revoir sa politique d’immigration légale.

« L’Europe vieillit et aura besoin de travailleurs qualifiés et de scientifiques », rappelle-t-il, précisant que « nous présenterons très rapidement un projet sur l’immigration légale. » Cela devrait avoir lieu dans le premier semestre de l’année prochaine.

Il a également parlé de la situation de la Grèce. Athènes se concentrait sur la résolution de ses problèmes économiques et « personne n’aurait pu imaginer que des milliers de réfugiés arriveraient de la côte turque l’été dernier ».

« La Grèce accueille la plus grande partie des immigrants qui arrivent et est contrainte d’offrir une aide garantissant la dignité de tous ceux qui fuient la guerre », a-t-il souligné. « Aujourd’hui, la Grèce est sur la bonne voie. »

Contexte

Au grand dam de la Hongrie et d'autres anciennes républiques soviétiques, qui se sont opposées au plan, l'Union européenne a décidé de répartir 120 000 réfugiés parmi ses États membres. Cela ne représente qu'une petite portion des 700 000 réfugiés qui, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), devraient atteindre les frontières de l'Europe cette année, en provenance d'Afrique, d'Asie et du Moyen-Orient.

L'UE courtise également la Turquie avec des promesses d'argent, d'exemption de visa et de nouveaux chapitres dans les négociations d'adhésion pour qu'Ankara essaye de juguler l'afflux de réfugiés sur son territoire.

La Grèce, en première ligne de la vague de réfugiés qui s'est abattue sur l'Europe cette année, a été vivement critiquée, car elle n'applique pas systématiquement la loi européenne sur l'enregistrement des nouveaux arrivants. L'UE entend à présent convaincre les réfugiés d'attendre en Grèce qu'on leur offre des billets d'avion vers des pays européens où ils pourront obtenir le droit d'asile, plutôt que de se lancer dans la périlleuse traversée des Balkans en hiver.

Le 25 octobre, lors d'un mini-sommet bruxellois rassemblant les pays qui se trouvent sur la route des Balkans, Athènes s'est engagée à accueillir 50 000 réfugiés supplémentaires d'ici la fin de l'année. Le même nombre de places d'accueil devraient être rendu disponible dans les autres pays de la route des Balkans. L'UE a promis de donner des fonds d'aide d'urgence à la Grèce et à d'autres pays concernés.

>> Lire : Bisbilles avec les Balkans lors du sommet sur l'immigration

Prochaines étapes

  • 11 et 12 novembre : Sommet de La Valette sur l'immigration.
  • Premier semestre 2016 : Présentation par la Commission d'une nouvelle stratégie pour l'immigration légale.