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27/09/2016

Barroso chez Goldman Sachs : une pétition fait rebondir la polémique

Justice & Affaires intérieures

Barroso chez Goldman Sachs : une pétition fait rebondir la polémique

Une pétition contre l’embauche de l’ancien président de la Commission européenne par le géant de Wall Street a déjà recueilli 77 716 signatures. Un article de notre partenaire, La Tribune.

Une polémique, c’est comme un incendie. On la croit éteinte, mais un souffle sur ses braises suffit à la relancer. Voilà qui pourrait arriver à la controverse déclenchée début juillet par la nomination du Portugais José Manuel Barroso, ancien président de la Commission européenne de 2004 à 2014, comme président non-exécutif de Goldman Sachs International, la branche internationale du groupe bancaire américain basée à Londres. Dans le courant du mois d’août, un collectif d’employés des institutions européennes, créé pour l’occasion, a en effet publié sur le site www.change.org une pétition réclamant « des mesures fortes et exemplaires contre José Manuel Barroso, pour avoir rejoint Goldman Sachs ».

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« Cette décision d’aller travailler pour l’une des banques les plus impliquées dans la crise des subprimes [crédits hypothécaires américains risqués ; Ndlr] (…), mais aussi dans la crise grecque, un pays dont elle a aidé à dissimuler le déficit, avant de spéculer, en 2009-2010, contre la dette grecque, dont elle connaissait évidemment le caractère insoutenable, constitue un nouvel exemple de pantouflage irresponsable (…) et, qui, sans être illégal, est moralement malhonnête », écrit ce collectif.

Une nomination survenue dans le contexte du Brexit

Des propos qui font écho à ceux prononcés par François Hollande lui-même, le 14 juillet : lors de sa traditionnelle allocution télévisée le jour de la Fête Nationale, le chef de l’État avait jugé « moralement inacceptable » que José Manuel Barroso – à la tête de la Commission européenne durant la crise financière de 2008, crise dont Goldman Sachs est accusée d’être en partie responsable – rejoigne à présent la banque d’investissement américaine. Ce reproche du chef de l’État s’était ajouté à un flot de critiques en France et au Portugal, des eurodéputés PS français au parti socialiste au pouvoir à Lisbonne. « Si on reste dans la vie politique, on est critiqué pour vivre aux crochets de l’État, si on va dans le privé, on est critiqué pour tirer profit de l’expérience acquise dans la politique », avait rétorqué José Manuel Barroso dans un entretien à l’hebdomadaire portugais Expresso, le mois dernier.

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Si ses nouvelles fonctions chez Goldman Sachs suscitent une telle indignation, c’est également parce que l’ancien président de la Commission européenne devrait notamment avoir pour tâche de conseiller le géant de Wall Street sur les conséquences du Brexit sur son activité. De fait, à l’image de nombre de grandes banques étrangères, Goldman Sachs avait choisi Londres, première place financière européenne, comme tête de pont de son développement sur le Vieux Continent. Le hic, c’est que la sortie programmée du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) risque de faire perdre aux banques implantées à Londres leur « passeport européen », ce précieux sésame qui leur permet d’exercer leur activité partout dans l’UE à partir du moment où elles sont agréées dans l’un des pays de l’Union. Or, dans le cadre de la renégociation des accords commerciaux, douaniers et financiers entre le Royaume-Uni et l’UE, José Manuel Barroso semble évidemment mieux placé que quiconque pour exercer un lobbying sur la seconde en faveur du premier.

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Le collectif demande un durcissement des règles de pantouflage

Le collectif à l’origine de la pétition estime donc que la décision de José Manuel Barroso de rejoindre Goldman Sachs « est contraire à l’honneur et à la probité de la fonction publique européenne, censée défendre l’intérêt général européen ».  Et qu’elle est même « irresponsable, car elle alimente un contexte qui n’est plus seulement eurosceptique, mais désormais europhobe ». En conséquence de quoi, la pétition réclame la suspension des indemnités de retraite auxquelles José Manuel Barroso a droit au titre de son ancienne fonction de président de la Commission européenne. Reste que, sur le plan purement légal, José Manuel Barroso a parfaitement le droit de travailler pour Goldman Sachs, puisqu’il a observé un délai de plus de 18 mois entre la fin de son mandat à la Commission européenne, en octobre 2014, et son passage dans le privé, en juillet dernier.

C’est pourquoi la pétition exige également un renforcement des règles de lutte contre le pantouflage, applicables aux anciens membres de la Commission. Plusieurs voix s’étaient élevées en juillet pour demander un tel durcissement, dont celles de Harlem Désir, secrétaire d’État français aux Affaires européennes, et de Emily O’Reilly, la Médiatrice européenne chargée d’examiner les plaintes à l’encontre des institutions de l’UE. La pétition – qui sera adressée d’ici à la fin du mois de septembre à Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, à Donald Tusk, président du Conseil de l’UE, et à Martin Schulz, président du Parlement européen – a déjà recueilli 77 716 signatures, sur un objectif de 150 000.