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19/01/2017

Berlin reconnait le génocide arménien

Justice & Affaires intérieures

Berlin reconnait le génocide arménien

Vendredi (le 24 avril), une cérémonie de commémoration des victimes devrait avoir lieu au mémorial de Tsitsernakaberd à Erevan.

[Stefan Krasowski/Flickr]

Berlin s’est longtemps opposé à utiliser le terme « génocide » pour définir le massacre des Arméniens en 1915, mais la chancellerie et son gouvernement de coalition ont finalement cédé aux pressions des députés de leurs partis.

Le lundi 20 avril, Steffen Seibert, le porte-parole d’Angela Merkel, a annoncé que le gouvernement soutiendrait une résolution du Bundestag visant à commémorer le massacre des Arméniens qui s’est déroulé il y a 100 ans.

Une annonce qui intervient alors que la polémique faisait rage en Allemagne : le président, Joachim Gauck, allait-il prononcer le mot « génocide » lors d’un événement de commémoration à la cathédrale de Berlin auquel il participe le 23 avril ?

Depuis des semaines, l’alliance de centre-droit et le Parti social-démocrate (SPD), les partis du gouvernement de coalition, débattent eux-aussi de la manière de définir le massacre des Arméniens commis par l’Empire Ottoman en 1915.

Utilisation du mot génocide

Erika Steinbach, qui dirige l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et préside le groupe de travail parlementaire sur les droits de l’Homme dans la section de centre-droit du Bundestag, devrait être ravie de ce revirement. Elle estimait « très humiliant » que le Bundestag se refuse à utiliser le mot « génocide ». Elle a expliqué au Tagesspiegel que, selon elle, la « crédibilité de la politique allemande des droits de l’Homme » est en jeu.

Frank Schwabe, porte-parole du SPD pour la politique des droits de l’Homme, était lui aussi loin d’être convaincu par les consignes de l’administration du ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier. « Le gouvernement allemand doit pouvoir nommer clairement le génocide arménien », a-t-il déclaré. « Sinon, nous nous empêchons également de définir les génocides actuels et futures. »

Les membres des partis de la coalition au pouvoir ont présenté la proposition de résolution au Bundestag et fait pression sur leurs collègues du gouvernement afin qu’ils acceptent de qualifier les événements de génocide. Un débat sur la résolution devrait avoir lieu le 24 avril.

« Le gouvernement soutient la proposition de résolution […] qui fait du sort des Arméniens durant la Première Guerre mondiale un exemple des meurtres collectifs, des nettoyages ethniques, des expulsions et, oui, des génocides du 20ème siècle », a déclaré Steffen Seibert. Jusqu’ici, le gouvernement de coalition avait soigneusement évité de mot « génocide ».

Suite aux avertissements reçus d’Ankara, le ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, s’était bien gardé d’utiliser le mot « génocide » lors d’un entretien télévisé le 19 avril. Il avait cependant nié l’existence d’un tabou dicté par la Turquie.

L’Allemagne a une responsabilité particulière

Le 15 avril, le Conseil central des juifs d’Allemagne n’a laissé aucun doute sur sa position vis-à-vis du génocide arménien.

« Il y a 100 ans, plus d’un million d’Arméniens ont été déportés à la demande de l’Empire Ottoman. Ils ont été froidement assassinés ou sont morts de faim et de soif dans le désert », a rappelé Josef Schuster, président de l’association, au Tagesspiegel.

« Ce terrible événement devrait être appelé comme il se doit : c’était un génocide », assure-t-il. Josef Schuster estime que le gouvernement allemand a une responsabilité particulière, étant donné que des officiers allemands ont été complices de ces événements.

« Plus tard, Hitler a virtuellement utilisé le génocide arménien comme modèle pour l’extermination des Juifs », argue-t-il.

Selon des sources arméniennes, 1,5 millions de personnes ont été victimes du génocide. Les historiens s’accordent depuis longtemps sur le fait que les atrocités de 1915 devraient être considérées comme un génocide.

Ankara ne veut pas entendre parler de génocide

Le président turc, Recep Tayyip Erdo?an, a condamné l’utilisation du terme à de nombreuses occasions. « Notre pays n’est sali par aucun génocide », a-t-il affirmé.

« Nous ne permettrons pas que des événements historiques soient sortis de leur contexte et utilisés comme outils de propagande contre notre pays », a-t-il déclaré le 14 avril, en réaction à un discours du Pape Francis, qui a qualifié les événements de 1915 de « premier génocide du 20ème siècle ».

« Je condamne le Pape et voudrais le prévenir qu’il ne devrait pas faire ce genre d’erreurs à l’avenir », a souligné le président turc, qui a immédiatement rappelé l’ambassadeur turc au Vatican à Ankara.

La Turquie refuse de considérer que les massacres, perpétrés alors que les forces ottomanes combattaient les Russes, constitue un génocide. Les autorités admettent que des chrétiens arméniens ont été tués lors des massacres et déportations de 1915 et 1916, mais pas qu’il y a eu des centaines de milliers de victimes.

Selon la Turquie, il n’y a jamais eu de campagnes visant à éliminer les Arméniens ou d’ordre dans ce sens prononcé par les autorités de l’Empire Ottoman.

>> Lire : Génocide arménien : la Turquie fait pression sur la France

Un génocide déjà reconnu par le Parlement européen, la France et d’autres nations

Le Bundestag devrait adopter la résolution de reconnaissance du génocide arménien le 24 avril, date du centenaire du massacre d’1,5 million d’Arméniens par les troupes ottomanes.

Steffen Seibert souligne que la proposition de résolution indique l’Allemagne reste « consciente du caractère unique de l’Holocauste, dont elle porte la responsabilité ».

Plus d’une douzaine de pays, donc la France, la Suisse et les Pays-Bas, ont déjà qualifié de génocide les déplacements, viols et massacres qui ont eu lieu à cette occasion. L’ONU et le Parlement européen partagent tous deux cet avis.

>> Lire : Le Parlement européen appelle la Turquie à reconnaître le génocide arménien

Le centenaire du début du génocide est une occasion important d’accepter le passé, indique une résolution adoptée le 15 avril. Cette résolution rend hommage aux victimes du génocide et exhortait Ankara à reconnaitre la nature de ces atrocités.

Les eurodéputés ont invité l’Arménie et la Turquie a « s’inspirer des exemples de réconciliations entre les pays européens » en ratifiant et en exécutant, sans préconditions, les protocoles d’établissement de relations diplomatiques, en ouvrant la frontière et en améliorant activement leurs relations, notamment en ce qui concerne la coopération transfrontalière et l’intégration économique.

Un article adapté d’EurActiv Allemagne et du Tagesspiegel.

Contexte

En 1915, des centaines de milliers d'Arméniens chrétiens ont perdu la vie lors d'expulsions forcées réalisées par l'armée ottomane à l'Est de la Turquie actuelle. Ankara refuse de qualifier ces évènements de génocide.

L'attitude du pays vis-à-vis à ce bain de sang est l'une des caractéristiques de la diplomatie turque moderne : toute utilisation du terme « génocide », que ce soit en Turquie ou à l'étranger, est immédiatement dénoncée par Ankara.

Le journaliste turco-arménien Hrant Dink a été tué en 2007 après avoir publiquement déclaré que les évènements de 1915 constituaient un génocide.

Prochaines étapes

  • 24 avril : Débat sur la résolution au Bundestag.