Berlin se montre intraitable sur les amalgames entre attentats et réfugiés

Horst Seehofer soutient la chancelière, et se distance des réactions "inappropriées" de son propre parti. [Michael Panse/Flickr]

La coalition au pouvoir en Allemagne a tracé une ligne claire entre la crise des réfugiés et attaques perpétrées à Paris. Mais le ministre des Finances de la Bavière a malgré tout fait l’amalgame. Un article de notre partenaire Der Tagesspiegel.

Le ministre des Finances de la Bavière, Markus Söder, qui aspire au poste de ministre-président de la région, est accusé d’utiliser les événements du vendredi 13 novembre à des fins politiques.

En effet, pour le responsable du CSU, les attaques survenues à Paris changent la donne et la politique allemande vis-à-vis des réfugiés doit fondamentalement évoluer. « Cette période d’immigration illégale et incontrôlée doit cesser », a-t-il déclaré à l’édition dominicale du Die Welt. Il a également appelé à repenser les contrôles aux frontières et à limiter le nombre de réfugiés.

Le dimanche 15 novembre, le gouvernement bavarois a approuvé l’utilisation de sa police pour assurer la sécurité des frontières, une décision qui pourrait être perçue comme une provocation par le gouvernement fédéral. Horst Seehofer, ministre-président de la Bavière s’est toutefois empressé de dissiper la confusion et de souligner qu’il ne voulait pas que cette question se transforme en conflit.

Markus Söder a quant à lui franchi un pas supplémentaire, s’opposant aux instructions explicites de Horst Seehofer et remettant directement en question les décisions d’Angela Merkel. Il a demandé à la chancelière de reconnaître qu’elle avait tort et que « l’ouverture des frontières était une erreur ». Chose qu’Angela Merkel ne fera pas et Markus Söder le sait parfaitement.

Le 15 novembre au soir, Horst Seehofer s’est ouvertement et clairement distancé de son ministre. Concentrer ses critiques sur la chancelière était « une réaction totalement inappropriée » à ce moment, a-t-il déclaré à Munich. Il a ajouté qu’il devait y avoir une claire distinction entre la situation des réfugiés et la lutte contre le terrorisme.

Vendredi soir, lorsque la nouvelle des fusillades à Paris a commencé à se répandre, Horst Seehofer se trouvait à Berlin à la chancellerie. Pour lui et Angela Merkel, il a tout de suite été très clair que leurs partis devaient « rester unis » et que « la chancelière devait être soutenue ».

Markus Söder, depuis longtemps pressenti successeur de Horst Seehofer, s’est complètement isolé avec ses calculs erronés. Paradoxalement, le ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maizière, qui ne partage pas du tout la même vision qu’Angela Merkel sur la crise des réfugiés, n’a quant à lui pas saisi l’occasion de marquer des points, écartant ainsi l’idée que les attaques à Paris devraient engendrer un changement dans la politique des réfugiés. Le ministre a demandé à ses collègues de ne pas mélanger les événements au débat des réfugiés. La ligne a été clairement tracée et Markus Söder l’a franchie de manière éhontée.

Horst Seehofer a lui-même déclaré à la télévision bavaroise qu’il ne fallait pas « faire de lien direct entre la crise des réfugiés et le terrorisme ou la politique sécuritaire ». Il a néanmoins ajouté qu’il fallait faire preuve de prudence vis-à-vis des « terroristes qui profitaient de l’afflux de réfugiés pour entrer dans le pays sans être contrôlé ». « Cela ne veut pas dire que dans chaque camp de réfugiés il y a un terroriste », a-t-il rappelé. De son côté, Markus Söder a jugé « naïf » de croire que parmi les réfugiés il n’y avait aucun extrémiste.

Au sein du parti social-démocrate, les demandes de Markus Söder sont encore moins comprises. « Paris ne change rien », a déclaré Ralf Stegner, le chef de file du parti, au Tagesspiegel. Un changement dans la politique des réfugiés n’est pas nécessaire. « La plupart des réfugiés fuient les mêmes personnes qui ont perpétré ces attaques », a-t-il rappelé.