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19/01/2017

Bisbilles avec les Balkans lors du sommet sur l’immigration

Justice & Affaires intérieures

Bisbilles avec les Balkans lors du sommet sur l’immigration

Jean-Claude Juncker lors de la presse conférence suivant le mini-sommet sur la crise des réfugiés [Commission]

Les pays de la « route des Balkans » se sont opposé à Jean-Claude Juncker et Angela Merkel sur la question des réfugiés. Certains d’entre eux estiment que cette crise pourrait sonner le glas de l’Europe. 

Le 25 octobre, un sommet extraordinaire s’est penché sur la « route des Balkans », qu’empruntent les réfugiés qui tentent d’arriver en Europe. Cet itinéraire part de la Grèce et traverse les Balkans pour arriver en Allemagne. Pour le Premier ministre slovène, Miro Cerar, l’absence de consensus sur la manière de gérer la vague des demandeurs d’asile pourrait mettre l’Union européenne en danger.

« Si nous ne trouvons pas de solution aujourd’hui, si nous ne faisons pas tout ce que nous pouvons aujourd’hui, cela marquera la fin de l’Union européenne telle que nous la connaissons », a déclaré Miro Cerar en arrivant à la réunion du 25 octobre. « Si nous ne parvenons pas à mener une action concrète, je pense que l’Europe commencera à se désintégrer. »

À l’occasion de ce sommet, les chefs d’État et de gouvernement autrichien, bulgare, croate, allemand, grec, hongrois, roumain et slovène ont rencontré leurs homologues macédonien, serbe et albanais, invités à la dernière minute. La Turquie, pays clé de la gestion de la crise des réfugiés, n’a pas été invitée, tout comme la France, État fondateur de l’UE.

Il était évident que ce sommet organisé à la hâte verrait s’affronter la vision de la Commission européenne, favorable à une politique d’accueil des demandeurs d’asile inclusive, et celle des États membres d’Europe de l’Est, qui souhaitent fermer hermétiquement les frontières extérieures de l’union.

Aleksandar Vu?i?, le Premier ministre serbe, a été la première personne à quitter la réunion, vers 20 heures. Son langage corporel indiquait clairement que le sommet avait été un échec. « Au moins nous avons eu la chance de nous parler, de nous entendre et d’en apprendre davantage sur les problèmes auxquels nous sommes tous confrontés. Je ne suis pas sûr que nous parviendrons à une conclusion qui améliorera la solution dans l’immédiat », a-t-il déclaré.

Le Premier ministre a indiqué à EurActiv que les dirigeants réunis n’étaient « pas encore » tombés d’accord sur le plan en 16 points présenté par Jean-Claude Juncker, le président de la Commission.

Le Premier ministre bulgare, Boyko Borissov, a répondu aux questions des journalistes juste après son homologue serbe. Il a expliqué que tous les chefs d’État et de gouvernement présents étaient inquiets et que les problèmes auxquelles faisaient face les États étaient énormes.

Il a refusé de commenter plus en détail les désaccords entre eux, mais a indiqué qu’il était totalement opposé à la proposition de Jean-Claude Juncker selon laquelle les États devraient contracter des prêts auprès des institutions financières internationales pour gérer la crise des réfugiés.

Il estime pour sa part que les critères de Maastricht en ce qui concerne la discipline financière devraient être scrupuleusement suivis et a averti que la crise des réfugiés pourrait se transformer en nouvelle crise financière.

Boyko Borrisov a ajouté avoir demandé, sans obtenir de réponse, combien d’immigrants l’Europe était prête à accueillir – un million, deux, cinq, dix ? « Jean-Claude Juncker sera bientôt parmi vous. Vous pouvez lui poser la question », a-t-il conclu.

>> Lire : Pour plaire à l’Est, l’accueil des réfugiés sera à géométrie variable

Une réunion tirée en longueur

Censée se terminer à 19 heures, la réunion s’est finalement prolongée jusqu’après minuit, bien que la plupart des dirigeants aient quitté les lieux plus tôt.

Jean-Claude Juncker a finalement rencontré les journalistes aux côtés de la chancelière allemande, Angela Merkel, et du Haut-Commissaire pour les réfugiés de l’ONU, Antonio Guterres.

Le président de la Commission a expliqué que la seule façon de sortir de la crise était de réduire le nombre d’arrivées incontrôlées. « La politique de laisser passer des migrants vers les pays voisins doit cesser. Soyons clairs : les migrants doivent être enregistrés. Sans enregistrement, aucun droit », a-t-il averti.

Angela Merkel a ensuite pris la parole pour souligner que la situation actuelle n’était pas à la hauteur des valeurs européennes et qu’il était urgent de trouver une solution décente pour les dizaines de milliers de personnes coincées aux frontières dans les Balkans, dans le froid et la pluie. « L’Europe est un continent de valeurs, de solidarité, et doit le montrer », a-t-elle exhorté.

Elle a également mis en évidence la nécessité de continuer les négociations avec la Turquie, principal pays de transit vers l’Europe, non seulement pour les réfugiés syriens et irakiens, mais aussi pour nombre d’Afghans et de Pakistanais, que l’UE considère comme des immigrants économiques, et qui ne sont donc pas bienvenus.

Le communiqué officiel comprend entre autres l’engagement d’Athènes d’augmenter le nombre de places d’accueil à 30 000 d’ici la fin de l’année. Il y aurait entre 7 et 10 000 immigrants en Grèce. Selon la communication officielle, 20 000 personnes supplémentaires devraient être accueillies dans des structures privées et 50 000 places seront rendues disponibles dans les pays plus au nord de l’UE.

Par ailleurs, la Slovénie recevra une aide de 400 policiers pour gérer l’augmentation de migrants suite à la fermeture de la frontière entre la Hongrie et la Croatie au début du mois.

Antonio Guterres a pour sa part expliqué que le but de ces mesures n’était pas de forcer les immigrants à traverser les Balkans pays par pays, frontière par frontière, jusqu’à leur destination finale, où ils seront en sûreté, mais de créer une « situation de transition ».

« Nous devons au moins nous assurer que le mouvement [de personnes] n’est pas chaotique et que les migrants voyagent dans des conditions dignes et sans risquer leur vie, et qu’ils ne soient pas livrés entièrement aux réseaux de passeurs », a-t-il indiqué.

Les mesures devraient garantir que les personnes ayant besoin de protection ne seront plus obligées de se fier aux passeurs et qu’elles puissent se rendre en avion de l’endroit de l’enregistrement de leur demande à leur pays de réinstallation pour commencer une nouvelle vie.

Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, s’est déclaré satisfait de l’issue des négociations. La Grèce, en première ligne de la vague de réfugiés qui s’est abattue sur l’Europe cette année, a été vivement critiquée pour ne pas appliquer la loi européenne sur l’enregistrement des nouveaux arrivants.

Miro Cerar, qui s’inquiétait de l’avenir de l’UE en arrivant à la réunion, a qualifié le sommet de « premier pas dans la bonne direction ».

Viktor Orbán, le Premier ministre hongrois, est le seul dirigeant qui a semblé réellement prendre plaisir à la rencontre. En arrivant, il a assuré n’être là qu’en tant qu’observateur, parce que la Hongrie n’était plus une étape de la route des Balkans. Les immigrants évitent en effet de passer par la Hongrie depuis que le Premier ministre a organisé la construction de murs le long de la frontière.

>> Lire : Le plan secret d’Orbán pour arrêter les réfugiés

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