Cazeneuve en appelle au « devoir moral » des Britanniques à Calais

Il y aurait un millier de mineurs dans la Jungle de Calais. [Roman Bodnarchuk/Shutterstock]

À l’approche du démantèlement de la Jungle de Calais, Bernard Cazeneuve a cherché à accentuer la pression sur les Britanniques, en appelant à leur « devoir moral » pour qu’ils ouvrent plus largement leurs portes aux jeunes migrants espérant rejoindre leurs familles au Royaume-Uni.

« Je demande solennellement à la Grande-Bretagne d’assumer son devoir moral », a déclaré le ministre de l’Intérieur sur RTL, jugeant nécessaire « que Londres aille plus loin » sur le sujet des mineurs non accompagnés.

Bernard Cazeneuve a promis de transmettre ce message avec « la plus grande fermeté » à son homologue Amber Rudd, qu’il a rencontrée à Londres dans l’après-midi – une fermeté de ton laissant entrevoir la complexité des négociations, dans un climat pré-Brexit.

Démentèlement

Lors de cet entretien, Amber Rudd « a confirmé le soutien du gouvernement britannique aux autorités françaises » pour assurer « la pleine réussite » du démantèlement, selon un communiqué commun publié à l’issue de l’entretien.

Les accords prévoyant l’accueil au Royaume-Uni des mineurs de Calais ayant des attaches familiales outre-Manche « seront appliqués et élargis », l’engagement financier de 100 millions d’euros des Britanniques pour sécuriser le site de Calais sera augmenté et la collaboration dans la lutte contre les filières illégales va se poursuivre et s’intensifier, assure le communiqué.

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Dans une déclaration devant le Parlement britannique, Amber Rudd a cependant souligné que « la responsabilité première revient aux autorités françaises » pour prendre soin de ces enfants et que « le gouvernement britannique n’a aucune autorité en France ».

En ce qui concerne la logistique du transfert lors du démantèlement, « nous espérons conclure un accord », mais « nous ne l’avons pas encore », a-t-elle ajouté à l’issue de cet entretien de deux heures.

Ces migrants mineurs posent une problématique particulière dans le démantèlement car ils relèvent de la protection de l’enfance et ne peuvent être orientés en Centres d’accueil et d’orientation (CAO). De plus, beaucoup cherchent à rejoindre des parents en Grande-Bretagne.

Ils peuvent à ce titre demander à bénéficier de la réunification familiale prévue par les accords européens de Dublin, qui confient la responsabilité de la demande d’asile, dans le cas d’un mineur, au pays où il a déjà de la famille.

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La ‘bureaucratie’ mise en cause

Pour cela, il faudra toutefois convaincre les Britanniques. « Nous avons demandé une liste » des mineurs à la France, a indiqué Amber Rudd, promettant d’agir « avec la plus grande diligence, une affaire de jours, d’une semaine tout au plus », et de donner une priorité particulière aux moins de 12 ans.

France Terre d’asile a dépêché lundi une équipe à Calais pour mener « un recensement nominatif des mineurs ayant de la famille en Grande-Bretagne », a indiqué à l’AFP son directeur général, Pierre Henry.

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Le nombre de mineurs est estimé à un millier par plusieurs associations (de 900 à 950, selon Bernard Cazeneuve), mais les Britanniques n’ont jusqu’à présent accepté que 72 dossiers.

Procédures qui traînent, demandes tatillonnes… dans un rapport publié dimanche, la Croix-Rouge britannique liste les entraves à ce processus, en déplorant que « la bureaucratie bloque les enfants réfugiés » à Calais.

S’il dénonce le manque de personnels côté français, notamment dans les associations chargées du recensement ou dans les préfectures, le rapport livre un tableau critique de l’action des autorités britanniques.

« Dans certains cas, le Home Office n’a pas répondu aux demandes de prise en charge » des autorités françaises, et dans d’autres il « juge les éléments de preuve insuffisants, et demande des tests ADN », alors même que ceux-ci sont illégaux en France sans autorisation de la justice, affirme l’ONG.

De quels moyens de pression les autorités françaises disposent-elles? « Lorsque toutes les caméras seront tournées vers ces mineurs isolés que les Britanniques ne prendront pas, ça se verra, donc ils ont intérêt à les prendre », avait affirmé Bernard Cazeneuve sur RTL.

La Jungle de Calais risque de recevoir une attention médiatique considérable le jour de son démantèlement – pour lequel aucune date n’est officiellement fixée, même si le Défenseur des droits a parlé du 17 octobre. Le campement compte de 7 000 à 10 000 personnes, selon les estimations.

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