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07/12/2016

Chypre menace de torpiller l’accord sur les réfugiés

Justice & Affaires intérieures

Chypre menace de torpiller l’accord sur les réfugiés

Les réfugiés continuent à arriver en Grèce.

Coast Guard News/Flickr

À la veille du nouveau sommet UE-Turquie, Chypre menace de faire échouer le projet d’accord entre les 28 et Ankara pour tenter de stopper l’afflux de migrants.

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, s’est heurté mardi de plein fouet aux réticences chypriotes et a reconnu, à l’issue d’un entretien à Ankara avec le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, que le chemin vers un accord restait semé de nombreuses embûches.

>> Lire : Les doutes sur la légalité de l’accord UE-Turquie se multiplient

« Ce n’est pas une tâche facile et nous devons faire ça correctement. Il est clair qu’il reste encore un gros travail à faire », a-t-il déclaré.

Plus tôt, à Nicosie, Nicos Anastasiades avait répété au dirigeant européen que son pays n’avait « pas l’intention d’approuver l’ouverture de nouveaux chapitres » dans les négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE si Ankara ne respectait pas ses engagements. Or cette relance des négociations d’adhésion est l’une des contreparties accordées par Bruxelles à la Turquie pour que cette dernière accepte l’accord.

>> Lire : L’UE et la Turquie trouvent un accord sur la crise des réfugiés

« Il est déplacé, contre-productif, pour ne pas dire inacceptable de déplacer le poids de la responsabilité de la crise des migrants sur mes épaules ou sur celles de la République de Chypre », a déclaré Nicos Anastasiades après sa rencontre avec Donald Tusk, en visite à Nicosie.

Outre cette menace chypriote, Donald Tusk a lui-même concédé que la question de la légalité du plan mis sur la table la semaine dernière restait « problématique ». « La proposition turque établie avec l’Allemagne demande encore à être rééquilibrée, afin qu’elle puisse être acceptée par les 28 États membres et les institutions européennes. »

Le plan prévoit la réadmission en Turquie de tous les migrants arrivés clandestinement en Grèce, y compris les demandeurs d’asile syriens fuyant la guerre dans leur pays. En échange, les Européens s’engageraient à accepter un demandeur d’asile syrien sur leur territoire pour chaque Syrien renvoyé en Turquie. Il a été refusé lors de sa première présentation aux dirigeants européens le 8 mars.

>> Lire : Échec des négociations pour le sommet UE-Turquie

En plus de l’accélération des discussions d’adhésion, la Turquie exige le doublement de trois à six milliards d’euros de l’aide promise par l’UE pour l’accueil des migrants et la levée dès la fin juin des visas imposés à ses citoyens voulant voyager dans l’UE.

Lignes de fractures multiples

« Nous avons établi aujourd’hui un catalogue de points à régler si nous voulons parvenir à un accord d’ici à vendredi », a expliqué Donald Tusk.

Les relations entre l’UE et la Turquie restent perturbées par la question de Chypre, divisée en deux depuis l’invasion de la partie nord de l’île par la Turquie en 1974 en réaction à un coup d’État nationaliste qui visait à rattacher Chypre à la Grèce.

La République de Chypre, membre de l’UE mais non reconnue par Ankara, bloque six chapitres clés de ces négociations depuis 2009, gelant de facto le processus d’adhésion. De son côté, Ankara interdit ses ports et ses aéroports aux navires et aux avions en provenance directe de la partie sud de Chypre.

Les espoirs d’accord ont toutefois récemment grandi, avec la reprise des négociations entre dirigeants chypriotes grecs et turcs en mai 2015 sous l’égide de l’ONU.

Le projet d’accord sur les migrants suscite par ailleurs les doutes de certains pays européens, qui s’inquiètent de la dérive autoritaire du régime du président islamo-conservateur turc Recep Tayyip Erdogan.

La France prônera à Bruxelles jeudi une « coopération efficace » avec Ankara mais refusera « le moindre chantage » de la Turquie, a affirmé mardi le Premier ministre, Manuel Valls.

Ahmet Davutoglu s’en est défendu mardi soir. « Nous n’avons jamais marchandé pour de l’argent (…) il n’y aura pas de changement de la politique humanitaire de la Turquie même si personne ne nous donne un centime », a-t-il assuré.

Sur le terrain, la tension est restée vive mardi à la frontière gréco-macédonienne. Quelque 1 500 réfugiés et migrants qui avaient réussi lundi à franchir cette frontière close depuis une semaine ont été renvoyés en Grèce, selon les autorités macédoniennes.

Ces renvois ont manifestement surpris la Grèce, dont le Premier ministre, Alexis Tsipras, a qualifié de criminelle l’attitude des organisateurs de la tentative de passage de lundi.

« Nous estimons qu’il est exclu que la route des Balkans rouvre », a-t-il prévenu, appelant les quelque 12 000 réfugiés et migrants massés dans le camp de fortune d’Idomeni à en prendre acte.

>> Lire aussi : La Grèce va-t-elle accepter de devenir le Calais de l’Europe?