Les efforts contre la discrimination des Roms à la loupe

« Je pense vraiment que le parquet européen nous permettra de simplifier les règles », a indiqué Vĕra Jourová. [European Commission]

La Commission européenne lance une évaluation « brutale » des fonds anti-discrimination des Roms, dans le cadre de nouveaux efforts pour s’assurer de l’efficacité d’une nouvelle stratégie de protection des Roms après 2020.

Věra Jourová, la commissaire à la justice, a annoncé que la Commission lancerait une évaluation des dépenses liées aux travaux anti-discrimination des Roms l’an prochain. Les fonds alloués à cette problématique entre 2014 et 2020 s’élèvent à 42 milliards d’euros.

En 2011, l’exécutif européen a mis en place une stratégie élargie pour lutter contre la discrimination des Roms et améliorer leurs conditions de vie. Les États membres avaient alors à leur tour mis en place des programmes nationaux.

Malgré ces efforts, plus de 80 % des Roms vivant dans l’UE risquent la pauvreté, a indiqué la Commission. Dans de nombreux pays, leur accès à l’éducation, au logement, aux soins et à l’emploi est encore limité, et les financements sont régulièrement mal utilisés.

« Nous mènerons une évaluation brutale de l’efficacité des financements européens », a donc indiqué Věra Jourová. L’intégration « ne peut fonctionner si on ne les aide pas à trouver, et à garder, un emploi. Il ne s’agit pas seulement d’argent, mais aussi de confiance gâchée. »

«Sans les droits de l’Homme, l’Europe perd son intégrité»

Michael O’Flaherty, qui dirige l’Agence des droits fondamentaux de l’UE, met en garde contre l’absence de réaction politique face au recul de l’état de droit dans certains pays européens tels que la Pologne. Un article de notre partenaire en Pologne, Gazeta Wyborcza.

Avant de devenir commissaire européenne, en 2014, Věra Jourová était ministre pour la politique régionale en République tchèque. Elle a été fréquemment critiquée pour mauvaise utilisation de fonds elle-même.

L’an dernier, la Cour des comptes européenne, un organe de surveillance économique, a dénoncé l’incapacité des États membres  à spécifier les montants dont ils avaient besoin pour atteindre leurs objectifs anti-discrimination nationaux.

La Commission a pour sa part demandé aux capitales de présenter leurs stratégies d’intégration, qui diffèrent d’un pays à l’autre. Environ 90 % de la population Rom, estimée à 6 ou 7 millions de personnes dans l’UE, est concentrée dans 11 États.

« Nous n’avons pas de solution miracle qui convienne à tout le monde, c’est pourquoi nous voulons que les États membres mettent en place des stratégies propres », a expliqué la commissaire.

Recours possible contre les États

Věra Jourová a indiqué examiner la possibilité de lancer des procédures à l’encontre de la République tchèque, de la Hongrie et de la Slovaquie suite à la discrimination des enfants Roms dans le système scolaire. L’exécutif européen avait déjà engagé des poursuites judiciaires contre ces trois pays en 2014. Des missions seront envoyées sur le terrain pour clarifier la situation et des mesures supplémentaires pourraient être prises cet automne.

« Je ne peux pas dire que nous attendrons toujours », a-t-elle lancé. Les trois pays devraient à présent clarifier les mesures à prendre pour les enfants Roms handicapés et passer des lois à cet effet.

En Hongrie, en Slovaquie et en Bulgarie, plus de 60 % des enfants Roms sont séparés des autres enfants à l’école, selon de nouvelles informations publiées par l’exécutif européen.

La Commission enquête également sur le cas de l’Italie, qui pourrait avoir discriminé les Roms en les logeant sous tente et dans des camps depuis un an et demi. L’exécutif a demandé des informations supplémentaires à Rome et ne lancera de procédure d’infraction que si des preuves suffisantes sont récoltées.

Amnesty International milite pour l’ouverture de poursuites contre l’Italie depuis que des Roms ont été chassés de leurs lieux de vie l’an dernier. Věra Jourová a confirmé que la Commission avait reçu des documents de l’ONG sur les expulsions.

Elle a également pointé du doigt un membre du gouvernement bulgare, le vice-Premier ministre Valeri Simeonov, auteur de remarques racistes à l’encontre des Roms. La commissaire a indiqué que la question de l’intégration des Roms pourrait être une priorité de la présidence bulgare du Conseil, qui débute en janvier 2018.

« Si je vois qu’un ministre est raciste, j’en référerai au premier ministre. Et je ferai le nécessaire », a-t-elle conclu.

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