Erdogan dénonce la décision de la justice européenne sur le hijab

Recep Tayyip Erdoğan et sa femme, Emine, lors d'une visite à Strasbourg. [Reuters]

Le président turc critique la décision de la Cour de justice de l’UE autorisant les entreprises européennes à interdire à leurs salariés le port de symboles politiques ou religieux, y compris le foulard islamique.

« Mes chers frères, la Cour de justice de l’Union européenne a lancé une croisade contre le monde musulman », a déclaré Recep Tayyip Erdoğan lors d’un discours télévisé, demandant « où [était] passée la liberté de religion ».

La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a établi que les règlements intérieurs des entreprises européennes interdisant le port de tout signe politique, religieux ou philosophique ne constituaient pas une discrimination directe. D’après la presse nationale, le gouvernement turc apportera une assistance juridique aux ressortissants turcs concernés par la décision en France et en Belgique.

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Le verdict est tombé après le renvoi d’une affaire par la Cour de cassation belge à la CJUE. En 2003, Samira Achbita a été engagée en tant que réceptionniste par une entreprise belge. Le 12 mai 2006, elle a informé son employeur de son intention de porter un hijab pendant les heures de travail. L’entreprise a répondu que cela ne serait pas toléré, étant donné que le port visible de signes politiques, religieux ou philosophiques était contraire à la politique de neutralité prônée par l’entreprise dans ses relations avec les clients.

Samira Achbita a cependant fait savoir à son employeur qu’elle porterait quand même le hijab. La direction de l’entreprise a alors approuvé un amendement au règlement intérieur de la société, interdisant le port de signes religieux. Le 12 juin, l’employée a été licenciée. Elle a porté l’affaire devant le tribunal du travail.

Son cas a ensuite été étudié par la Cour de cassation belge, qui a envoyé une question préjudicielle à la CJUE pour l’interprétation de la directive européenne sur l’égalité de traitement en matière d’emploi et de travail.

La CJUE a statué que le règlement interne de l’entreprise n’avait pas discriminé la jeune femme puisqu’il s’appliquait de manière égale à tous les employés. Il ne s’agit par conséquent pas d’une différence de traitement directement basée sur la religion ou la croyance.

Le porte-parole de la Commission, Christian Wigand, a indiqué que l’exécutif européen analyserait la décision de la CJUE en détail. « La question du port de symboles religieux au travail nécessite un équilibre rigoureux entre les différents droits fondamentaux concernés, à savoir la liberté de religion, le principe de non-discrimination et la liberté d’entreprise », a-t-il précisé.

Christian Wigand a ajouté que les situations à analyser peuvent varier en fonction de circonstances particulières, du contexte et du cadre réglementaire. C’est pourquoi elles devraient être évaluées au cas par cas, a-t-il conclu.

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