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30/09/2016

L’UE peine à gérer la radicalisation

Justice & Affaires intérieures

L’UE peine à gérer la radicalisation

Des chichas au design violent.

[Joel Schalit/Flickr]

La lutte contre la radicalisation n’a reçu qu’un très modeste coup de pouce du budget de l’UE pour la sécurité, malgré les déclarations des dirigeants européens après les attentats de Paris et Bruxelles.

En 2014, l’UE a alloué 3,5 millions d’euros à la lutte contre la radicalisation et les départs de jeunes européens vers des zones de conflit, comme la Syrie. Parmi les causes identifiées comme prioritaires, c’est donc celle-ci qui a reçu la plus petite contribution du Fonds pour la sécurité intérieure, qui finance les projets européens liés à la sécurité.

À titre comparatif, la Commission a décidé de verser 5,17 millions d’euros à l’échange d’informations entre les services de police, 5,1 millions à la lutte contre la cybercriminalité et l’exploitation sexuelle des enfants, et environ 6 millions à la lutte contre la criminalité économique et financière, la corruption et les délits environnementaux.

>> Lire : À Molenbeek, la commune pointe le manque de moyens dédiés à la prévention

Un « élément clé » de la lutte contre le terrorisme

Ces dernières années, les combattants étrangers sont devenus l’un des défis les plus urgents pour la sécurité européenne. Les attentats de Paris et Bruxelles sont des rappels brutaux de cette menace.

Pourtant, si les États membres ont identifié le sujet comme une priorité, cela ne s’est pas traduit par des ressources financières adéquates. L’exécutif européen n’a en effet pas prévu de dotation pour le problème des combattants étrangers revenus en Europe dans ses priorités pour le Fonds européen pour la sécurité, malgré les appels répétés des chefs d’États.

Lors de leur réunion de février 2015, juste après les attentats contre Charlie Hebdo, à Paris, les dirigeants européens avaient souligné que la prévention de la radicalisation était un « élément clé » de la lutte antiterrorisme. Ils en avaient donc fait l’un des trois piliers de la stratégie européenne de lutte contre le terrorisme, avec l’adoption de plus de mesures judiciaires et policières contre les activités terroristes et une meilleure coopération avec les partenaires internationaux.

La Commission a néanmoins choisi d’allouer 40 millions d’euros à l’application du plan d’action nucléaire, radiologique, bactériologique et chimique, qui reprend des initiatives transnationales contre le trafic d’armes et de drogue, aux projets transnationaux de formation des services de sécurité, pour lutter contre le trafic d’êtres humains, et à l’échange des unités de renseignements passagers, afin de faciliter le partage d’information sur les voyageurs, entre autres projets.

>> Lire : La Commission veut lutter en priorité contre le terrorisme et la cybercriminalité

Si la responsabilité première de la lutte contre le terrorisme est du ressort des États, « l’UE peut et devrait jouer un rôle de soutien permettant de répondre à la nature transnationale de la menace », selon les autorités européennes.

Un porte-parole de la Commission a expliqué à EurActiv que l’exécutif comptait allouer 5 millions d’euros supplémentaires au centre d’excellence du réseau européen de sensibilisation à la radicalisation (RSR), selon le projet de programme de travail annuel pour 2016. Le porte-parole a également souligné que l’UE avait dédié 13,6 millions d’euros à des projets de prévention de la radicalisation entre 2007 et 2013.

Le centre du RSR,  opérationnel depuis le mois d’octobre 2015, est une plateforme d’échange de meilleures pratiques et de facilitation de la coopération entre les différents acteurs du domaine. Il aide particulièrement les États à lutter contre la radicalisation grâce à des services spécialisés, des outils pratiques et des politiques adaptées.

Un projet belge

Les 3,5 millions d’euros  de l’UE financent cinq projets, dont certains réunissent de nombreux États membres. L’une de ces initiatives a été lancée sous l’impulsion du ministère belge de l’Intérieur, avec certaines organisations françaises et néerlandaises.

Ce projet, appelé Stresaviora II, a pour objectif de renforcer la résistance contre la radicalisation violente. L’initiative est basée sur une étude de 31 entretiens avec des jeunes de la région bruxelloise. Ceux-ci ont parlé de leurs expériences de discrimination liées à l’éducation et au marché du travail. Ils ont également évoqué l’image négative de l’Islam véhiculée par les médias. La plupart des jeunes hommes interviewés ont une expérience  presque quotidienne de la violence, et parfois même des armes.

Tous ces jeunes ont pourtant une vision très positive de leur avenir. « Certains ont même demandé ‘comment pourrions-nous ne pas être positifs à propos de notre avenir ?’, une question qui reflète leur confiance, malgré les difficultés (quartiers défavorisés, violence ou tensions potentielles liées au multiculturalisme) et les injustices perçues ou vécues », conclut l’étude.

Contexte

Le Fonds européen pour la sécurité intérieure a pour but de financer des actions de renforcement de la sécurité intérieure, conformément aux objectifs de la stratégie de sécurité intérieure adoptée en 2010

En 2014, dans son appel à projets liés aux combattants étrangers, la Commission cherchait des initiatives de prévention de la radicalisation et du recrutement des groupes terroristes combattant à l’étranger. Elle cherchait également des programmes permettant de faire sortir les jeunes radicalisés de ces groupes, afin qu’ils rejettent la violence et réintègrent la société.

Comme l’a fait remarquer le Conseil, la menace de la radicalisation des Européens, qui risquent aussi d’aller combattre à l’étranger, ne devrait pas faiblir dans les années à venir. Pour faire face à cette situation, il faut mettre en place une approche complète à long terme.

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