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26/09/2016

Jean-Claude Juncker évoque une union de la sécurité

Justice & Affaires intérieures

Jean-Claude Juncker évoque une union de la sécurité

Manuel Valls et Jean-Claude Juncker, lors de la conférence de presse du 23 mars.

[Commission européenne]

Le Premier ministre français a rencontré Jean-Claude Juncker pour évoquer les priorités européennes, dont la lutte contre le terrorisme.

Au lendemain des attentats terroristes qui ont touché Bruxelles, le Premier ministre français, Manuel Valls s’est rendu dans la capitale européenne aux côté d’Harlem Désir, ministre des Affaires européennes, pour aborder les sujets brulants de l’UE. La visite, programmée de longue date, a aussi été l’occasion de témoigner solidarité et soutien au peuple belge, aux victimes et à leurs familles. « Nous connaissons cette douleur et savons à quel point les mots et les gestes aident à faire face », a-t-il assuré lors de la conférence de presse clôturant sa visite. « Je voulais être présent pour montrer l’amitié que porte le peuple français au peuple belge. »

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Pacte européen de la sécurité

Le Premier ministre a ensuite énuméré les idées que la France était venue défendre, à savoir, un contrôle systématique aux frontières de Schengen, le déploiement de gardes-frontière européens, la lutte contre le trafic d’armes, et surtout l’urgence d’adopter le PNR européen. « Tout cela doit former un pacte européen de sécurité », a-t-il affirmé.

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« En s’en prenant à Bruxelles, les terroristes s’en sont pris à toute l’Europe et à ses valeurs. Nous sommes en guerre, car une guerre nous a été déclarée, et notre détermination doit être totale », a déclaré le Premier ministre aux côté de Jean-Claude Juncker. « Dans les années qui viennent les États membres devront investir massivement dans leurs systèmes de sécurité. » « La Commission a bien compris qu’il fallait avancer vite, et que la survie de Schengen était en jeu », a-t-il commenté. « Si le projet européen s’essouffle et que le populisme progresse, c’est que, bien souvent, les mots ne sont pas traduits en actes. »

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Manuel Valls a appelé à une Union forte, pour faire face à la menace du terrorisme, à la crise des réfugiés, à la crise agricole, et au défi de la croissance et de l’emploi, tout en prévenant que si l’Europe ne se prenait pas en main, elle se disloquerait.

Pour Jean-Claude Juncker, la collaboration entre les services secrets des États membres est de plus en plus indispensable. « Nous avons déjà lancé cet appel en 1999, puis en 2001 lors des événements survenus à New-York, mais cela ne s’est jamais fait pour des raisons qui m’échappent, alors que c’est une évidence. »

Responsabilité du Conseil

Le président de la Commission a quant à lui appelé le Conseil de l’UE à prendre ses responsabilités. Union de l’énergie, union économique et monétaire, union des marchés des capitaux, les grands projets de l’UE sont nombreux, mais selon Jean-Claude  Juncker, il faut avant tout se concentrer sur l’Union de la sécurité. « Tous les éléments constitutifs ont été proposés par la Commission et je voudrais que le Conseil des ministres adoptent ces propositions d’ici peu et adopte notre directive sur le commerce des armes sans subir l’influence des divers lobbies », a-t-il asséné.

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Interrogé sur l’aveuglement et l’inaction de l’UE face à la montée du terrorisme, Jean-Claude Juncker a répondu que la Commission abordait ce problème depuis des années, mais que les États membres ne suivaient pas.

« La Commission a fait des propositions fortes, et je continue à croire que si tous les gouvernements les avaient suivies, on ne serait pas dans cette situation aujourd’hui », a-t-il regretté.

« Nous avons fait des propositions en matière de ventes d’armes, que les gouvernements adoptent cette proposition. En décembre, nous avons présenté des propositions ambitieuses sur la protection des frontières extérieures et des côtes, que le Conseil suive les propositions détaillées et précises de la Commission », a-t-il déclaré.

PNR : le Parlement a les cartes en main

L’ancien Premier ministre luxembourgeois  et le Premier ministre français ont tous deux insisté sur la nécessité de mettre en œuvre ce qui a été décidé, c’est-à-dire « la directive sur les armes, le contrôle aux frontières, tout le travail sur la lutte contre la fraude documentaire (beaucoup de passeports syriens circulent, volés par Daech) et surtout le PNR, qui est un outil et un symbole », a expliqué Manuel Valls. Selon lui, le PNR est un outil indispensable, qui aurait pu permettre d’interpeller plus d’individus s’il avait existé, et qui est protecteur de liberté et utile dans la lutte contre le terrorisme. C’est aussi un symbole, a-t-il poursuivi, car le Parlement doit montrer pleinement son engagement dans la lutte contre le terrorisme.

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« Ça ne fait pas quelques jours ou quelques semaines que l’on parle de la directive PNR, on en parlait déjà en 2012 », a insisté Manuel Valls.

Et Jean-Claude Juncker d’ajouter : « je crois qu’il y a une forme d’insouciance qui varie suivant les époques. Si des événements graves se produisent, on fait comme si on prenait conscience du problème maintenant, alors qu’on aurait dû le faire bien avant que les tragédies se produisent ».

Devoir de vie

Lors des attentats du 13 novembre à Paris, les terroristes ont ciblé la jeunesse, qui doit désormais apprendre à vivre avec cette menace. Interrogé à ce sujet, Manuel Valls  a rappelé qu’il était élu d’Évry, une ville où la moyenne d’âge est de 25 ans. « Il y a un an, je m’étais exprimé devant des lycéens et je leur avais dit que leur génération allait devoir vivre avec cela. Ce n’était pas pour leur faire peur, mais pour leur rappeler ce devoir de vie. Vivre oui, mais en intégrant cette menace terroriste », a-t-il expliqué avant de conclure « À cette jeunesse je lui dis d’être lucide, et que la plus belle des réponses à cette idéologie de mort est la vie, l’appétit de vivre, le rassemblement autour des valeurs, qui sont les nôtres, comme celle de la tolérance ».