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06/12/2016

Juncker craint la «catastrophe politique» d’une fermeture de la frontière austro-italienne

Justice & Affaires intérieures

Juncker craint la «catastrophe politique» d’une fermeture de la frontière austro-italienne

Jean-Claude Juncker à Rome le 6 mai

Le rétablissement de contrôles à la frontière du col du Brenner, pour lutter contre l’afflux de migrants serait une « catastrophe politique » pour l’Europe, a prévenu le président de la Commission européenne.

L’Autriche menace de mettre en place un dispositif anti-migrants au col du Brenner, si l’Italie ne prend pas de mesures pour mieux contrôler les flux qui transitent par son territoire et utilisent ce tunnel pour quitter le pays.

>> Lire : Le projet de mur « anti-migrants » en Autriche ravive les tensions avec l’Italie

Ce passage est un carrefour clé pour les transports européens et une porte entre l’Europe du Nord et celle du Sud, a rappelé le président de la Commission, dans une interview aux journaux du groupe allemand de médias Funke Mediengruppe.

« C’est pourquoi tout ce qui bloquerait le Brenner aurait non seulement des conséquences économiques graves, mais surtout de lourdes conséquences politiques », a-t-il averti.

Le Luxembourgeois s’est également inquiété du comportement de l’Autriche dans la crise des migrants, qui alimente la tentation de la fermeture des frontières et rend les discours d’extrême-droite « présentables » ailleurs en Europe. « Ce que nous observons en Autriche, nous le voyons aussi malheureusement dans d’autres pays européens, où des partis jouent avec les peurs des gens », a regretté Jean-Claude Juncker.

>> Lire : L’extrême droite autrichienne en tête au premier tour de la présidentielle

Quelque 2 500 camions et 15 000 voitures transitent en moyenne chaque jour par le tunnel du Brenner, axe économique crucial pour l’Italie et ses entreprises exportant vers le nord de l’Europe. Le tunnel est aussi emprunté par les centaines de milliers de touristes allemands et d’Europe du Nord qui se rendent chaque été en Italie.

Située au croisement des deux principales routes migratoires en Europe – via les Balkans et via l’Italie – l’Autriche a vu transiter plusieurs centaines de milliers de réfugiés en 2015 et en a accueillis  90 000, soit plus du 1 % de sa population. Pour 2016, Vienne s’est fixée un plafond de 37 500 demandeurs d’asile, et en a déjà enregistré près de la moitié.

Heurts à la frontière

Des heurts ont opposé samedi après-midi à Brenner, petite localité à la frontière italo-autrichienne, les forces de l’ordre à plusieurs centaines de jeunes manifestants qui protestaient contre l’annonce de Vienne de préparer un dispositif anti-migrants, a constaté un photographe de l’AFP.

Vienne estime en effet que Rome n’en fait pas assez pour contrôler les migrants. Le gouvernement italien estime ces mesures inutiles et contraires à l’esprit de Schengen.

Entre 250 et 600 manifestants marchaient devant une banderole proclamant « abattons les frontières » et tentaient de rejoindre le territoire autrichien depuis celui de l’Italie, quand ils se sont heurtés à de nombreuses forces de l’ordre, policiers et carabiniers en tenue anti-émeutes.

Les manifestants, qui ont brièvement occupé la petite gare ferroviaire dans le bourg de Brenner, sur le col du Brenner, ont lancé des pierres et des fumigènes vers les forces de l’ordre qui ont répondu avec des gaz lacrymogènes.

La police a libéré la gare mais plusieurs dizaines de manifestants se sont alors dirigés vers l’autoroute voisine, fermée à la circulation, où les forces de l’ordre ont utilisé des canons à eau.

Selon Fulvio Coslovi, représentant de la police italienne locale, deux policiers ont été blessés, un véhicule de police incendié et une dizaine de manifestants ont été arrêtés.

Côté autrichien, la police tyrolienne, a déclaré que 600 manifestants s’étaient rassemblé en Italie pour la troisième manifestation violente en l’espace d’un mois au col du Brenner. 300 policiers autrichiens avaient été mobilisés, mais n’ont pas dû intervenir, la manifestation se limitant au côté italien de la frontière.

Selon le journal italien Corriere della Sera, la manifestation a été organisée par un groupe anarchiste du Trentin et a attiré des étrangers.

Les arrivées continuent

Le ministre autrichien de l’Intérieur, Wolfgang Sobotka, a déclaré le mois dernier à Rome qu’il s’attendait à ce qu’un million de migrants franchissent la Méditerranée cette année au départ de la Libye. L’Italie estime leur nombre bien inférieur, même si elle s’attend à un afflux accru cet été à la faveur de conditions climatiques favorables.

Outre les migrants venant d’Afrique du Nord, le passage du col du Brenner a également été emprunté ces derniers mois par les réfugiés qui arrivent de Turquie via la Grèce et les Balkans depuis que la Hongrie a elle aussi érigé une clôture le long de sa frontière avec la Roumanie, la Serbie et la Croatie.

>> Lire : L’Italie craint une hausse de l’arrivée des migrants

Rome et Berlin s’opposent au mur à la frontière

La semaine dernière, Matteo Renzi, le Premier ministre italien, et Angela Merkel, la chancelière allemande, ont exprimé leur opposition au projet de l’Autriche de construire une clôture le long de sa frontière avec l’Italie pour lutter contre l’afflux de migrants.

« Nous avons exprimé notre totale opposition et, à certains égards, notre indignation face à la position adoptée par nos amis autrichiens », a déclaré Matteo Renzi pendant une conférence de presse le 5 mai.

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