L’accord de libre-échange UE-Thaïlande pourrait enrayer l’esclavage

Le général Prayut Chan-o-cha fait obstacle à plus de démocratie. 2014, ONU. [United Nations/Rick Bajornas]

La junte militaire thaïlandaise a rejeté une nouvelle constitution, ce qui repousse l’adoption de réformes et de nouvelles élections. La perspective d’un accord commercial pourrait persuader l’armée de s’engager sérieusement contre l’exploitation, la pêche illégale et l’esclavage. Un article d’EURACTIV Allemagne.

En matière de démocratie et de droits de l’Homme, la Thaïlande est un mauvais élève. Le conseil nommé par l’armée ayant rejeté un projet de constitution début septembre, la junte militaire garde le contrôle du pays.

Arrivée au pouvoir l’année dernière suite à un coup d’État, la junte va recommencer le processus constitutionnel de zéro, ce qui signifie que les élections parlementaires n’auront pas lieu avant 2017. Pour l’instant, les progrès vers plus de démocratie, de liberté et de droits de l’Homme sont repoussés.

 « Tant que la dictature militaire est au pouvoir, il sera très difficile de voir des avancées positives, puisque le pouvoir démocratique n’est d’aucun intérêt pour les dirigeants », a déclaré l’eurodéputé CDU, Werner Langen, à EURACTIV Allemagne. Selon lui, quelque chose doit changer dans le pays : il faut soustraire le processus de rédaction d’une nouvelle constitution à l’influence du général Prayut Chan-o-cha.

Pour le chrétien-démocrate, cela n’arrivera pas de sitôt. Tant que les deux partis d’opposition, la classe moyenne royaliste et la population rurale plus pauvre ne trouvent pas un terrain d’entente, le pouvoir militaire sera impossible à renverser, a-t-il ajouté. « Le pays est actuellement trop instable et divisé ».

Plus de liberté d’expression pour plus de droits de l’Homme

Les experts craignent désormais que la junte tente de consolider son pouvoir. Selon eux, l’armée fera tout ce qui est en son pouvoir pour démontrer qu’elle peut être source de stabilité et de sécurité pour le pays. La visite du Premier ministre thaïlandais au sommet de l’ONU le 29 septembre n’était donc pas très porteuse d’espoir.

« Il sera surement bien préparé à des questions précises sur les droits de l’Homme et la liberté d’expression et il dira surement que la Thaïlande est sur la bonne voie », prédisait l’eurodéputée écologiste Barbara Lochbihler. Elle est cependant convaincue que pour que la situation des droits de l’Homme s’améliore, il faut démuseler la liberté d’expression.

À cet égard, la Thaïlande n’est pas sur la « bonne voie ». Ces derniers mois, des mesures répressives ont été prises contre ceux qui critiquaient la famille royale. Des journalistes indépendants et des militants sur Internet accusés de diffamer la monarchie ont été interpellés et parfois arrêtés.

Selon Reporters sans frontières, la Thaïlande se classe 130ème sur 180 pays en matière de liberté de la presse.

Esclavage dans la pêche illégale

L’exploitation des populations issues de l’immigration, des paysans pauvres et, notamment, des ouvriers du secteur de la pêche originaires du Cambodge, de Malaisie et de Birmanie est au cœur des préoccupations. Sur les quelques 50 000 bateaux de pêche du pays, seuls 20 000 sont enregistrés auprès du département de la pêche, ce qui laisse la porte ouverte à la surpêche et à des conditions de travail inacceptables, souvent comparables à de l’esclavage. 

La Commission européenne a déjà donné un carton jaune à la Thaïlande et demandé aux autorités d’améliorer la situation en établissant une surveillance et des contrôles plus efficaces. Si lors de sa visite en octobre, la délégation de l’UE ne remarque aucune amélioration ou constate que les lacunes se sont multipliées, alors le pays écopera d’un carton rouge.

>> Lire : La Thaïlande risque un «carton rouge» de l’UE pour sa pêche illégale

La surpêche n’est pas la première préoccupation

L’UE a cependant les moyens de négocier grâce à l’accord de libre-échange (ALE) prévu avec la Thaïlande. « Jusqu’à présent, [le non-respect des] règles relatives à la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) ont été tenues pour responsable de la surpêche lors des négociations », a regretté Barbara Lochbihler.

En effet, ces règles européennes ne se concentreraient pas assez sur les droits de l’Homme ou le travail forcé. « Or, ces trois sujets s’entremêlent », a-t-elle ajouté. Le Parlement européen a en effet réclamé que les INN et la question du travail forcé aient la priorité dans les négociations diplomatiques relatives à l’ALE avec la Thaïlande.

Les négociations entre la Thaïlande et le gouvernement allemand ont également avancé, notamment parce que l’UE essaye de conclure plus d’ALE avec des pays asiatiques. Selon un document d’orientation, tout accord devra toutefois intégrer les normes de travail internationales.

Barbara Lochbihler a salué cette décision, et a invité les parties concernées à aller au bout des choses. « Bien sûr, il est difficile d’évaluer la conformité tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Mais c’est justement dans cette situation que les consommateurs peuvent faire pression » pour l’amélioration des conditions de pêche, a-t-elle affirmé. 

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