L’Allemagne attend un nouveau système d’asile européen

Des manifestants rassemblés à Berlin défendent le droit des réfugiés. [Markus Winkler/Flickr]

Bon élève de la politique d’immigration, l’Allemagne compte cependant sur une évolution de la répartition des demandeurs d’asile au niveau européen, point une étude récente. Un article d’EURACTIV Allemagne.

L’Allemagne est beaucoup plus avancée sur le sujet de l’immigration que d’autres pays, montrent les résultats d’une nouvelle évaluation du Conseil des fondations allemandes pour l’intégration et la migration (SVR).

Comparée à d’autres grands pays d’accueil, comme les États-Unis ou le Canada, l’étude montre que l’Allemagne affiche de bons résultats. Dans certains cas, la République fédérale a même été exemplaire.

« À échelle internationale, l’Allemagne fait partie des pays avancés en termes de politique d’immigration », a déclaré la présidente du conseil d’experts, Christine Langenfeld. Le fait que l’Allemagne a comblé ses lacunes dans de nombreux domaines est un aspect souvent négligé dans le débat politique.

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L’enquête menée par le SVR s’est penchée sur les règles concernant la recherche d’emploi des travailleurs étrangers qualifiés et un meilleur accès au marché du travail pour les travailleurs qualifiés sans bagage universitaire.

D’un point de vue « juridique et institutionnel », la République fédérale est aujourd’hui « très bien positionnée », écrivent les auteurs.

L’image de l’Allemagne en tant que terre d’immigration doit être solidement établie

Le pays ne doit pas pour autant s’arrêter en si bonne voie, explique Christine Langenfeld. « Une stratégie globale de politique migratoire est toujours manquante », a-t-elle souligné.

Cela doit également passer par l’identification des futurs pays d’origine des nouveaux immigrants qui envisagent l’Allemagne comme pays d’accueil.

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Selon le SVR, l’Allemagne ne peut cependant pas suivre aveuglément des exemples comme le Canada ou les États-Unis.

« L’étude de comparaison montre que dans trois domaines de la politique allemande de migration et d’intégration – la migration des travailleurs, la citoyenneté, et la politique d’asile – l’Allemagne ne peut prendre exemple sur les grands pays d’immigration que sous certaines conditions », indique le rapport.

Les contextes politique, économique, social et géographique sont très divergents, montre le rapport. D’un autre côté, l’Allemagne est devenue leader de la politique migratoire moderne, notamment pour les travailleurs immigrés, affirment les auteurs.

Allemagne, terre d’accueil ?

« Une politique migratoire et d’intégration réussie ce n’est pas seulement des lois libérales, c’est beaucoup plus », affirme Christine Langenfeld. Un des principaux objectifs des politiques est de promouvoir l’image de l’Allemagne en tant que terre d’immigration, a-t-elle insisté.

Les responsables politiques doivent montrer clairement que l’immigration est une opportunité et une nécessité pour l’Allemagne, a déclaré la présidente du SVR, notamment pour combler le manque de travailleurs qualifiés dans les tendances démographiques actuelles.

Nouvelle procédure pour une politique européenne des réfugiés

Le SVR propose également de réfléchir à une nouvelle procédure pour la politique en matière de réfugiés. Une fois leur demande d’asile reconnue, les réfugiés devraient pouvoir se rendre dans le pays européen de leur choix, déclarent les analystes.

Le principe selon lequel la compétence fondamentale de la demande d’asile revient à l’État dans lequel le migrant est arrivé (règle de Dublin), sera maintenu et renforcé.

« Nous n’avons toujours pas de politique d’immigration cohérente et uniformisée, compréhensible pour notre population », regrette Aydan Özo?uz, la ministre allemande de la migration, des réfugiés et de l’intégration.

Une telle loi pourrait émettre un signal fort et montrer que l’Allemagne n’est pas seulement un pays d’accueil, mais que le pays est en train de devenir une véritable société d’immigration.

Pour Aydan Özo?uz, un des défis les plus urgents dans la politique des réfugiés est une « distribution équitable de ceux qui cherchent refuge dans l’UE ». Le système de Dublin ne fonctionne pas parce que de nombreux pays européens ne font pas preuve de solidarité et refoulent des réfugiés.

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Elle appelle donc à un nouveau système de distribution dans l’UE selon lequel chaque État membre devrait accueillir des demandeurs d’asile selon sa taille et sa puissance économique.

« De cette manière, nous nous assurerions que tous les États membres apportent leur contribution à l’accueil des réfugiés », a déclaré Aydan Özo?uz.

Contexte

Depuis 1999, l'UE travaille à la création d'un système européen commun d'asile et se penche sur l'immigration pour des raisons humanitaires et politiques.

De nouvelles règles européennes ont été approuvées. Elles définissent des normes communes et des critères de coopération afin de garantir le traitement équitable des demandeurs d'asile dans le cadre d'un système ouvert et juste. Et ce peu importe le pays dans lequel ils formulent leur demande.

Les États membres de l'UE ont toutefois rejeté une proposition de la Commission européenne. L'exécutif européen souhaitait que la solidarité s'applique et que les demandeurs d'asile des pays les plus touchés par l'arrivée de migrants soient redirigés vers d'autres États membres.