L’Autriche accusée de laisser passer les réfugiés en Bavière

Poste frontière dans les Alpes [Mike Knell/Flickr]

Alors que la crise des réfugiés pousse la relation entre l’Autriche et la Bavière au bord de l’abîme, un eurodéputé autrichien a appelé les deux parties à parvenir à un accord. Un article d’EURACTIV Allemagne.

Le journal Bayernkurier, porte-parole de l’Union chrétienne sociale en Bavière (CSU), a assuré que la relation « traditionnellement étroite » de la Bavière et de l’Autriche était en train de ployer sous le faix de la crise des réfugiés.

La Hongrie ayant fermé sa frontière avec la Serbie, la Croatie est, depuis le 16 décembre, le principal pays de transit des réfugiés. Depuis, près de 252 000 demandeurs d’asile sont passés par la république adriatique pour se rendre en Slovénie, puis en Autriche ou en Allemagne.

Dans la semaine du 20 au 26 octobre, 48 000 réfugiés sont passés de la Slovénie à l’Autriche. Seules 2 500 demandes d’asile ont été déposées, ce qui signifie que 95 % des réfugiés voulaient se rendre en Allemagne. La Bavière se sent maintenant submergée par l’afflux de migrants, surtout depuis que ses plans pour déplacer les réfugiés vers d’autres régions allemandes n’ont pas fonctionné aussi bien que prévu.

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Le gouvernement bavarois ne limite plus ses critiques à Berlin ou Angela Merkel et désormais, Vienne en prend aussi pour son grade. Il accuse ses voisins autrichiens d’agir comme des stations-service pour réfugiés, et de s’en débarrasser quand ils se dirigent vers l’Allemagne

L’Autriche, zone tampon

Le porte-parole du Parti populaire autrichien (ÖVP) au Parlement européen, l’eurodéputé Heinz Becker, a déclaré à EURACTIV Allemagne que la grande majorité des réfugiés ne voulaient pas rester en Autriche et que l’Allemagne était leur but ultime. La principale préoccupation de l’Autriche est qu’elle se trouve maintenant à faire tampon entre l’Allemagne, et les pays qui se trouvent en amont de la route des Balkans, c’est-à-dire la Croatie et la Slovénie. Des deux côtés, ces pays luttent pour faire face à l’arrivée massive de migrants.

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Heinz Becker comprend néanmoins les critiques de la Bavière. La relation tendue entre Angela Merkel et Horst Seehofer, le ministre président de la région, joue un rôle clé dans le triangle Vienne-Berlin-Munich. Le dialogue entre Vienne et Berlin est pourtant fluide et la sécurité des frontières relève de nouveau de la compétence des autorités fédérales.

« La balle est dans le camp de Werner Faymann [chancelier autrichien]. Il est urgent de maintenir de bonnes relations avec le bureau de la chancelière allemande et un contact avec Horst Seehofer », a déclaré l’eurodéputé.

Le sommet européen n’était qu’une première étape

Nombreux sont ceux qui considèrent que le mini-sommet européen du 25 octobre était positif, mais ce n’est qu’une « première étape ». « Une condition essentielle pour en finir avec le chaos » est la mise en place de garde-frontières et garde-côtes communs à l’UE », a ajouté l’eurodéputé. « Si nous voulons préserver la liberté de circulation interne, alors nous devons protéger les frontières extérieures. Étant donné que la sécurité des frontières est un problème commun à l’UE, nous devons partager cette responsabilité ».

Ce n’est pas la première fois que les relations entre Vienne et Munich tournent au vinaigre. Ce fut le cas notamment lors de l’effondrement du groupe bancaire autrichien, Hypo Group Alpe Adria. L’Autriche avait accepté de payer 1,23 milliard d’euros pour clore le dossier, après que la banque d’État bavaroise a accusé Vienne de tromperie sur frais cachés, ayant acheté une part de contrôle de 1,63 milliard d’euros. Cette affaire est lourdement retombée sur les épaules du contribuable autrichien.