L’Autriche va « délocaliser » 500 demandeurs d’asile en Slovaquie

L'Autriche a accueilli 28.000 migrants en 2014 pour une population de 8,5 millions d'habitants. [Paul Keller/Flickr]

Vienne va confier à la Slovaquie le soin de loger 500 migrants ayant formulé une demande d’asile en Autriche, selon un accord bilatéral conclu le 21 juillet et destiné à soulager les capacités de premier accueil de Vienne.  

Alors que les Européens peinent à s’accorder sur les modalités de répartition des demandeurs d’asile, Vienne et Bratislava viennent de conclure un accord bilatéral le 21 juillet visant à envoyer une partie des migrants arrivés en Autriche chez son voisin. 

Aux termes de cet accord, salué comme « un grand signe de solidarité de la part de la Slovaquie » par la ministre de l’Intérieur autrichienne Johanna Mikl-Leitner, la Slovaquie pendra à sa charge les frais d’hébergement et de nourriture des migrants, l’Autriche assumant les frais de personnel.

Signe de solidarité

L’homologue slovaque de Mme Mikl-Leitner, Robert Kalinak, a justifié le geste de Bratislava par une volonté de « payer (ses) dettes » envers l’Autriche voisine, cette dernière ayant notamment accueilli des réfugiés à l’époque du Rideau de fer, et soutenu l’adhésion du pays à l’UE et à l’espace Schengen.

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Les réfugiés resteront toutefois de la responsabilité de l’Autriche, à laquelle incombera la poursuite de l’instruction de leurs demandes d’asile, a-t-il été précisé.

L’Autriche, un pays de 8,5 millions d’habitants, table sur l’arrivée de quelque 70.000 nouveaux migrants cette année, après 28.000 l’an passé, et se plaint de structures d’accueil débordées.

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Selon le ministère de l’Intérieur, le pays instruit « dix fois plus » de demandes d’asile que l’Italie et la Grèce confondues, rapporté à la taille de sa population. L’Autriche s’est d’ailleurs refusée lundi à accueillir des demandeurs d’asile répartis dans le cadre d’un plan européen de « relocalisation ».

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Le refus de l’Autriche, mais aussi de la Hongrie ainsi que le peu de place offerte par certains autres Etats membres ont quelque peu plombé le mécanisme de répartition des demandeurs d’asile. Sur les 40.000 places requises, seules 32.256 ont finalement été proposées par les Etats membres, ce qui laisse planer le doute sur la possibilité d’atteindre l’objectif fixé par la Commission de répartir 60.0000 personnes sous deux ans. 

Contexte

Depuis 1999, l'UE œuvre à la création d'un régime d'asile européen commun et à l'amélioration de son cadre législatif actuel en matière d'immigration.

De nouvelles règles européennes ont été approuvées. Elles définissent des normes communes et des critères de coopération afin de garantir le traitement équitable des demandeurs d'asile dans le cadre d'un système ouvert et juste, et ce peu importe le pays dans lequel ils formulent leur demande.

Les États membres de l'UE ont toutefois rejeté une proposition de la Commission européenne, qui souhaitait appliquer le principe de solidarité, pour que les demandeurs d'asile des pays les plus touchés par l'arrivée de migrants soient redirigés vers d'autres États membres.

Le nombre d'immigrants clandestins entrant en Europe a presque triplé en 2014, atteignant 276 000 personnes, selon Frontex, l'agence européenne de contrôle des frontières. L'écrasante majorité d'entre eux, près de 220 000, arrivent via la Méditerranée, un passage extrêmement dangereux.

La situation chaotique en Libye a entrainé une hausse des bateaux quittant les ports libyens sans surveillance à destination de l'Europe. Ces bateaux transportent des réfugiés fuyant les conflits et la pauvreté des pays du Moyen-Orient et d'Afrique.

En 2013, après des centaines de noyés lors d'un accident au large de l'île de Lampedusa, le gouvernement italien a lancé l'opération de recherche et de sauvetage Mare Nostrum.

L'Italie n'est toutefois pas parvenue à convaincre des partenaires européens de l'aider à financer l'opération, qui coûtait jusqu'à 9 millions d'euros par mois. Certains pays estiment en effet que Mare Nostrum avait pour conséquence involontaire d'encourager les immigrants à tenter la traversée de la Méditerranée. Rome a donc été contrainte de réduire l'ampleur de l'opération.

L'Union européenne a donc mis en place la mission de contrôle des frontières Triton, aujourd'hui associée à Frontex. Jusqu'au sommet du 23 avril, Triton bénéficiait cependant d'un budget et d'un mandat réduit, et a été vivement critiqué, notamment par des groupes humanitaires et l'Italie, qui le juge inadapté à l'ampleur de la crise.