L’Espagne en désaccord avec Bruxelles sur l’immigration

Un migrant est arrêté, îles Canaries. [Noborder Network/Flickr]

Le gouvernement espagnol a rejeté la demande de la Commission de placer des réfugiés sur son territoire, affirmant que l’exécutif européen ne prenait pas suffisamment en compte le taux de chômage élevé du pays. Un article d’EURACTIV Espagne.

C’est une fin de non-recevoir sans appel que l’Espagne a opposée à la Commission européenne sur la question délicate de la répartition des migrants entre les États membres. « Je ne suis pas d’accord avec les critères qu’ils utilisent. Nous devons revenir sur ce sujet pour déterminer les capacités de chaque pays », a affirmé le ministre espagnol des Affaires étrangères, Jose Manuel García-Margallo. La proposition de l’exécutif devrait être « proportionnée, juste et réaliste », a-t-il déclaré.

Le projet de la Commission demande aux 28 États membres d’accepter des demandeurs d’asile en fonction de leur taille, de leur économie, de leur taux de chômage et de leur population.

Système de répartition

Le système proposé s’appuie sur un indice de distribution qui donne à l’Espagne un indice de 40 % pour sa population, 40 % pour sa croissance économique, 10 % pour son taux de chômage et 10 % pour ses précédents engagements de demandes d’asile.

Selon ces indices, il a été demandé à l’Espagne d’accueillir 4 288 des 40 000 demandeurs d’asile (pour la plupart Syriens et Érythréens) vivant actuellement en Italie et en Grèce et en attente de replacement à travers l’UE sur une période de deux ans.

Cela représente donc 10,72 % du total (à l’origine, le quota fixé par la Commission pour l’Espagne était de 9,1 %), soit beaucoup moins que l’Allemagne et la France, avec respectivement 21,91 % et 16,88 %.

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Selon le mécanisme proposé par la Commission, l’Espagne est aussi censée accepter 1 549 réfugiés supplémentaires sur les deux prochaines années dans le cadre d’un plan d’installation, à titre volontaire, de 20 000 personnes vivant en Europe et fuyant la guerre civile (donc des candidats potentiels à l’asile). Madrid a également refusé cette proposition.

L’Espagne considère que la Commission n’a pas pris en compte le taux de chômage très élevé du pays (près de 24 %), ses précédents efforts pour accueillir des demandeurs d’asile, et « l’effort considérable que nous faisons pour contrôler la migration en provenance du Maroc, de la Mauritanie et du Sénégal qui a des répercussions sur toute l’UE », a déclaré Jose Manuel García-Margallo.

Migrants africains, îles Canaries.

La relocalisation post-Brexit des deux agences européennes basées à Londres sera décidée lors d’un vote basé sur des points, comme c’est le cas pour le concours de chants de l’Eurovision.

Migrants africains, îles Canaries.

Le ministre a également mis l’accent sur l’effort que fait son pays pour gérer le flux constant d’immigrés illégaux originaires des îles Canaries et des enclaves espagnoles Ceuta et Melilla, situées en Afrique du Nord.

Critiques

Malgré les critiques qu’il a formulées à l’égard de la Commission et de son programme pour l’immigration, le ministre des Affaires étrangères a déclaré que l’Espagne restait engagée à l’effort commun de l’UE pour résoudre la crise en Méditerranée. Madrid est donc prête à fournir un navire et un avion de surveillance pour rejoindre la mission de l’UE. Le pays apportera sa contribution grâce à un CN-235, un avion de patrouille maritime, et à une frégate de surveillance.

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Madrid a également fait part de son intention de déployer 130 membres de la marine, soit à peu près le même nombre que lors de l’opération internationale contre la piraterie dans l’océan indien.